★ ANTICLÉRICALISME LIBERTAIRE
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« Je déclare que, tout en ne pratiquant aucun culte et en ne professant aucune religion, je serai au cours de la révolution italienne aux côtés des catholiques, des protestants, des juifs, des grecs orthodoxes, chaque fois qu’ils revendiqueront la liberté religieuse pour les cultes. Étant donné que j’ai de nombreuses fois constaté que ma position ne recueille pas l’assentiment général de mes camarades de foi et de lutte, je crois utile (et je le crois car au-delà de la sainteté des principes j’aperçois des erreurs révolutionnaires, à mon avis pleines de graves dangers) de donner mon opinion sur ce problème.
Tout intellectuel devrait – a dit Salvemini dans son beau discours au Congrès mondial des intellectuels – prendre comme devise les mots de Voltaire : « Monsieur l’abbé, je suis convaincu que votre livre est plein d’idioties, mais je donnerai la dernière goutte de mon sang pour assurer le droit de publier vos idioties. »
Tout anarchiste – à mon avis – ne peut refuser ce principe sans cesser d’être anarchiste. Quand, lors du dernier congrès mondial de l’AIT (Association Internationale des Travailleurs), je disais aux délégués espagnols que je considérais comme non-anarchistes, étroit et dément l’anticléricalisme prêché par la CNT et de nombreux éléments de la FAI, et que l’un des facteurs du succès du courant fasciste espagnol était leur anticléricalisme, j’avais sous les yeux une motion rédigée par des anarchistes espagnols où ils niaient le droit des cultes à s’extérioriser, tout en tolérant des sentiments intimes, comme si ces sentiments étaient libres sous les bottes de Mussolini, Hitler et Staline. L’anticléricalisme assume trop souvent le caractère de l’Inquisition… rationaliste. Un anticléricalisme non libéral, quelle qu'en soit la couleur, est fasciste.
En plus d'être fasciste, l’anticléricalisme non libéral est peu intelligent. Malatesta s’est toujours opposé aux fanatiques de... la libre pensée. Citant d’un périodique anarchiste cette nouvelle : « À Barcelone, une bombe a été lancée sur une procession religieuse, faisant quarante morts et de nombreux blessés. La police a arrêté plus de quatre-vingt-dix anarchistes dans l’espoir de mettre la main sur un théorique auteur de l’attentat ». Malatesta la commentait ainsi : « Aucune raison, aucune excuse, rien ; comme s’il était héroïque d’avoir tué des femmes, des enfants, des hommes sans défense parce qu’ils étaient catholiques. Cela n’est plus de la vengeance, c’est la même fureur morbide des mystiques sanguinaires, l’holocauste sanglant sur l’autel de dieu ou de l’idéal, ce qui revient au même. Ô Torquemada ! Ô Robespierre ! » (L’anarchia, 1896).
Lorsque dans chaque village le cercle culturel, le cercle récréatif, l’association sportive, le théâtre amateur, le cinéma, la radio, etc. détourneront la jeunesse de l’église et des centres catholiques ; lorsque la vie matrimoniale sera plus harmonieuse, de façon à ce que la femme ne sente plus la fascination de la confession et le besoin du réconfort religieux (...) que deviendra le « danger clérical » ? (...) (L’Adnunata dei Refrattari, 18-1-1936, reproduit par Volontà 9-48).
Pour conclure, permettez-moi une dernière citation, qui devrait servir d’avertissement à tous les propagandistes de l’athéisme. « C’est faire œuvre vaine et néfaste que d’enseigner dogmatiquement, comme une vérité sûre et démontrée, des systèmes et des hypothèses incontrôlables : soit au nom de la religion, soit au nom de la science. Il n’est pas plus émancipé intellectuellement celui qui ne jure que par une science qu’il ne connaît et ne comprend pas que celui qui ne jure que par un dieu incompréhensible et un livre prétendument sacré ». (Malatesta, à propos de Francisco Ferrer, octobre 1913).
Si cet avertissement était suivi, quatre-vingt-dix pour cent, et peut-être plus, des écrits et des discours de propagande antireligieuse seraient supprimés, ce qui ne serait pas une grosse perte pour l’anarchisme. »
Camillo Berneri, extrait de Guerre de classes en Espagne 1936-1937 (1ʳᵉ édition 1937), aux Éditions Spartacus.
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