★ La peste religieuse

Publié le par Socialisme libertaire

Anticléricalisme

Proposons quelques questions pour les sots et autrement dit, pour ceux qui ont été abêtis par la religion, en tant qu’ils paraissent corrigibles. Par exemple :

- Si Dieu veut qu’on le connaisse, qu’on l’aime et qu’on le craigne, pourquoi ne se montre-il pas ?

- Et s’il est si bon que le disent les prêtres, quelles raison a-t-on de le craindre ?

- S’il sait tout, pourquoi l’ennuyer de nos affaires particulières et de nos prières ?

- S’il est partout, pourquoi bâtir des églises ?

- S’il est juste, pourquoi penser qu’il punira les hommes créés par lui pleins de faiblesse ?

- Si les hommes ne font le bien que par une grâce particulière de Dieu, quelle raison aura-t-il de les récompenser ?

- S’il est tout-puissant, comment peut-il permettre le blasphème ?

- S’il est inconcevable, pourquoi nous occuper de lui ?

- Si la connaissance de Dieu est nécessaire, pourquoi reste-t-il dans l’ombre ? Etc., etc.

Devant de telles questions l’homme croyant reste bouche bée. Mais chaque homme pensant doit admettre qu’il n’existe pas une seule preuve de l’existence de Dieu. De plus, il n’y a aucune nécessité d’une divinité. Un Dieu en dehors ou en dedans de la nature n’est d’aucune nécessité lorsqu’on connaît les propriétés et les règles de cette dernière. Son but moral n’est pas moins nul.

Il existe un grand royaume gouverné par un souverain dont la manière d’agir amène le désordre dans l’esprit de ses sujets. Il veut être connu, aimé, honoré et tout contribue à embrouiller les idées qu’on peut se faire de lui. Les peuples soumis à sa dépendance n’ont sur le caractère et les lois de leur souverain invisible que les idées dont ses ministres leur font part ; par contre, ceux-ci admettent qu’ils ne peuvent se faire aucune idée de leur maître, que sa volonté est impénétrable, ses vues et ses idées insaisissables ; ses valets ne sont jamais d’accord sur les lois à donner de sa part et ils les annoncent dans chaque province d’une manière différente ; ils s’insultent mutuellement et s’accusent l’un l’autre de tromperie.

Les édits et les lois qu’ils sont censés devoir donner sont embrouillés ; ce sont des rébus qui ne peuvent être ni compris ni devinés par les sujets auxquels ils devraient servir d’enseignement. Les lois du monarque caché ont besoin d’éclaircissement et cependant ceux-là même qui les expliquent ne sont jamais d’accord entre eux ; tout ce qu’ils savent raconter de leur souverain caché est un chaos de contradictions ; ils ne disent pas un mot qui ne puisse être aussitôt controuvé et taxé de mensonge.

On le dit extrêmement bon et cependant il n’y a pas un homme qui ne se plaigne de ses décrets.

On le dit infiniment sage et cependant tout dans son administration semble être à rebours de la raison et du bon sens. On glorifie sa justice, et les meilleurs de ses sujets sont ordinairement ceux qui sont le moins favorisés. On assure qu’il voit tout et sa présence ne remet cependant rien en ordre. Il est, dit-on, ami de l’ordre et pourtant tout n’est que confusion et désordre dans ses états. Il fait tout par lui-même, mais les événements répondent rarement à ses plans. Il voit tout à l’avance mais ne sait pas ce qui arrivera. Il ne se laisse pas offenser en vain et pourtant il tolère les offenses d’un chacun. On admire son savoir, la perfection de ses œuvres et cependant ses œuvres sont imparfaites et de courte durée. Il crée, détruit, corrige ce qu’il a fait sans jamais être content de son ouvrage. Il ne cherche dans toutes ses entreprises que sa propre gloire sans cependant atteindre le but d’être loué en tout et partout. Il ne travaille qu’au bien-être de ses sujets… mais la plupart manquent du nécessaire. Ceux qu’il paraît favoriser le plus sont généralement les moins contents de leur sort : on les voit se soulever contre un maître dont ils admirent la grandeur, dont ils louent la sagesse, dont ils honorent la bonté, dont ils craignent la justice et dont ils sanctifient les commandements qu’ils ne suivent jamais.

Ce royaume est le monde, ce souverain est Dieu : ces valets sont les Prêtres, les hommes sont les sujets. Joli pays ! Le Dieu des Chrétiens spécialement est un Dieu qui, comme nous l’avons vu, fait des promesses pour les rompre, répand la peste et les maladies sur les hommes pour les guérir ; un Dieu qui créa les hommes à son image et qui, pourtant, ne prend pas les responsabilités du mal ; qui vit que toutes ses œuvres étaient bonnes et s’aperçut bientôt qu’elles ne valaient rien ; qui savait que les deux premiers êtres mangeraient du fruit défendu et qui, pourtant pour cela, punit tout le genre humain. Un Dieu si faible qui se laisse duper par le diable, si cruel qu’aucun tyran de la terre ne peut lui être comparé. Tel est le Dieu de la mythologie judéo-chrétienne.

Celui qui créa les hommes parfaits sans aviser pourtant à ce qu’ils restent parfaits ; celui qui créa le diable sans pouvoir arriver à le dominer est un gâcheur que la religion qualifie de souverainement sage ; pour elle tout puissant est celui qui condamne des millions d’innocents pour la faute commise par un seul, qui extermina par le déluge tous les hommes à l’exception de quelques-uns qui reformèrent une race aussi mauvaise que la première : qui fit un ciel pour les fous qui croient aux évangiles et un enfer pour les sages qui le réprouvent.

Celui qui se créa lui-même par le Saint-Esprit ; qui s’envoya comme médiateur entre lui-même et les autres ; qui, méprisé et bafoué par ses ennemis, se laissa clouer sur une croix comme une chauve-souris à la porte d’une grange ; qui se laissa enterrer, qui ressuscita des morts, descendit aux enfers, remonta vivant au ciel où il s’assit à sa droite même pour y juger les vivants et les morts, alors qu’il n’y aura plus de vivants, celui qui a fait tout cela est un charlatan divin. C’est un affreux tyran dont l’histoire devrait être écrite en lettres de sang, car elle est la religion de la terreur. Loin de nous donc la mythologie chrétienne. Loin de nous un Dieu inventé par les prêtres de la foi sanglante qui, sans leur néant important, avec lequel ils expliquent tous, ne se vautreraient plus longtemps dans l’abondance, ne prêcheraient plus longtemps l’humilité tout en vivant eux-mêmes dans l’orgueil, mais au contraire seraient précipités dans l’abîme de l’oubli. Loin de nous cruelle trinité, le père meurtrier, le fils contre nature et le Saint-Esprit voluptueux ! Loin de nous tous ces fantômes déshonorants, au nom desquels on rabaisse les hommes au niveau des misérables esclaves et qu’on renvoie par la toute puissance du mensonge des peines de cette terre aux joies du ciel. Loin de nous tous ceux qui, avec leur démence sainte, sont les entraves du bonheur et de la liberté ! Dieu est un revenant inventé par des charlatans raffinés au moyen duquel on a jusqu’à présent effrayé et tyrannisé les hommes. Mais le revenant s’évanouit dès qu’il est examiné par la saine raison, les masses trompées s’indignent d’avoir cru si longtemps et jettent à la face des prêtres ces mots du poète :

Sois maudit, O Dieu que nous avons prié
Dans le froid de l’hiver et les tourments de la faim…
Nous avons en vain attendu et espéré ;
Il nous a singés, trompés et bornés !

Espérons que les masses ne se laisseront plus longtemps tromper et berner, mais qu’un jour viendra où les crucifix et les saints seront jetés au feu, les calices et les hosties convertis en objets utiles, les églises transformées en salle de concert, de théâtres ou d’assemblées, ou, dans le cas où elles ne pourraient servir à ce but, en grenier à blé et en écuries à chevaux. Espérons qu’un jour viendra où le peuple éclairé cette fois ne comprendra pas que pareille transformation n’ait pas déjà eu lieu depuis longtemps. Cette manière d’agir courte et concise ne se pratiquera naturellement que lorsque la RÉVOLUTION SOCIALE, qui approche, éclatera, c’est-à-dire au moment où il sera fait table rase des complices de la prétraille : principes, bureaucrates et capitalistes et où l’État ainsi que l’Église seront radicalement balayés.

Johann Most, 1892

 

[1] Wilhelm Liebknecht Bebel, proches de Karl Marx fonde en 1866 le Parti populaire saxon, puis le Parti ouvrier social-démocrate allemand en 1869, qui deviendra le Parti Social-démocrate (SPD) en 1890.

[2] Le 11 mai 1878, Max Hödel, plombier anarchiste allemand de 21 ans tente d’assassiner à coups de revolver l’empereur Guillaume 1er, il échoue et est décapité deux mois plus tard. Le 2 juin, Karl Nobiling anarchiste issu d’une famille aisé et fraîchement diplômé d’un doctorat en philosophie tente à son tour d’assassiner l’empereur, mais ne parvient qu’à le blesser. Il meurt trois mois plus tard en prison. A la suite de ces deux tentatives, le chancelier Bismarck promulgue les dites Lois antisocialistes interdisant entre autre les oraganisations socialistes et social-démocrates.

[3] Sofia Perovskaïa, membre de l’organisation terroriste révolutionnaire Narodnaïa Volia, organisa l’attentat dans lequel mourut le tsar Alexandre II en 1881. Avant cela, elle avait déjà participé à plusieurs tentatives d’attentats. Elle fut pendue pour régicide le 3 avril 1881.

[4] Compagnon de Perovskaïa, il participa à l’attentat contre le tsar et fut également exécuté.

[5] Le 22 janvier 1905 une marée humaine, sur fond de grève massive, manifeste vers le Palais d’Hiver où réside le Tsar Nicolas II, en silence et dans l’intention de remettre pacifiquement au «Petit père» ses doléances par le biais du prêtre Gapone. Mais l’armée tire dans la foule, faisant des centaines de morts. Cette journée restée dans les mémoires sous le nom de Dimanche Rouge marque également le début de la Révolution de 1905.

[6] Von Plehwe fut directeur de la police du tsar puis Ministre de l’Intérieur. Après avoir réchappé à un attentat l’année précédente, il mourut dans l’explosion de la bombe d’Igor Sazonov le 15 juillet 1904 à Saint-Pétersbourg, attentat commandité et organisé par l’Organisation de Combat des Socialistes Révolutionnaires.

[7] L’empereur Guillaume est appelé ainsi par une grande partie du peuple allemand pour rappeler sa fuite en 1848, sous le nom de Lehman, lâcheur de poste.

[8] Allusion à un poème de Schiller.

 

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