« En Iran, combattre le capitalisme sans combattre la religion est impossible »

Publié le par Socialisme libertaire

Hamid Taqvaee : né en 1949, il a participé à la révolution iranienne de 1979 et, en 1983, avec Mansoor Hekmat, à la fondation de l’Union des combattants communistes devenue, en 1991, le Parti communiste-ouvrier d’Iran. Il en est le secrétaire depuis 2003. Shiva Mahbobi : née en 1968, cette militante féministe iranienne vit en exil en Grande-Bretagne. Hamid Taqvaee : né en 1949, il a participé à la révolution iranienne de 1979 et, en 1983, avec Mansoor Hekmat, à la fondation de l’Union des combattants communistes devenue, en 1991, le Parti communiste-ouvrier d’Iran. Il en est le secrétaire depuis 2003. Shiva Mahbobi : née en 1968, cette militante féministe iranienne vit en exil en Grande-Bretagne.

Hamid Taqvaee : né en 1949, il a participé à la révolution iranienne de 1979 et, en 1983, avec Mansoor Hekmat, à la fondation de l’Union des combattants communistes devenue, en 1991, le Parti communiste-ouvrier d’Iran. Il en est le secrétaire depuis 2003. Shiva Mahbobi : née en 1968, cette militante féministe iranienne vit en exil en Grande-Bretagne.

« En Iran, combattre le capitalisme sans combattre la religion est impossible »

Shiva Mahbobi et Hamid Taqvaee (révolutionnaires iranien.ne.s) : « En Iran, combattre le capitalisme sans combattre la religion est impossible »

Alors que l’Iran est de retour sur la scène internationale, Alternative libertaire s’est entretenue avec deux militants du Parti communiste ouvrier d’Iran (PCOI). Shiva Mahbobi, militante féministe, pour la libération des prisonniers politiques d’Iran, les droits des réfugié-e-s, ancienne prisonnière politique… Et Hamid Taqvaee, qui a pris part, en 1978/1979, à la révolution visant à renverser le régime du Shah, acteur de premier plan de la construction du courant communiste, puis communiste-ouvrier en Iran avec Mansoor Hekmat, et actuellement secrétaire du PCOI.

Alternative Libertaire : Comment est né le Parti Communiste Ouvrier d’Iran (PCOI) ? Comment agit-il ?

Hamid Taqvaee : Le PCOI a été fondé en 1991 comme une réponse marxiste radicale à la chute de l’URSS et du bloc de l’Est. Il fut le résultat d’un processus théorique et politique visant à articuler et à clarifier les différences entre le communisme de la classe ouvrière comme critique radicale du capitalisme et le « communisme mainstream » représenté par l’Union soviétique, la Chine et les autres types de « socialisme réellement existant » qui ne sont en fait rien d’autre que du capitalisme d’Etat. Dans une interview intitulée « Nos différences », Mansoor Hekmat – leader, théoricien et fondateur du PCOI – explique clairement les caractéristiques théoriques et politiques du communisme ouvrier. Je recommande vivement cette dernière (à lire sur Hekmat.public-archive.net).

Nous sommes un parti révolutionnaire en exil, avec une organisation souterraine en Iran et sommes en connexion directe avec nos activistes. Nous existons sur les réseaux sociaux, qui sont très largement utilisés par les militants politiques en Iran, et nous utilisons New Channel, une chaîne de télévision satellite.

Quelles relations avez-vous avec les Iraniens en exil ? Quelle forme de solidarité internationale est la plus utile, selon vous ?

Hamid Taqvaee : Notre organisation et notre comité à l’étranger sont très actifs. Nous avons des membres et des organisations dans de nombreux pays d’Europe occidentale, en Amérique du Nord, au Japon, en Australie et en Turquie. Nous avons organisé et établi de nombreux comités, des campagnes et des mouvements dans ces pays tels que la Fédération des réfugiés iraniens, le Comité international contre les exécutions, le Comité international contre la lapidation, le Conseil des anciens musulmans, Les Enfants d’abord, la Campagne contre la charia en Angleterre, la Campagne pour la libération des prisonniers politiques en Iran (CFPP), le Réseau de solidarité ouvrière du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord…

Bien que nos activités soient principalement tournées vers ­l’Iran, nous nous battons également contre l’islamisme, le racisme et les politiques ­anti-immigration dans les pays occidentaux. Nous nous opposons particulièrement au post-modernisme et au relativisme culturel qui sont les doctrines dominantes de nombreuses organisations libérales et « de gauche » en Europe et en Amérique du Nord. Selon nous, la solidarité internationale n’est possible que par la lutte de classe : contre l’austérité budgétaire imposée par tous les gouvernements, contre le fossé sans cesse grandissant entre la classe dominante (le camp des 1%) et les masses (les 99%), et contre l’islam politique qui est une menace internationale amenée sur la scène politique par les États-Unis et ses alliés après la chute du mur de Berlin. L’islamisme et l’islam politique sont les résultats des crises économiques internationales de la bourgeoisie.

Quel est l’état des forces progressistes de gauche aujourd’hui ? Quelles sont leurs relations avec les Kurdes ? Quelles initiatives prennent-elles ?

Hamid Taqvaee : Si vous parlez des forces progressistes en Iran et dans la région, je pense que combattre la République islamique et les autres forces islamiques du Moyen-Orient (y compris ses soutiens directs et indirects en Occident) constitue leur priorité. De nombreux partis et groupes d’opposition en Iran, en Irak, en Turquie, en Afghanistan et au Kurdistan syrien défendent la sécularisation contre les gouvernements islamiques et les lois qu’ils imposent à ces pays. Notre parti joue un rôle de premier plan dans cette bataille.

Pour la question kurde, en ce qui nous concerne, nous ne croyons pas en l’autonomie. Cela renforce l’identité nationale et ethnique et pérennise les différences entre les nationalités dominantes et autonomes, ce n’est pas une option progressiste. Nous défendons l’égalité des droits pour tous les citoyens, sans faire de distinction selon l’appartenance ethnique, la nationalité ou la religion qui leur sont attribués. Bien sûr, si les peuples opprimés veulent établir un nouveau pays, nous reconnaissons leur droit.

Dans les conditions existantes, nous recommandons le séparatisme du Kurdistan irakien. En effet, après l’invasion des États-Unis et de leurs alliés, les atrocités commises par les forces islamiques dans tout le Moyen-Orient, non seulement il n’y a plus de chance d’espérer jouir d’une égalité des droits civils dans un futur proche en Irak, mais en plus les relations entre Arabes et Kurdes d’Irak pourraient se détériorer. Un Kurdistan indépendant pourrait aider la classe ouvrière et les masses en Irak et permettre de se battre pour la liberté, l’égalité et la prospérité dans de meilleures conditions. En Iran bien sûr, la situation est complètement différente. La lutte contre le gouvernement central de la République islamique unifie les différents peuples.

Qu’en est-il du mouvement social en général ? Nous savons que les arrestations, les condamnations, la torture et les meurtres perpétrés par le régime n’ont pas cessé…

Hamid Taqvaee : Le régime islamique d’Iran est l’un des plus brutaux et barbares de l’histoire contemporaine. Il détient le record du nombre d’exécutions au monde, la torture des détenu-e-s et le meurtre des opposants et opposantes sont toujours une pratique courante. Mais il n’a jamais pu faire taire le peuple. Les femmes, les jeunes, et surtout les ouvriers en Iran n’ont pas cessé de dénoncer la privation de droits, la pauvreté et la répression imposée à la société.

Malgré la répression, les femmes d’Iran combattent activement l’apartheid des genres, la misogynie islamique. Les jeunes se battent pour un mode vie et une culture moderne et progressiste. Concernant le mouvement ouvrier, il ne se bat pas uniquement pour l’augmentation des salaires et le droit de s’organiser, mais également pour de plus larges progrès sociaux comme ceux des droits de l’enfance, de la libération des prisonniers politiques... En ce moment, il y a des mouvements de protestation autour de la peine capitale, la sécularisation, le droit islamique, la liberté des prisonniers politiques, le voile, le sexisme, la pollution, les droits des LGBT... Les gens utilisent les réseaux sociaux pour communiquer et s’organiser. Notre parti est impliqué dans nombre des luttes citées ci-dessus (nous sommes la seule organisation politique d’Iran qui lutte pour les droits des LGBT).

Depuis la révolution jusqu’à aujourd’hui, y-a-t-il eu des progrès dans les droits et les libertés des femmes ? Peut-on organiser un militantisme féministe en Iran ?

Shiva Mahbobi : Les violations des droits des femmes ont empiré depuis 1979. Quand la révolution fut détournée par le régime islamique, il a commencé par décréter que les femmes devaient couvrir leurs corps et leurs cheveux (apparaître en public sans le hijab – le voile – est puni de 74 coups de fouet). Le clergé a sorti de nombreux décrets pour imposer et renforcer de nombreuses restrictions dans tous les aspects de la vie des femmes, y compris les transports, le travail, l’éducation, les sports, le droit au divorce et d’avoir la garde des enfants, la présence dans l’espace public, l’héritage... Toutes ces restrictions sont renforcées en Iran aujourd’hui.

Le voile est et a été l’un des outils principaux du régime pour instaurer les lois islamiques, ce fut un moyen de garder les femmes (la moitié de la population) sous contrôle. Pour elles, il est devenu le symbole de leur lutte contre le régime. Chaque rue et chaque trottoir est un champ de bataille entre les Gardiens de la révolution islamique et les femmes à propos de l’usage convenable du voile.

En 2013, quasiment 3 millions de femmes ont reçu un avertissement des Gardiens pour n’avoir pas respecté la règle du port du voile obligatoire. La même année, plus de 207 000 femmes ont été forcées de signer une déclaration comme quoi elles ne commettraient plus « l’offense » d’être « incorrectement voilées ». Durant les trente-sept dernières années, des millions de femmes et de jeunes filles ont été arrêtées pour avoir désobéi au port obligatoire du voile. Malgré toutes ces arrestations, les femmes continuent de défier plus que jamais les lois islamiques.

En ce qui concerne le travail et l’éducation, selon les statistiques officielles de 2013 en Iran, exceptée l’industrie du tapis qui emploie principalement des jeunes filles de moins de 16 ans, environ 5 % de la main-d’œuvre des entreprises et du service public sont des femmes. Elles sont bannies dans plus de 75 filières universitaires, dont l’ingénierie, la physique nucléaire, l’informatique, la littérature anglophone, l’archéologie, les sciences politiques et le commerce…

Si l’on considère la répression et les lois que je viens d’évoquer, c’est très difficile, voire impossible, d’avoir une organisation féministe indépendante, non gouvernementale en Iran. En octobre 2014, après une attaque à l’acide sur des jeunes femmes à Ispahan (sans doute perpétrée par la pègre du régime pour répandre la peur parmi les femmes qui désobéissent à la loi islamique), des milliers de femmes et d’hommes ont organisé des manifestations pour chanter que « la liberté et la sécurité sont le droit des femmes iraniennes ». Un journaliste et photographe iranien a été arrêté après avoir pris des photos d’une manif contre ces attaques à l’acide à Ispahan : il avait l’intention de faire circuler la nouvelle de cette mobilisation. Les gens sont bien conscient du fait que l’État soutient et organise le harcèlement et la terreur sur les iraniennes.

Il interdit également la journée du 8 mars et réprime les rassemblements, comme en 2006 à Téhéran où plusieurs femmes furent arrêtées pour s’être rassemblées dans le centre-ville. Les exemples sont innombrables. Après plus de trois décennies, le régime n’est toujours pas capable de contraindre les femmes au silence en Iran. L’absence d’organisation officielle n’empêche pas l’existence d’un mouvement féministe progressiste dans le pays. Et les réseaux sociaux jouent un grand rôle pour les campagnes de soutien [...]

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