★ FASCISME

Publié le par Socialisme libertaire

anarchisme antifascisme


★ Sélection de 
l’Encyclopédie anarchiste :  

FASCISME :  

   " Actuellement, le fascisme est la force contre-révolutionnaire la mieux organisée, la plus active. Le mot fascisme est italien, mais la chose est d’ordre international. Comme l’hypocrisie est l’hommage rendu par le vice à la vertu, le fascisme est l’aveu de l’extrême danger dans lequel se trouve le régime capitaliste sérieusement menacé par la révolution. C’est, avec le socialisme dit réformiste, la dernière cartouche de la bourgeoisie aux abois. 

   Quand la bourgeoisie se croit au bord de l’abîme, à la veille d’une victoire révolutionnaire, elle rejette sa propre légalité, détruit sa propre démocratie, envoie au diable toutes ses idéologies, toutes ses « grues métaphysiques » (liberté, droits de l’homme, respect des formes juridiques, etc.) : elle se met à tuer, à incendier, à torturer, à détruire illégalement toutes les organisations légales. Elle congédie le Parlement, supprime ou enchaîne la presse, même sa propre presse démocratique. La dictature capitaliste ou bancaire se déshabille publiquement et se promène dans sa nudité affreuse. Le « mur d’argent » devient un mur d’airain contre lequel se brisent toutes les velléités réformistes et démocrates. En un mot, le fascisme, c’est le capitalisme menacé se défendant par tous les moyens légaux et illégaux. C’est le gendarme doublé d’un bandit. C’est la violence sans frein, sans limites.

   Déjà, dans la Rome antique, lorsque les patriciens, les gros propriétaires étaient menacés de la révolte de la plèbe, la dictature s’installait en souveraine toute puissante pour mater la classe exploitée par des représailles impitoyables. Mais les dictateurs des temps anciens gardaient encore un reste de pudeur. Ils limitaient leur pouvoir extraordinaire par des délais (six mois, par exemple). La dictature fasciste ignore la pudeur : elle est illimitée dans le temps et dans l’espace.

   Toute lutte des classes aboutit aux répressions, à la dictature, masquée ou ouverte. Thermidor, Bonaparte, les fusillades sous la Restauration et la Monarchie, les journées sanglantes de juin 1848, le massacre des Communards en 1871, les lois scélérates représentent, à des époques et des degrés différents, la dictature des classes dominantes qui se défendent par tous les moyens.

   Mais ainsi que la dictature de la Rome antique, la dictature bourgeoise a eu jusqu’ici un certain respect des formes. Elle attendait, pour s’exercer, le moment d’un soulèvement populaire ouvert quand les barricades se dressèrent sur les places publiques. Elle se proclamait alors en état de défense légitime et se déclarait en état de siège, en état exceptionnel.

   Le fascisme de nos jours, c’est la dictature préventive, le congé brutal donné à toute légalité régulière. C’est le gouvernement se cachant derrière une bande de bravi, d’assassins soudoyés. C’est l’alliance de la férocité organisée avec la lâcheté souterraine, sournoise. C’est le carabiniere paradant sur la place publique et faisant, à la dérobée, signe à l’assassin embusqué dans l’ombre pour assaillir le passant qui ne se doute de rien.

   Déjà, le tsarisme, aux environs de la première révolution russe de 1905, inaugura ce système de défense clandestine, illégale, doublant et complétant le formidable appareil légal. La police secrète avait ses imprimeries, ses organisations et sa littérature illégales, ses agents provocateurs, ses sicaires. La majesté de l’État et de ses lois solennelles descend dans les cavernes de Cartouche, d’Ali Baba et s’abaisse jusqu’à la situation d’un malfaiteur vulgaire... Mussolini n’a rien inventé. Il a singé Nicolas Raspoutine qui se trouve hors d’état de lui réclamer ses droits d’auteur.

   Même dans notre République très démocratique, très légaliste, au moment de la grève générale des cheminots, une théorie fasciste a été esquissée du haut de la tribune parlementaire. « J’irai jusqu’à l’illégalité » pour défendre l’ordre capitaliste, a dit le chef du gouvernement d’alors.

   Une autre caractéristique du fascisme : il érige la violence en système. Il a le culte de la violence, de la violence en elle-même. C’est en cela que la violence réactionnaire se distingue, entre autres, de la violence révolutionnaire. Le révolutionnaire a le respect de la vie humaine et n’a recours à la violence que forcé par la violence du régime qu’il combat. Son idéal est la solidarité de tous, de tous les producteurs, la fin de toute iniquité, de toute exploitation. Le révolutionnaire ne saurait être un défaitiste du progrès humain. Il croit en un meilleur avenir de l’humanité, en un avenir sans classes, donc sans violence de classe.

   Le fascisme, au contraire, défendant le régime de l’exploitation et de la violence, croit ou feint de croire que la violence est éternelle, bienfaisante, réconfortante. Il cherche à éterniser le régime des classes antagonistes opposées, et, avec elles, le règne de la violence.

   La guerre, avec son culte de la violence « bienfaisante, nationale et patriotique », a été la meilleure préparation fasciste. Quand nous disions et écrivions que la guerre mondiale impérialiste marquerait le retour à la barbarie du moyen-âge, avec son Faustrecht, son droit du plus fort, c’était l’exacte vérité, que le fascisme se charge de justifier à chaque pas.

   Nous n’avons pas le droit de quitter le fascisme sans noter qu’en dehors de la guerre, c’est le socialisme réformiste qui lui a préparé le terrain favorable. En effet, en désarmant le prolétariat moralement, intellectuellement et politiquement par sa propagande des illusions démocratiques, il a livré les masses aux bandes fascistes qui savaient d’avance qu’elles ne rencontreraient aucune résistance effective.

   Les réformistes confondent l’idéal, le but final socialiste avec les moyens, le point d’arrivée avec le point de départ. Oui, notre but final est l’harmonie, la solidarité, la paix définitive, la fraternité même.

   Mais avons-nous le droit d’oublier que nous vivons dans une société basée sur la lutte des classes, armée jusqu’aux dents, et ne prêchant la non-résistance au mal qu’aux faibles, qu’aux opprimés et aux exploités ?

   Désarmer le prolétariat, c’est armer les fascistes. Dire aux prolétaires qu’il suffit d’attendre le coup des majorités parlementaires, c’est livrer la classe ouvrière aux coups de main fascistes.

   Même si le prolétariat a la majorité au Parlement, la classe capitaliste ne cèdera pas. Elle brisera, par la force, sa propre légalité parlementaire. Le fascisme deviendra mondial. Nous voyons chaque jour la tache noire fasciste s’élargir, s’étendre sur un grand nombre d’États. Avec les progrès du prolétariat, le fascisme grandit et se développe. Le dissimuler, c’est trahir la classe ouvrière ou être dupe de sa propre ignorance, de ses illusions « démocratiques ».

   Autre trait du fascisme : il s’adresse de préférence aux anciens socialistes, en leur confiant la direction. Mussolini est un ancien militant socialiste. Millerand aussi. Et j’en passe. Le fascisme, c’est le rendez-vous de tous les crimes, de toutes les vilenies, de toutes les trahisons.

   Tout en jetant bas son masque démocratique et légaliste, le fascisme a tout de même, pour entraîner les foules inconscientes, besoin de se draper d’un intérêt général. C’est l’ordre. C’est la patrie. Le coffre-fort se dissimule dans les plis du drapeau national et de l’ordre sacré.

   On peut aisément démontrer que les autres forces contre-révolutionnaires, en soutenant et en préconisant ces mêmes devises : ordre et patrie, doivent fatalement, qu’elles le veuillent ou non, aboutir aux mêmes tactiques, aux mêmes actes que le fascisme, qui joue le rôle de précurseur et de modèle à tous les défenseurs quand même du régime capitaliste et impérialiste. La contre-révolution est une et indivisible. "

‒ Charles RAPPOPORT

★ L’Encyclopédie anarchiste est une encyclopédie initiée par Sébastien Faure, entre 1925 et 1934, publiée en quatre volumes.

 

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