★ Anarcho-communisme

Publié le par Socialisme libertaire

Communisme libertaire

L'anarcho-communisme associe deux termes dont l'un, anarchisme, définit le mouvement libertaire qui veut la liberté politique (mandatement impératif, autogestion, fédéralisme, démocratie directe) et l'autre, communisme, qui de l'adage «De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins» veut la liberté économique en partant du besoin des individus (par recensement par communes, par quartier, par entreprises et par différents autres moyens fédérés), pour ensuite organiser la production pour répondre aux besoins recensés ou estimés, et cela sans limitation autre que les capacités et les besoins des intéressés (qui ont eux-mêmes des besoins et des capacités à partager).

Il n'y a par conséquent pas de centralisme économique ou politique (comme dans le collectivisme marxiste), car la forme de l'organisation est libre (associationnisme, fédéralisme... ) et elle ne dépasse pas la volonté des individus (car possibilité de révocation des mandatés).

 

Origine et histoire du communisme libertaire

Chaque découverte, chaque progrès, chaque accroissement des richesses humaines est le résultat du travail physique et intellectuel accompli dans le passé et dans le présent. Alors, de quel droit quelqu'un peut-il s'approprier la moindre parcelle de cet immense tout, et dire : ceci est à moi, pas à toi ?

Pierre Kropotkine in "La conquête du Pain" (1892)

Le courant libertaire est une entité à part entière.

Le mouvement anarchiste est depuis ses origines associé au mouvement socialiste (Joseph Déjacque, Proudhon, Bakounine, Cœurderoy... ).

L'adage du socialisme était «l'administration des choses», et l'abolition de l'administration des hommes (soit de l'État) en était sa conséquence.

Une organisation, l'Association mondiale des travailleurs (AIT), essaya de définir dans ces principes de base les principes de l'administration des choses. Cependant, de nombreuses divergences existaient au sein de l'AIT. Les "mutuellistes" s'inspiraient de Proudhon, les collectivistes s'inspiraient de Michel Bakounine et les communistes s'inspiraient surtout de Karl Marx. Bientôt, deux moyens différents pour arriver à l'application de ces principes étaient discutés au sein de l'Association Mondiale. L'une envisageait de mener une lutte sur le terrain politique (y compris avec participation aux élections) au service de la classe ouvrière, comme moyen transitoire, l'autre passait outre et ne prônait que l'autonomie ouvrière comme seul moyen d'émancipation. Au congrès de La Haye de 1872, trois anarchistes furent exclus de la première Mondiale par vote du congrès, ce qui fut malgré elle un suicide de l'AIT, déjà affaiblie : la scission qui suivit fut particulièrement importante.

Les libertaires tels que Bakounine et Proudhon, quoiqu'en désaccord sur de nombreux points, souhaitaient l'abolition stricte de l'hégémonie étatique. Ils considéraient en outre que toute domination, qu'elle soit au niveau parlementaire, ou bien même industrielle (patrons, chefs, etc. ) ne pouvait pas ne serait-ce que participer au bonheur des hommes. La base de la décision doit se faire à l'échelle du peuple, seul entité décisive envisageable. Les libertaires exècrent la représentativité parlementaire, comptée comme élite profiteuse et avare.

À partir de ce moment là, le mouvement anarchiste s'est transformé et différentes tendances ont continué à se développer en son sein, les unes plus ou moins complémentaires avec les autres. Il y eut les collectivistes (bakouninistes), les individualistes (stirneriens... ), les syndicalistes (Pouget... ) et les communistes (Malatesta... ) et peut-être d'autres tendances...

Le communisme anarchiste fut proclamé pour la première fois à la Fédération italienne de l'AIT (anti-autoritaire de St-imier créée en 1872) au congrès de Florence de 1876 par Costa, Errico Malatesta, Carlo Cafiero et Covelli. Ce positionnement fut pris en opposition au collectivisme qui était la position officielle de l'AIT anti-autoritaire (avec l'influence de Bakounine) de cette époque.

Le choix du communisme plutôt que le collectivisme est vite apparu dans le mouvement anarchiste à cause de la crainte qu'un centralisme économique pouvait être amené par la théorie collectiviste (dont le défenseur était Michel Bakounine) … En effet, cette théorie proposait de quantifier la valeur du travail, et ceci selon le temps ou la tâche effectuée. Cela impliquait qu'il y ait un centralisme économique qui définisse cette valeur (en monnaie ou en bons de consommation), et par conséquent des personnes spécialisées dans l'estimation de la valeur du travail ; théoriquement et quasiment, cela aurait été bien entendu intolérable pour les anarchistes, car il n'est pas envisageable et souhaitable de définir une valeur à l'activité humaine. La théorie communiste anarchiste balaya toutes ces contraintes ou manquements associés au collectivisme libertaire, et le communisme devint pour une bonne part des anarchistes le successeur du collectivisme dans de nombreuses contrées. Les Espagnols garderont longtemps le collectivisme comme base économique envisagée, et ceci jusqu'au début des années trente, où ils considérèrent alors le communisme libertaire comme but.

Des réflexions et des questions autour des modes d'organisations, tel le syndicalisme révolutionnaire au début du XXe siècle, et aussi dans les années 1920 suite à la révolution russe, tels le plateformisme, apparurent au sein du mouvement anarcho-communiste. Énormément d'anarchistes communistes (dont Malatesta, Cafiero, Faure, Berneri, ... ) répondirent négativement au plateformisme (pour ses insuffisances théoriques pouvant permettre à un autoritarisme de s'installer au sein de son organisation) ou au syndicalisme révolutionnaire (qui pouvait mener autre part qu'à l'anarchie).

Depuis la révolution russe, où les bolchéviques se sont appropriés le mot «communisme», quoiqu'ils n'aient pratiqué que le collectivisme d'État (voire du capitalisme d'État), le mot «communisme» est associé à ces groupements d'État (ce qui est néanmoins un non sens, puisque le communisme est un mode d'organisation sans État). Néanmoins l'histoire du mouvement communiste est bien plus ancienne et plus riche que le collectivisme d'État, et a existé bien avant Marx et les marxistes.

Dans les années 1960-70, Daniel Guérin a tenté l'élaboration d'un courant qualifié de «marxiste libertaire», cherchant à faire la synthèse entre anarchisme et marxisme. Il s'agissait pour l'anarchisme de se réapproprier la conception matérialiste de l'Histoire, et pour le marxisme majoritaire de se débarrasser de visées étatistes et autoritaires.

Si le terme n'a plus cours actuellement, ce concept a eu le mérite de mettre en lumière les points de convergence du «marxisme» et de l'anarchisme, surtout sur la question de l'analyse économique et sociale.

Expériences communistes anarchistes

Le Communisme - qu'il faut se garder de confondre avec 'le Parti Communiste'- est une doctrine sociale qui, basée sur l'abolition de la propriété individuelle et sur la mise en commun de l'ensemble des moyens de production et de l'ensemble des produits, tend à substituer au régime capitaliste actuel une forme de société égalitaire et fraternelle. Il y a deux sortes de communisme : le communisme autoritaire qui nécessite le maintien de l'État et des Institutions qui en procèdent et le communisme libertaire qui en implique la disparition

Sébastien Faure in «Communisme», Encyclopédie anarchiste, vol. 1.

L'anarchisme communiste se développa dans divers organisations et pays.

Il y eut des expériences de communisme anarchiste en Ukraine dans divers cantons ou villages qui furent cependant trop courtes pour qu'on puisse retirer un enseignement de cette période, cependant il reste des rédigés de Makhno au sujet de Goulai Polié et de ses environs, quant à son organisation. Ce mouvement a donné le nom célèbre de la «Makhnovtchina», représentant d'une part la volonté d'indépendance de l'Ukraine en 1917-1920, sous le joug des Bolchéviques.

L'expérience principale qui ait existé du communisme anarchiste mis en pratique a eu lieu en Espagne durant la période révolutionnaire allant de 1936 à 1938. Dès le 18 juillet, jour de l'insurrection, une collectivisation des terres et des usines se fit dans presque toute l'Espagne «républicaine» avec plus ou moins d'intensité selon les régions et selon la force ouvrière et paysanne présente et influencé par les anarchistes. Dans certaines parties les communes ou collectivités vivaient selon le communisme anarchiste, dans d'autres parties le collectivisme libertaire. L'expérience espagnole est controversée étant donné que certains mettent en avant le vécu démocratique et populaire, alors que d'autres soulignent que les idées anarchistes n'ont pas permis d'organiser la victoire contre le soulèvement fasciste.

Il a été aussi mis en expérience une forme peu connue d'économie, ce fut l'abolition de la monnaie. Ayant été mise à l'essai sur certaines sections fédérales, il a été reconnu que cet essai fut non seulement un succès, mais il a réjouit le peuple ayant participé à cette action. L'arrivée de Franco au pouvoir a été une vague frappant les collectivités libertaires : tout a été aboli et réprimé.

Il y a enfin l'expérience des sociétés primitives qui, aux quatre coins du monde (Amériques, Afrique, Asie, Polynésie), ont continué sous ce mode d'organisation durant des millénaires. Voir à ce sujet le livre de Marshall Sahlins, Âge de pierre, âge d'abondance mais aussi celui de Pierre Clastres, La Société contre l'État, sans oublier les nombreux exemples qui attestent actuellement du bon fonctionnement du mode libertaire : autogestion en Argentine, collectivités libertaires sous le temps des Soviets, des exemples sont apparus en France. Ces dispositifs d'organisation mettent en valeur la satisfaction du besoin de chacun, et non le surplus et le bénéfice de quelques uns au détriment de tous.

 

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