★ L'ANARCHIE NE CÉDERA JAMAIS

Publié le par Socialisme libertaire

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Entrée de l'abri du champ de warm-izela.


« L'Anarchie ne cédera jamais. Pourtant, des tentatives de ralliement à de prochains candidats à l'élection présidentielle essaient d'éroder les digues de l'îlot anarchiste. On assiste à des appels insistants à celles et ceux qui se sentent anarchistes dans leur quotidien et dans leur façon de vivre, à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Ces appels, certainement bien intentionnés, sont voués à l'échec. Au-delà de la sympathie que certains voudraient accorder au candidat imposé de LFI, d'autres logiques politiques, démocratiques et historiques devraient empêcher que les urnes se remplissent de bulletins de vote anarchistes en sa faveur. Cette élection suprême n'est ni plus ni moins qu'un piège démocratique.

Jean-Luc Mélenchon est un pur produit de la République française, un homme d'État. Ancien trotskiste et socialiste, jacobin, révolutionnaire autoritaire (1), il déverse depuis des années dans l'espace public sa haine du pluralisme des identités de la Nation. N'avait-il d'ailleurs pas qualifié les écoles Diwan de secte ? (2) S'il fait une entorse à la règle dogmatique de la France « une et indivisible » en reconnaissant une autonomie à la Corse au nom de sa spécificité identitaire, il prévoit, dans le même temps, de réorganiser l'échelon régional en proposant une carte de nouvelles écorégions hydriques complètement farfelue, qui ne tient compte que des grands bassins versants — dissolvant ainsi des régions à forte identité historique et culturelle, comme la Bretagne, dans de vastes ensembles purement hydrographiques. 

Aucune doctrine cohérente ne vient justifier ce traitement à géométrie variable : une reconnaissance identitaire accordée à la Corse, un effacement identitaire imposé ailleurs. Le tout, en maintenant l'échelon départemental, seul niveau réellement symptomatique du contrôle des populations par l'autorité centrale. Quant à la caution écologique de la préservation des espaces naturels et des zones humides, elle n'a aucune cohérence. Cela suffit déjà à l'écarter aux yeux de nombreux partisans d'une République fédéraliste, voire confédéraliste, pour ceux qui soutiennent cette option démocratique.

Si l'on peut envisager des entorses à la matrice anarchiste pour des élections locales — listes citoyennes, relais pour porter le municipalisme libertaire, entre autres, parce que le niveau de pouvoir relève du mandat impératif —, les candidats à l'élection présidentielle incarnent, eux, tout ce que l'Anarchie rejette. Ils ne se présentent que dans l'unique ambition de trôner au sommet de l'État. Ce seul objectif est totalement inconciliable avec les principes mêmes de l'Anarchie.

Pire : soutenir un candidat, ou voter pour lui, est une anomalie sérieuse envers la mémoire de celles et ceux, syndicalistes, individualistes, ou non, qui se sont battus, qui ont souffert de la misère, torturés, déportés, exclus, salis, tués, qui ont subi la répression de l'État français, la haine des médias, et le déclassement social — insupportable et intolérable — infligé par les bourgeois, industriels ou rentiers, aux travailleurs et travailleuses.

Enfin, l'argument massue du « barrage à l'extrême-droite » relève certainement plus d'une maladresse que d'une injonction des partisans d'un vote utile pour le premier tour de l'élection de 2027. Si les sondages successifs commandés par les médias mainstream donnent invariablement le RN en tête du premier tour, rien ne vient démontrer que leur candidat remporterait la présidentielle au second tour (à moins d'y voir Jean-Luc Mélenchon lui-même qualifié). En admettant que la crainte de celles et ceux qui voudraient nous voir abandonner un principe fondamental de l'Anarchie se concrétise par une présidence française personnifiée par l'extrême-droite, de quoi aurions-nous peur ? Puisque nous n'avons pas cédé, viendra le temps de la Révolution. 

Certains céderont ? Qu'importe. Nous resterons anarchistes. »

David Derrien 
 

(1) Il se revendique lui-même « robespierriste » et a défendu à plusieurs reprises la Terreur comme épisode nécessaire de la Révolution.

(2) À la même époque, j'éditais un livre sur les trente années d'existence du réseau Diwan. Voir son interview à Libération, 4 décembre 2001, et son intervention au Sénat, 13 mai 2008.

 

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