★ Qu’est-ce que le communisme libertaire ?

Publié le par Socialisme libertaire

Communisme libertaire
Par les textes fondateurs :

 

"Chaque découverte, chaque progrès, chaque accroissement des richesses humaines est le résultat du travail physique et intellectuel accompli dans le passé et dans le présent. Alors, de quel droit quelqu’un peut-il s’approprier la moindre parcelle de cet immense tout, et dire : ceci est à moi, pas à toi ?"

Kropotkine, La conquête du pain, Paris, 1892
"Le Communisme - qu’il faut se garder de confondre avec ’le Parti Communiste’ - est une doctrine sociale qui, basée sur l’abolition de la propriété individuelle et sur la mise en commun de tous les moyens de production et de tous les produits, tend à substituer au régime capitaliste actuel une forme de société égalitaire et fraternelle. Il y a deux sortes de communisme : le communisme autoritaire qui nécessite le maintien de l’État et des Institutions qui en procèdent et le communisme libertaire qui en implique la disparition".

Sébastien Faure, art. "Communisme", Encyclopédie anarchiste, vol. 1.

"La future organisation sociale doit être faite seulement de bas en haut, par la libre association et fédération des travailleurs, dans les associations d’abord, puis dans les communes, dans les régions, dans les nations, et, finalement, dans une grande fédération internationale et universelle".

Bakounine, Œuvres, t. IV, p. 264.

Le communisme libertaire

La tendance anarchiste communiste ou "communiste libertaire" associe deux termes dont l'un, anarchisme, définit le mouvement libertaire qui veut la liberté politique pour les individus, mandatement impératif, fédéralisme, rejet de l'État, lutte contre toutes les formes d'oppression et l'autre, communisme, qui de l'adage « à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités » veut la liberté économique en partant des besoins des individu-e-s. Les besoins sont recensés par communes, par quartiers, par entreprises. À partir de ce recensement, la production doit ensuite être organisée et cela sans limitation autre que les capacités et les besoins des intéressé-e-s. L'idéal de l'anarcho-communisme est une société composée de fédérations libres de collectifs libres et égalitaires. En d'autres mots, un réseau à grande échelle de petits collectifs locaux où l'adhésion est libre et sans restrictions.
L’anarcho-communisme, encore appelé communisme libertaire, dont Bakounine et Kropotkine sont les principaux représentants, cherche à établir une société socialiste égalitaire. Les anarcho-communistes, à l’inverse des individualistes, « se préoccupent avant tout des formes de production et des exigences de la vie collective ». Mais contrairement aux communistes autoritaires, en tant que libertaires, ils sont hostiles à toute forme d’État et d’autorité, et ils s’opposent donc dans les moyens et dans la forme à « l’autoritarisme » marxiste.
Le communisme dont il est question ne fait en aucune façon référence au Communisme Soviétique ou aux pratiques des partis communistes. Le communisme libertaire est basé sur l'abolition de la propriété et sur la mise en commun des moyens de production et des produits obtenus. Le but est de créer une société égalitaire, mutualiste et fraternelle par la libre association et fédération au niveau local, régional, national et international. L'Etat serait remplacé par l'association des fédérations. Appelé également socialisme libertaire, le communisme libertaire milite pour une révolution universelle, sociale, économique et culturelle.
Il n'y a donc pas de centralisme économique ou politique tel que le conçoivent les collectivistes marxistes, car l'anarcho-communisme prône une libre organisation des individu-e-s (associationnisme, fédéralisme,etc.). Cela implique la possibilité de révocation des mandataires membres d'une structure anarcho-communiste.

Anarcho-communisme :


Qu'est-ce que l'Anarcho-Communisme ? 

L'anarcho-communisme associe deux termes dont l'un, anarchisme, définit le mouvement libertaire qui veut la liberté politique (mandatement impératif, autogestion, fédéralisme, démocratie directe) et l'autre, communisme, qui de l'adage « À chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités » veut la liberté économique en partant du besoin des individus (par recensement par communes, par quartier, par entreprises et par différents autres moyens fédérés), pour ensuite organiser la production afin de répondre aux besoins recensés ou estimés, et cela sans limitation autre que les capacités et les besoins des intéressés (qui ont eux même des besoins et des capacités à partager).
Il n'y a donc pas de centralisme économique ou politique (comme dans le collectivisme marxiste), car la forme de l'organisation est libre (associationnisme, fédéralisme...) et elle ne dépasse pas la volonté des individus (car possibilité de révocation des mandatés).

Qu'elle est l'histoire de l'Anarcho-communisme ?

Le courant libertaire est une entité à part entière.
Le mouvement anarchiste est depuis ses origines associé au mouvement socialiste (Joseph Déjacque, Charles Fourier, Proudhon, Victor Considérant, Bakounine, Cœurderoy...).
L'adage du socialisme était « l'administration des choses », et l'abolition de l'administration des hommes (soit de l'État) en était sa conséquence.
Une organisation, l'Association internationale des travailleurs (AIT), essaya de définir dans ces principes de base les principes de l'administration des choses. Cependant, de nombreuses divergences existaient au sein de l'AIT. Les "mutuellistes" s'inspiraient de Proudhon, les collectivistes s'inspiraient de Michel Bakounine et les communistes s'inspiraient notamment de Karl Marx. Bientôt, deux moyens différents pour arriver à l'application de ces principes étaient discutés au sein de l'Internationale. L'une envisageait de mener une lutte sur le terrain politique (y compris avec participation aux élections) au service de la classe ouvrière, comme moyen transitoire, l'autre passait outre et ne prônait que l'autonomie ouvrière comme seul moyen d'émancipation. Au congrès de La Haye de 1872, trois anarchistes furent exclus de la première Internationale par vote du congrès, ce qui fut malgré elle un suicide de l'AIT, déjà affaiblie : la scission qui suivit fut très importante.
Les libertaires tels que Bakounine et Proudhon, bien qu'en désaccord sur de nombreux points, souhaitaient l'abolition stricte de l'hégémonie étatique. Ils considéraient en outre que toute domination, qu'elle soit au niveau parlementaire, ou bien même industrielle (patrons, chefs, etc.) ne pouvait pas ne serait-ce que participer au bonheur des hommes. La base de la décision doit se faire à l'échelle du peuple, seul entité décisive possible. Les libertaires exècrent la représentativité parlementaire, comptée comme élite profiteuse et avare.
À partir de ce moment là, le mouvement anarchiste s'est transformé et différentes tendances ont continué à se développer en son sein, les unes plus ou moins complémentaires avec les autres. Il y eut les collectivistes (bakouninistes), les individualistes (stirneriens...), les syndicalistes (Pouget...) et les communistes (Malatesta...) et peut-être d'autres tendances...
Le communisme anarchiste fut proclamé pour la première fois à la Fédération italienne de l'AIT (anti-autoritaire de St-imier créée en 1872) au congrès de Florence de 1876 par Costa, Errico Malatesta, Carlo Cafiero et Covelli. Ce positionnement fut pris en opposition au collectivisme qui était la position officielle de l'AIT anti-autoritaire (avec l'influence de Bakounine) de cette époque.
Le choix du communisme plutôt que le collectivisme est vite apparu dans le mouvement anarchiste à cause de la crainte qu'un centralisme économique pouvait être amené par la théorie collectiviste (dont le défenseur était Michel Bakounine)… En effet, cette théorie proposait de quantifier la valeur du travail, et ceci selon le temps ou la tâche effectuée. Cela impliquait qu'il y ait un centralisme économique qui définisse cette valeur (en monnaie ou en bons de consommation), et donc des personnes spécialisées dans l'estimation de la valeur du travail ; théoriquement et pratiquement, cela aurait été évidemment inacceptable pour les anarchistes, car il n'est pas possible et souhaitable de définir une valeur à l'activité humaine. La théorie communiste anarchiste balaya toutes ces contraintes ou manquements associés au collectivisme libertaire, et le communisme devint pour une bonne part des anarchistes le successeur du collectivisme dans de nombreuses contrées. Les Espagnols garderont longtemps le collectivisme comme base économique envisagée, et ceci jusqu'au début des années trente, où ils considérèrent alors le communisme libertaire comme but.
Des réflexions et des questions autour des modes d'organisations, tel le syndicalisme révolutionnaire au début du XXe siècle, et aussi dans les années 1920 à la suite de la révolution russe, tels le plateformisme, apparurent au sein du mouvement anarcho-communiste. Beaucoup d'anarchistes communistes (dont Malatesta, Cafiero, Faure, Berneri, ...) répondirent négativement au plateformisme (pour ses insuffisances théoriques pouvant permettre à un autoritarisme de s'installer au sein de son organisation) ou au syndicalisme révolutionnaire (qui pouvait mener autre part qu'à l'anarchie).
Depuis la révolution russe, où les bolchéviques se sont appropriés le mot « communisme », bien qu'ils n'aient pratiqué que le collectivisme d'État (voire du capitalisme d'État), le mot « communisme » est associé à ces groupements d'État (ce qui est pourtant un non sens, puisque le communisme est un mode d'organisation sans État). Pourtant l'histoire du mouvement communiste est beaucoup plus ancienne et plus riche que le collectivisme d'État, et a existé bien avant Marx et les marxistes.
Dans les années 1960-70, Daniel Guérin a tenté l'élaboration d'un courant qualifié de « marxiste libertaire », cherchant à faire la synthèse entre anarchisme et marxisme. Il s'agissait pour l'anarchisme de se réapproprier la conception matérialiste de l'Histoire, et pour le marxisme majoritaire de se débarrasser de visées étatistes et autoritaires.
Si le terme n'a plus cours aujourd'hui, ce concept a eu le mérite de mettre en lumière les points de convergence du « marxisme » et de l'anarchisme, notamment sur la question de l'analyse économique et sociale.

Qu'elles sont les expériences réalisés anarcho-communiste? 

L'anarchisme communiste se développa dans divers organisations et pays.
Il y eut des expériences de communisme anarchiste en Ukraine dans divers cantons ou villages qui furent cependant trop courtes pour que l'on puisse retirer un enseignement de cette période, cependant il reste des écrits de Makhno au sujet de Goulai Polié et de ses environs, quant à son organisation. Ce mouvement a donné le nom célèbre de la « Makhnovtchina », représentant d'une part la volonté d'indépendance de l'Ukraine en 1917-1920, sous le joug des Bolchéviques.
L’expérience la plus importante qui ait existé du communisme anarchiste mis en pratique a eu lieu en Espagne durant la période révolutionnaire allant de 1936 à 1938. Dès le 18 juillet, jour de l'insurrection, une collectivisation des terres et des usines se fit dans quasiment toute l'Espagne « républicaine » avec plus ou moins d'intensité selon les régions et selon la force ouvrière et paysanne présente et influencé par les anarchistes. Dans certaines parties les communes ou collectivités vivaient selon le communisme anarchiste, dans d'autres parties le collectivisme libertaire. L'expérience espagnole est controversée dans la mesure où certains mettent en avant le vécu démocratique et populaire, tandis que d'autres soulignent que les idées anarchistes n'ont pas permis d'organiser la victoire contre le soulèvement fasciste.
Il a été également mis en expérience une forme peu connue d'économie, ce fut l'abolition de la monnaie. Ayant été mise à l'essai sur certaines sections fédérales, il a été reconnu que cet essai fut non seulement un succès, mais il a réjouit le peuple ayant participé à cette action. L’arrivée de Franco au pouvoir a été une vague frappant les collectivités libertaires : tout a été aboli et réprimé.
Il y a enfin l'expérience des sociétés primitives qui, aux quatre coins du monde (Amériques, Afrique, Asie, Polynésie), ont perduré sous ce mode d'organisation durant des millénaires. Voir à ce sujet le livre de Marshall Sahlins, Âge de pierre, âge d'abondance ainsi que celui de Pierre Clastres, La Société contre l'État, sans oublier les nombreux exemples qui attestent aujourd'hui du bon fonctionnement du mode libertaire : autogestion en Argentine, collectivités libertaires sous le temps des Soviets, des exemples sont apparus en France. Ces systèmes d'organisation mettent en valeur la satisfaction du besoin de chacun, et non le surplus et le bénéfice de quelques uns au détriment de tous.

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