★ Anarchie et science : la réflexion quasi centenaire de Malatesta

Publié le par Socialisme libertaire

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" Hier encore, il aura été nécessaire de démentir deux affirmations catastrophistes, d’une bêtise à pleurer, sur les méfaits supposés des vaccins anti-Covid, reprises des milliers de fois sur les réseaux sociaux, terrain de jeu favori des crétins alarmistes. Et il en va ainsi quasi quotidiennement depuis que ces vaccins existent.
Il y a près d’un siècle, l’anarchiste italien Errico Malatesta moquait déjà les médecins imaginaires de son époque, qui situaient le foie dans le gros orteil. Son texte, glané sur le blog de Claude Guillon, peut fort bien s’adresser aujourd’hui aux Diafoirus du moment, fussent-ils libertaires. " 

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« Nous recevons des invitations à faire de la propagande en faveur de tel ou tel système de soins, affublé des adjectifs « rationnel », « naturel », etc., accompagnées de critiques, justes ou injustes, contre la « science officielle ».
Nous ne ferons rien à ce sujet, car nous ne croyons pas qu’être anarchistes nous donne, à nous ou aux autres, le don surnaturel de savoir ce que l’on n’a pas étudié.
Nous comprenons tout le mal que l’organisation sociale actuelle, basée sur l’égoïsme et les intérêts contradictoires, fait au développement de la science et à la sincérité des scientifiques. Nous savons que de nombreux médecins, poussés par l’appât du gain et souvent contraints par le besoin, prostituent ce qui devrait être l’une des missions humaines les plus nobles, et en font une vile marchandise. Mais tout cela ne nous empêche pas de nous rendre compte que la médecine est une science et un art des plus difficiles, nécessitant une formation longue et ardue, et qu’elle ne s’apprend pas par intuition – et pour notre part nous préférons encore confier notre santé à un médecin malhonnête qu’à un ignorant honnête qui croit que le foie est dans l’orteil.
A notre avis, les camarades qui prennent parti pour un système thérapeutique donné, uniquement parce que l’inventeur professe, plus ou moins sincèrement, des idées anarchistes, se donne des airs de rebelle et tonne contre la « science officielle », ont tort. Nous, par contre, nous sommes immédiatement sur nos gardes si nous voyons que quelqu’un veut utiliser ses idées politiques pour faire accepter ses idées scientifiques et en fait une affaire de parti.
Nous avons tendance à trouver vrai, beau et bon tout ce qui se présente sous le manteau sympathique de la révolte contre les « vérités » acceptées, surtout si cela est soutenu par ceux qui sont, ou prétendent être, anarchistes. Cela démontre une déficience de l’esprit d’examen et de critique qui devrait être très développé chez les anarchistes.
Il est très bien de ne considérer aucune des réalisations de l’intelligence humaine comme définitive et d’aspirer toujours à de nouvelles découvertes, à de nouveaux progrès, mais nous devons prendre garde que le nouveau n’est pas toujours meilleur que l’ancien, et que la qualité d’anarchiste n’apporte pas avec elle le don de la science infuse. (…) Nous ne pensons pas qu’il soit exagéré de demander que ceux qui veulent critiquer et combattre les anciennes méthodes sachent ce qu’elles sont et quels sont les faits établis en leur faveur ou contre elles. En d’autres termes, nous demandons simplement que ceux qui veulent parler d’une chose prennent d’abord la peine de l’étudier. Donc, si certains camarades se sentent compétents pour discuter des questions de santé, qu’ils le fassent, mais ne nous demandez pas de parler de ce que nous ne connaissons pas.
D’ailleurs, nous connaissons de bons médecins qui professent des idées anarchistes, mais ils ne parlent pas d’anarchie quand ils font de la science, ou bien ils n’en parlent que lorsque la question scientifique devient une question sociale, c’est-à-dire lorsqu’ils constatent que l’organisation sociale actuelle bloque les progrès de la médecine et l’empêche d’être appliquée au profit de toute l’humanité. »

Errico Malatesta
(Pensiero e Volontà, 1er mars et 1er mai 1924)
 

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