★ CRITIQUE DE L'ANTIFASCISME ACTUEL
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« La montée des idées d’extrême-droite est un vrai problème et il faut réagir face aux groupuscules violents. Pourtant, nous posons un regard critique sur l’antifascisme actuel.
★ C'est quoi le fascisme ?
La crise issue de la Première Guerre mondiale voit émerger le fascisme, idéologie nationaliste se disant révolutionnaire car en rupture avec le capitalisme (la fameuse 3ᵉ voie : ni capitaliste ni communiste). Il prône un régime très hiérarchique, viriliste, fondé sur la nation comme primat absolu et vue comme ethniquement homogène.
La bourgeoisie peut faire appel au fascisme en période de crise profonde malgré son programme qui lui est a priori hostile. L’idéologie fasciste ne sert alors que de ciment à une mobilisation de masse, transformant le désespoir en un espoir d’un ordre nouveau centré sur une unité d’intérêt national placée au-dessus des conflits de classe. Ce mouvement cherche à anéantir toute contestation de cette unité nationale par la terreur, en s’appuyant sur les forces étatiques comme extra-étatiques. Des milices de masse issues de couches radicalisées sont mobilisées pour écraser toute contestation. Il en résulte une dictature militarisée… au service de la classe dominante.
Le fascisme se distingue d’une dictature classique par sa conquête légale du pouvoir et l’usage de milices pour détruire syndicats et partis, imposant un enrôlement généralisé… au profit de la bourgeoisie. Un régime autoritaire, raciste ou nationaliste n’est donc pas forcément fasciste. Le RN, par exemple, n’est pas un parti fasciste aujourd’hui : il n’a pas de base militante organisée en milices armées, seulement une base électorale. Seuls des groupuscules fascistes optent pour le rapport de force physique (voir l'article « Extrême droite et fascisme aujourd’hui »).
★ Tout devient du fascisme
Aujourd’hui, le mot « fasciste » est utilisé de manière apolitique. Dès que l’État devient violent, il est qualifié de fasciste, comme si un État bourgeois n’était pas structurellement répressif dès qu’une contestation dépasse ce qu’il juge acceptable. En France, la répression violente des mouvements syndicaux ou politiques s’est accentuée, mais cela ne rend pas l’État « fasciste ». Il recourt simplement à des méthodes autoritaires déjà utilisées (voir la Commune, la guerre d’Algérie…), certaines ayant toujours existé pour une partie de la population.
De plus, toute opposition aux valeurs de gauche devient « fasciste » pour certain·es. Or, tenir des propos racistes ou sexistes ne fait pas d’une personne un·e fasciste. Ce glissement conduit ainsi à traiter de « fascistes » des écrits anarchistes jugés « transphobes » par certains milieux postmodernes. Rappelons aussi les gilets jaunes (GJ), qualifiés de « fascistes » à leurs débuts car leurs propos ne correspondaient pas à la pensée lissée des milieux militants.
Bref, l’antifascisme actuel tend à être plus moral que politique, basé sur des valeurs humanistes, antiracistes, antisexistes, etc. D’où la création de fronts antifascistes larges, souvent apolitiques.
★ L'impasse politique de l'antifascisme
En qualifiant le RN de fasciste, l’antifascisme actuel limite sa stratégie aux élections : éviter la victoire du RN (voter Chirac contre Le Pen, Macron contre Le Pen, demain Retailleau/Darmanin… ?). Ces fronts, essentiellement électoraux ou par manifestations, défendent la « démocratie représentative ». Certes, celle-ci garantit plus de libertés individuelles que la dictature, mais les dérives autoritaires actuelles sont la réponse de la bourgeoisie à la crise. Si la crise s’aggrave, même les partis dits « démocratiques » pourraient soutenir un régime dictatorial (souvenons-nous des pleins pouvoirs votés à Pétain en 1940 par la Chambre élue en 1936).
Il faut donc replacer la critique de l’État au cœur de l’analyse de l’autoritarisme. On ne combat pas le fascisme ou les dérives autoritaires en défendant la démocratie actuelle. Ce serait demander à la bourgeoisie de ne pas être autoritaire alors qu’elle en a fait le choix.
★ Lutter contre l'extrême-droite et ses dérives fascisantes
Nous ne demandons pas à l’État de dissoudre les groupes d’extrême-droite. Leur interdiction ne les ferait pas disparaître, mais donnerait l’illusion que l’État nous protège alors que ces mesures se retourneraient contre nous dès que nous deviendrions trop gênants. Nous rejetons aussi le « front républicain », qui nous pousse à nous allier aux représentants des exploiteurs.
Combattre la montée de l’extrême-droite – et demain une montée fasciste possible si la crise s’aggrave – ne passe pas par le recours à l’État « démocratique ». Face aux attaques de groupuscules fascisants dans certaines villes, il faut faire front physiquement, à la base, avec d’autres militant·es. Mais s’enfermer dans un rapport de force groupusculaire est une impasse, ces groupes ont déjà des liens avec police et armée, et risquent demain d’avoir de plus en plus le soutien de l’appareil d’État.
Pour contrer l’extrême-droite, il faut lui arracher le monopole du ras-le-bol généralisé. Ce ne sont pas les « fronts républicains » électoraux avec les partis bourgeois qui y parviendront. Il faut des mouvements sociaux radicaux qui attirent les populations les plus exploitées et opprimées. Cela suppose qu’il n’y ait pas de police de la pensée excluant au nom de l’« antifascisme » les personnes n’ayant pas les codes verbaux et politiques de « la gauche radicale ».
★ Conclusion
À l’image des GJ, seuls des mouvements radicaux peuvent nous sortir de la résignation sociale, de la dérive nationaliste et réactionnaire. À la différence des GJ, l’objectif ne doit pas être focalisé sur des affrontements avec les forces de l’ordre, mais sur l’affrontement avec la classe capitaliste en dehors du cadre institutionnel actuel… et donc électoral (RN compris). »
RV, in Courant Alternatif, numéro 354 de novembre 2025 (mensuel anarchiste-communiste de l'OCL).
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