★ Le mouvement anarchiste mondial : histoire et réalisations

Publié le par Socialisme libertaire

★ Le mouvement anarchiste mondial : histoire et réalisations

On nous dit souvent que l’anarchisme n’existe nulle part, qu’il est dans l’histoire très minoritaire voire inexistant, qu’il n’a jamais rien su réaliser qui fonctionne, mais l’histoire et le mouvement anarchiste aujourd’hui invalident complètement ces idées. Celles-ci ont souvent comme objectif dans la bouche des autoritaires de nous déstabiliser et d’être sûr·e·s que l’anarchisme reste peu connu, voire occulté par ceux et celles qu'il gênerait le plus. De nos jours, le mouvement anarchiste pris dans son sens large est pertinent, car il est resté tel qu'il a toujours été. Il n’a pas à rougir de son passé, on pourrait même dire qu’il a été l’un des puissants moteurs du progrès social.

L'anarchisme et le mythe des cinq épisodes marquants

L’histoire de l’anarchisme avec ses cinq épisodes marquants (Haymarket en 1887, la charte d’Amiens de la CGT (Française) 1906, la révolte de Cronstadt en 1921, la révolution espagnole de 36-39, les soulèvements de mai 1968) ne paraît pas pertinente, car elle donne une vision confuse de ce qu'est vraiment l’anarchisme et donne l’impression que l’anarchisme n’est qu’un hasard de l’histoire, une idée politique utopique et minoritaire vouée à échouer et à finir dans les oubliettes de l’histoire. Souvent le contenu de la révolte de Cronstadt et de mai 68 y est gonflé alors que les anarchistes y étaient très faibles voire marginaux ; la révolution ukrainienne est perçue comme un événement secondaire dans l’ombre de la révolution russe, alors qu’elle est un vrai processus révolutionnaire. Cette manière de raconter l’anarchisme, ignore l’influence des révolutions à forte influence anarchiste : Morelos et Basse-Californie, Mexique de 1910–1920, la commune de la préfecture de Shin Min (Xinmin) en Mandchourie (1929-1931), les montagnes de l’Escambray (Cuba), la lutte des syndicats clandestins de Cuba (1952-1959), les communes anarchistes en Espagne en 1873-74 et en Macédoine en 1903. Elle reste au final très europeo-centrée et occidentale. Pourtant l’anarchisme demeure profondément internationaliste et possède une portée mondiale. Il a été prépondérant dans les mouvements ouvriers. Les méthodes de luttes des anarchistes sont reprises par tou·te·s de manière plus complète ou partielle, car elles sont souvent les plus efficaces.
Dans certaines de ses tendances individualiste ou insurrectionnaliste, l’anarchisme tend à vouloir rester groupusculaire et déconnecté du monde, en retrait comme l’imagerie du libertaire seul face au monde qui l’entoure, comme un martyr déjà condamné, les révolutionnaires maudits qu’ils désirent incarner. Nous verrons que ces tendances ont miner une partie de l’anarchisme en le rendant inaudible.

Première vague (1868-1894)

Si l’anarchisme a connu un tel succès, c’est qu’à cette époque le marxisme classique n’avait ni tendu la main aux paysan·ne·s ni aux pays colonisés.
Le mouvement anarchiste s’est répandu de manière spectaculaire à travers le monde, en créant des syndicats révolutionnaires et anarchistes en 1870 d’abord à Cuba, au Mexique, aux États-Unis, en Uruguay, en Espagne, puis en Égypte et à Cuba.

Il y a une première vague d’organisations syndicales anarchistes et révolutionnaires : la fédération régionale espagnole en 1868, le cercle prolétaire à Mexico en 1869, la Fédération régionale de la république de l’est de l’Uruguay en 1872, le conseil central des artisans de Cuba en 1885, l'union centrale du travail aux États-Unis en 1883. En quelques années ces organisations montent à des milliers d’adhérent·e·s (60 000 pour l’Espagne par exemple, 15 000 pour le Mexique). Parmi ces 5 pays, 3 seront bouleversés par une révolution à caractère fortement anarchiste. Le rôle des anarchistes dans la révolution cubaine est largement méconnu en 1952-1959. En Russie le mouvement sera rapidement écrasé tout comme aux États-Unis où le mouvement demeura minoritaire. Dans le cas de la commune de Paris en 1871, même si elle n’est pas un soulèvement anarchiste à proprement parler, le contrôle ouvrier a été préfiguré par les insurrections bakouninistes de Paris et de Marseille. La défaite de la Commune et la répression ont entraîné une forte diaspora des communard·e·s dans différents pays et ces exilé·e·s joueront un rôle clé dans la radicalisation des mouvements ouvriers. La fédération ouvrière régionale espagnole crée ses propres communes lors de la révolte cantonaliste de 1873-1874. Malgré ses faiblesses ce modèle inspirera les expériences anarchistes à grandes échelle par la suite. En 1877, la dissolution de l’AIT laisse place a l’Internationale antiautoritaire ou internationale noire. Au fil du temps la tendance insurrectionnaliste prend le pouvoir sur l’organisation et l’organisation devient de plus en plus puriste. D’une manière générale c’est le début de la défaite pour les mouvements ouvriers, le terrorisme devient a la mode. Le mouvement ouvrier y payera le prix cher.

Deuxième vague (1895-1923)

« La mission historique de la classe ouvrière est de supprimer le capitalisme. Les forces de la production doivent s'organiser non seulement en vue de la lutte quotidienne contre les capitalistes, mais aussi pour continuer la production lorsque le capitalisme sera renversé. En nous organisant au sein des industries, nous créons une nouvelle société à l'intérieur de l'ancienne. » IWW

« L’amélioration immédiate de la condition des salariés n’est qu’un côté de l’ouvre du syndicalisme : il prépare l’émancipation intégrale avec, comme moyen d’action, la grève générale, et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera dans l’avenir le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale. » Charte d'Amiens CGT 1906

Aux Pays-Bas le secrétariat national du travail atteint 18 700 membres en 1895, le syndicalisme révolutionnaire et anarchiste se propage avec la CGT française ; la fédération des bourses du travail en France 203 000 membres en 1906. Avec la charte d’Amiens de 1906, le syndicalisme révolutionnaire progresse fortement ; le préambule de l'IWW aura le meme effet dans les pays anglophones.

La démocratie directe est utilisée comme dans les communes française et espagnole, pendant les révoltes de Macédoine en 1903 et en Russie en 1905-1907.

Des guérillas anarchistes participent à la fondation des communes macédoniennes de Strandja et Krusevo et les premiers soviets russes à Saint-Pétersbourg et à Moscou sont créés par des anarchistes. Pendant ces révoltes se crée en Pologne l’anarchiste black cross ; aujourd’hui 64 pays ont une section. L’IWW se crée en 1905 avec des références fortes à l’abolition du salariat, mais demeure syndicaliste révolutionnaire. Elle se répand comme une traînée de poudre dans les pays anglo-saxons principalement : Australie, Canada, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Argentine, Chili, Cuba, Allemagne, Ukraine, Sibérie.

Le Congrès international d’Amiens réunit plus de 80 délégué·e·s avec entre autres l’Argentine, l’Autriche, la Bulgarie, le Japon, la Russie, la Serbie, les États unis. La tendance organisationnelle est majoritaire, et on y acte que l’organisation des travailleurs et des travailleuses ne remplace pas l’organisation politique spécifiquement anarchiste, on affirme le dualisme organisationnel.

À la suite de ce congrès, les délégué·e·s vont créer une multitude d’organisations spécifiques anarchistes, comme l’alliance communiste anarchiste en 1910 en France. La FORA en Argentine en 1903 inspire la création de la FORB au Brésil, FORCH au Chili, FOC en Colombie, FOH de la Havane FORM au Mexique FORPE au Pérou, FORPA au Paraguay, la FROV du Venezuela. La CNT espagnole est créée en 1910, et l’union ouvrière nationale portugaise est créée en 1914.

Au Mexique en 1910 une grande révolution d’influence anarchiste éclate, les syndicats révolutionnaires et anarchistes travaillent de concert avec les milices de paysan·ne·s et d’ouvrier·e·s armées. Deux nouvelles révolutions éclatent en Ukraine et en Russie avec une très forte auto-organisation ouvrière.
En Ukraine l’armée révolutionnaire fonctionne sur une base volontaire et pluraliste (anarchistes, socialistes révolutionnaires, maximalistes, combattant·e·s non affilié·e·s et bolcheviks dissident·e·s), les officiers y sont élu·e·s. Les orientations politiques et sociales sont décidées par les congrès de paysan·ne·s, d’ouvrier·e·s et d’insurgé·e·s. Cette organisation est liée de manière informelle au groupe anarcho-communiste de la vile de Gulay-Polyé et au mouvement Nabat (tocsin en Français). Il y a des liens avec les syndicats révolutionnaires et les autres fédérations anarchistes de Russie et d’Altaï, mais aussi avec les entreprises autogérées et les gardes noires protégeant les usines autogérées. Malheureusement les révolutionnaires ukrainien·ne·s et russes sont étranglé·e·s par les bolcheviks.


Au congrès syndicaliste de Londres, de nombreux et nombreuses délégué·e·s sont présent·e·s et l’internationalisme y est fort, ce qui donne la constitution d’un bureau d’information syndicaliste international.
En 1922, l’union syndicale italienne affiliée à l’IWW représente un demi-million de travailleurs et travailleuses, la Fora Argentine 200 000, la CGT portugaise 150 000.

Toute cette vague aboutit à la reconnaissance de la journée de 8h, l’augmentation de la qualité de l’éducation générale ou une bataille acharnée contre les monarchies.
Les échecs des révolutions russes, mexicaines et ukrainiennes ont sûrement dégoûté beaucoup d’anarchistes qui se sont retiré·e·s des luttes sociales quand ils et elles n’ont pas été tué·e·s à la guerre et laissé la voix libre au bolchevisme.

Après la défaite de l’Ukraine, une partie des anarchistes Ukrainien·ne·s propose un projet de texte, la plateforme, qui réaffirme la nécessité d’une double organisation politique et de masse. Ce texte remue le mouvement anarchiste qui se divise entre organisationnel·le·s de type platformiste et synthésite qui représente une vision plus lâche de l’organisation. La tendance organisationnelle en France donne cœur à la création d’une fédération internationale anarcho-communiste en 1927 avec des sections et délégué·e·s de Chine, d’Italie, de Pologne et d’Espagne. En Bulgarie la tendance plateformiste domine et crée la fédération des anarcho-communistes de Bulgarie et adopte la plateforme ukrainienne comme texte fondateur. C’est sûrement l’une des raisons qui explique pourquoi elle a résisté à la violence des putschs fascistes en 1923 et 1934, mais aussi à la Seconde Guerre mondiale, avant d’être écrasé par les marxistes et fascistes en 1948. La Nabat qui était à la base une organisation proche des synthésistes est devenue pendant la guerre une organisation presque plateformiste, qui n’était pas une organisation affinitaire, mais bel et bien une organisation avec des affinités politiques.

Troisième vague (1923-1949)

Avec le succès de la propagande bolchevique, les anarchistes perdent du terrain, sauf en Amérique latine et en extrême orient. Ils et elles se heurtent aussi au réformisme. D’importantes luttes sont menées contre le fascisme et l’impérialisme en Bulgarie et en Corée. Deux grandes organisations anarchistes se créent en 1928, la fédération anarchiste orientale avec des membres en Chine, Japon, Corée, Formose (Tawain), Vietnam et en Inde. À l’initiative de la fédération anarchiste Coréenne en Chine, en 1930 se fonde à Shanghai, la fédération de la jeunesse coréenne en Chine du Sud avec des représentant·e·s de Corée de Mandchourie, du Japon et de la Chine.
En 1928 est créée l’association continentale américaine des travailleurs et travailleuses avec des groupes en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Chili, au Costa Rica, en Équateur, au Salvador, au Guatemala, au Mexique, au Paraguay, au Pérou et en Uruguay. La révolution mandchoue éclate en 1929-1931. En 1929 se crée la fédération anarchiste en Mandchourie. Une ligue générale des Coréen·ne·s est créée qui va régir le pays en autogestion. En 1931 elle est écrasée par l’invasion japonaise. La FACM et la FACC sont forcées de battre en retraite et continueront de combattre l’impérialisme japonais aux côtés de leurs camarades chinois·es.

En 1936 éclate la révolution sociale espagnole avec la CNT espagnole et la Fédération Anarchiste Ibérique qui ne se revendique pas du plateformisme, mais du synthésisme. Les compromissions, les trahisons et la répression de Franco, Hitler, Mussolini et des staliniens finiront d’écraser la révolution espagnole. En France la fédération internationale syndicaliste révolutionnaire voit le jour et conduit à la création de la CNT française avec l’aide de la Fédération Anarchiste Francophone. En Bulgarie la Fédération des Anarcho-communistes de Bulgarie renaît. En Italie la Fédération Communiste Anarchiste Italienne est créée en 1944. La Fédération Anarchiste Japonaise voit le jour en 1945. La Fédération des Libertaires Socialistes est créée en 1974, englobant le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et le mouvement libertaire nord-africain créé en 1948. La défaite anarchiste espagnole provoque elle aussi une diaspora qui va influencer les anarchistes dans le monde : à Cuba, en France, au Mexique ou au Venezuela. Le mouvement anarcho-syndicaliste en Chine compte 10 000 membres à Canton et Shanghai malgré des conditions difficiles. En 1948 à Paris se fonde la commission des relations internationales anarchistes, son objectif est de faciliter les relations entres les membres du mouvement anarchiste d’après-guerre. Une organisation sœur se crée en Amérique latine, en 1958 elle devient la commission internationale anarchiste qui perdure jusqu’en 1960.

Quatrième vague (1950-1989)

Le fascisme progresse, le totalitarisme maoïste s’est emparé de la Chine, la Corée est enfermée entre deux formes de totalitarisme fermées aux options libertaires. Les anarchistes cubain·e·s déclenchent la révolution cubaine de 1952 à 1959 et mène le combat dans l’association libertaire de Cuba et la CGT clandestine. Les anarchistes y ont joué un très fort rôle jusqu’à ce que les acquis soient détruits par les castristes. Les anarchistes au Chili, réuni·e·s dans la centrale unique des travailleurs, dominent chez les travailleurs et travailleuses maritimes, les cordonnier·e·s les imprimeurs et imprimeuses. En 1956 une grève générale paralyse le pays, le régime en place propose de céder le pouvoir à la CUT. Les socialistes et les marxistes refusent de continuer la grève générale, alors qu’elle aurait pu déboucher sur un contrôle ouvrier. En Argentine l’anarcho-syndicalisme demeure puissant. Dans la province du Yunnan en Chine, dans les années 1940–1950, les guérillas anarchistes de Chu Cha Pei reprennent le modèle makhnoviste. En Bolivie les anarchistes sont majoritaires dans l’organisation syndicale, l’anarcho-syndicaliste ouvrière régionale bolivienne et la fédération des femmes ouvrières dureront jusqu’en 1964. En Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe) le syndicalisme est fortement inspiré des thèses anarchistes. La majorité des activités syndicales sont dissociées de leurs origines anarchistes.

En 1956 la FAU se crée. En 1972 elle créera une Convention nationale des travailleurs (CNT) forte de 400 000 adhérent·e·s. En Espagne et en Chine, les guérillas anarchistes nuisent grandement aux autorités maoïstes et franquistes. La classe ouvrière est en péril et ne reprendra pied qu’avec le signal fort de 1968.
Des groupes armés s’affichant anarchistes à cette époque sont l’organisation populaire révolutionnaire en Uruguay, Résistance libertaire en Argentine contre la dictature, le groupe de libération des travailleurs (Shagila) en Irak, le cri du peuple en Iran. Ces deux dernières organisations ont développé une pratique anarchiste tout en étant presque totalement isolées, elles interviendront dans la révolution iranienne de 1978-1979, la plus récente révolution dans lequel des groupes armés anarchistes sont intervenus. En 68 se recrée l’Anarchist Black Cross et l’internationale des fédérations anarchistes sur le réseau de la commission internationale anarchiste. Elle est constituée par la fédération anarchiste francophone, des organisations anarchistes d’Argentine, d’Australie, de Grande-Bretagne, D’Italie, du Japon, du Mexique, de Norvège, des Pays-Bas, de Suisse, de Grèce, d'Allemagne, de Bulgarie (l’union libertaire bulgare en exil), de la FAI Espagnole clandestine, du mouvement libertaire cubain en exil, d'un groupe de Vietnamien·ne·s en exil, d'une fédération anarchiste Chinoise. Elle entretient des liens avec des fédérations anarchistes en Australie, Chili, Danemark, Allemagne, Japon, Nouvelle-Zélande, au Portugal, au Québec, en Écosse et en Suède.

La fin des régimes fascistes au Portugal et en Espagne en 1974 et 1975 respectivement provoque une remontée de la CNT. Cette prolifération d’organisations montre le retour en force des anarchistes. On constate également le retour des tendances libertaires en Russie avec une radio pirate en 1970 en à Leningrad, où une organisation clandestine anarcho-syndicaliste est fondée. Des étudiant·e·s anarchistes se font arrêter la même année en Ukraine pour avoir tenté de créer la ligue communiste des anarchistes, la fédération polonaise est créée en 1988, et la fédération anarcho syndicaliste en Tchécoslovaquie en 1989. Des syndicats se créent avec des origines anarchistes insoupçonnées comme la fédération des syndicats sud-africains ou ailleurs dans le monde.

Cinquième vague (1990 à nos jours)

Les néofascistes et les escadrons de la mort financés par les États-Unis en 1980 en Amérique latine écrasent les révoltes et le mouvement anarchiste. En Europe occidentale et aux États-Unis, les anarchistes isolé·e·s des classes populaires se dévient de l’anarchisme et se rapprochent du terrorisme voire du maoïsme. Après la chute du bloc soviétique, les anarchistes en clandestinité fondent la fédération anarchiste polonaise, la fédération anarcho-syndicaliste de Tchécoslovaquie, la confédération des anarchosyndicalistes en Russie, la création de la confédération anarcho-syndicaliste Nestor Makno en Ukraine. Des groupes maknovistes se créent aussi en Grèce et en Turquie. L’organisation Action autonome se réclame de l’anarcho-communisme et possède des sections dans une vingtaine de villes de Russie, en Arménie, en Biélorussie, au Kazakhstan et en Ukraine, mais se rapproche plus d’une organisation synthésiste. La création d’organisations anarcho-syndicalistes dans les anciennes dictatures marxistes comme Cuba laisse penser qu’il pourrait y avoir un mouvement dans un avenir proche, surtout si le totalitarisme perd de son emprise en Chine, au Vietnam et en Corée du Nord.

On peut citer aussi la création d’organisations especifistas en Amérique latine, dont au Costa Rica, au Pérou, au Venezuela, en Bolivie, et l’émergence d’une organisation plateformiste en Guyane. Le soulèvement de 1994 au Mexique a servi d’inspiration maknoviste et a constitué des organisations comme le conseil populaire indigène de Oaxaca Ricardo Flores Magnon. En Afrique plusieurs organisations se sont créées comme le parti anarchiste pour les libertés individuelles dans la république au Sénégal, une IWW dans les mines de diamants au Sierra Leone au milieu des années 90, le mouvement des étudiant·e·s et travailleur·se·s anarchistes en Zambie en 1998, le Collectif Wiyathi au Kenya en 2000. Dans des endroits où l’héritage du mouvement est mince se crée la ligue de conscience au Nigeria, le mouvement de résistance anarchiste affilié a la fédération anarchiste de Durban qui sont les précurseurs de l’organisation anarcho communiste Zabalaza (lutte), une organisation especifista. Le mouvement anarchiste aux États-Unis, longtemps miné par l’individualisme et le primitivisme, se redécouvre avec la création en 2000 de la fédération des fédérations des communistes libertaires du nord-est du Canada et des États Unis et permet la création d’organisations régionales semblables (aujourd’hui ces organisations continuent d’exister, mais sous une structure différente, Black Rose pour les États-Unis par exemple).

Les syndicats de base et alternatifs se renforcent avec une influence révolutionnaire et/ou libertaire. Les organisations anarcho-communiste connaissent un regain, les syndicats révolutionnaires aussi. Des groupes anarchistes se créent dans des régions où la tradition anarchiste est limitée voir inexistante comme le Costa Rica, l’Estonie, l’Israël, la Guyane française, la Palestine, le Liban, la diaspora iranienne, la Turquie, la Slovaquie, le Swaziland ou encore le Zimbabwe, ou encore la création du Mouvement libertaire socialiste en Égypte à la suite des printemps arabes. Toutes ces expériences nous montrent que, loin d’être une tendance minoritaire dans le mouvement socialiste, l’anarchisme en a souvent été le moteur. La nouvelle société est possible et il est nécessaire que l’anarchisme soit le moteur des luttes sociales. Le mouvement de libération est planétaire, il nous faut donc nous organiser et nous fédérer le mieux possible. Les outils anarchistes comme la démocratie directe, les assemblées souveraines, les mandatements révocables sont redécouverts par les luttes sociales. Comme le disait le New York Times, l’anarchisme est l’idée qui a refusé de mourir. Elle n’est pas prête de s’arrêter et on pense qu’elle prendra un rôle clé dans la chute de nombreuses dictatures et de futures révolutions à venir.

Yanis, groupe CGA de Clermont

Sources article :
❶ Cartographie de l'anarchisme révolutionaire de Michael Schmidt
❷ Anarchisme social et organisation - Farj
❸ Histoire mondiale de l'anarchie - Gaetano Manfredonia
❹ Pour plus d'infos sur les anrarchismes non occidentaux des traductions sont sur ce site : http://ablogm.com/cats/

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