★ ELLE N'EST PAS MORTE
★ Poème en l'honneur des Communards composé par Eugène POTTIER en 1886.
« On l'a tuée à coups de chass'pots,
À coups de mitrailleuses,
Et roulée avec son drapeau
Dans la terre argileuse.
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.
Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !
Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les Versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes.
Et les cent mille assassinats
Voyez c'que ça rapporte.
Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !
On a bien fusillé Varlin,
Flourens, Duval, Millière,
Ferré, Rigault, Toni Moilin,
Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui vider l'aorte.
Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !
Ils ont fait acte de bandits
Comptant sur le silence,
Ach'vé les blessés dans leurs lits,
Dans leurs lits d'ambulance.
Et le sang inondant les draps
Ruisselait sous la porte.
Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !
Les journalistes policiers
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d'ignominie.
Les Maxim' Ducamps, les Dumas,
Ont vomi leur eau-forte.
Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !
C'est la hache de Damoclès
Qui plane sur leurs têtes.
À l'enterrement de Vallès
Ils en étaient tout bêtes.
Fait qu'on était un fier tas
À lui servir d'escorte !
Ce qui prouve en tout cas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !
Bref, tout ça prouve aux combattants
Qu'Marianne a la peau brune,
Du chien dans l'ventre, et qu'il est temps
D'crier "Vive la Commune !"
Et ça prouve à tous les Judas
Qu'si ça marche de la sorte,
Ils sentiront dans peu, nom de dieu !
Qu'la Commune n'est pas morte ! »
/image%2F1177296%2F20160920%2Fob_970032_ob-8dc177-190px-rb-star-svg.png)
