La misogynie, le pilier du fascisme religieux (1/2)

Publié le par Socialisme libertaire

La misogynie, le pilier du fascisme religieux (1/2)

Dans la première moitié du XXe siècle, le monde, ébranlé par les terribles hécatombes de la Première Guerre mondiale, fut assez rapidement confronté à la menace du fascisme. Il comprit le mal qu’il représentait au prix d’une Seconde Guerre mondiale et de plus de 50 millions de mort. Cette prise de conscience, érigée sur les ruines de la guerre, est désormais institutionnalisée en sociétés démocratiques, dans divers aspects de la vie sociale et même dans les lois et les règles qui gouvernent les sociétés civilisées.

Afin de mieux comprendre notre sujet, nous pouvons dire, sans exagérer ou tomber dans des comparaisons superficielles, que la « misogynie au pouvoir » et son dynamisme dévastateur contre la démocratie et les valeurs humaines, est comparable en de nombreux points à la notion de la suprématie raciale de l’idéologie nationale socialiste d’Hitler, comme le monde en a fait la tragique expérience. Cela demande pour la traiter la même vigilance et la même connaissance.

En d’autres termes, tout comme la supériorité raciale formait le pilier du nazisme, la pensée et la culture de la théocratie au pouvoir en Iran et de l’intégrisme de Khomeiny reposent sur la distinction et la discrimination sexuelles. C’est si vrai que si les mollahs devaient un jour abandonner l’hégémonie masculine sur les femmes, cela les ferait changer de nature.

Fondée sur le principe du Velayat-e-Fagih (la tutelle du guide suprême) la dictature religieuse en Iran ressemble, en terme général aux régimes qui régnaient en Europe au Moyen-âge et dont les lois étaient tirées de la religion. Ce genre de régime gouvernait aussi en Asie avant l’avènement du capitalisme moderne.

Alors que le terme « moyenâgeux » est le plus approprié pour définir le régime des mollahs, sa nature et son caractère abstraits sont un obstacle à l’examen profond et objectif des traits uniques de ce système. C’est important parce que toute approche superficielle et générale visant à définir un phénomène social peut sérieusement gêner les efforts entrepris pour s’y opposer et entraîne énormément de confusion et de jugements erronés.

Le monde s’est senti désorienté face à l’émergence, à la fin du XXe siècle, d’un régime médiéval singulier, dans un pays à l’histoire ponctuée d’un siècle de luttes populaires pour instaurer la démocratie. Cette confusion a conduit à une mauvaise interprétation du phénomène. Il va sans dire que ce sont le peuple iranien et sa Résistance qui ont chèrement payé cette mauvaise interprétation. Les Iraniens ont été surpris de voir leurs espoirs et leur confiance trahis par un régime médiéval – émergeant d’une révolution populaire qui venait de renverser la dictature monarchique – et qui dépassait de loin son prédécesseur dans la répression et la violence.

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En vérité les intégristes ne pensent pas que les femmes soient humaines.En théorie, les intégristes pensent que le mâle est supérieur et que la femelle est donc une esclave à son service.
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Ceci dit, la persévérance contre ce régime et la prudence pour en comprendre le caractère unique allaient garantir des acquis inestimables au mouvement pour l’égalité et guiderait avec clarté les efforts entrepris dans la quête pour la paix, la démocratie et la justice sociale.
Sur le plan négatif, le régime néfaste des mollahs a eu des conséquences catastrophiques sur le peuple iranien et la société contemporaine. Sur le plan positif, son attitude a conduit à observer avec plus d’attention la misogynie et spécialement « la misogynie au pouvoir ».

La distinction sexuelle, le pilier de l’intégrisme

Le régime totalitaire des mollahs est basé sur le principe du guide suprême, le Velayat-e-Faghih. Il tire sa justification et sa base théorique du Figh (la jurisprudence) qui couvre tous les aspects de la vie individuelle et sociale. Un regard sur cette conception dans son ensemble montre que la distinction et la discrimination sexuelles sont le pilier de cette école de pensée rétrograde. En d’autres termes, une idéologie basée sur la différence des sexes.

En théorie, les intégristes au pouvoir en Iran fondent leur thèse sur les différences entre les sexes et en concluent que le mâle est supérieur et que la femelle est donc une esclave à son service. Dans cette approche, ils nient l’identité humaine des femmes.

L’esprit intégriste considère les traits physiologiques comme des facteurs déterminants dans leur système de valeurs. Les différences sexuelles sont utilisées pour justifier la discrimination sexuelle et conduisent inévitablement à de l’hostilité envers les femmes. C’est le fondement de la pensée intégriste, le leitmotiv et la pierre angulaire de leur idéologie, ce qui les inspire et leur donne le pouvoir de mobiliser leurs forces. Cependant le Coran, lui, fonde ses critères sur les caractéristiques humaines distinctes – la connaissance, le libre choix et la responsabilité.

L’ancien président des mollahs Rafsandjani a déclaré : « la différence de taille, de vitalité, de voix, de développement, de qualité musculaire et en force physique entre un homme et une femme montrent que les hommes sont plus forts et plus capables dans tous les domaines (…) le cerveau des hommes est plus grand (…) Ces différences affectent la délégation des responsabilités, des devoirs et des droits. »

En vérité les intégristes ne pensent pas que les femmes soient humaines. Pour atténuer une conception aussi scandaleuse, les idéologues intégristes ont essayé de s’exprimer de manière équivoque dans ce domaine. Un de ses théoriciens, Morteza Motahari, soutient que « toutes les femmes aiment à être dirigées (…) La supériorité spirituelle des hommes sur les femmes a été conçue par la Mère Nature. Peu importe combien une femme veut combattre cette réalité, ses efforts seront futiles. Les femmes doivent accepter cette réalité : Elles ont besoin que les hommes contrôlent leur vie parce qu’elles sont plus sensibles. » (« L’ordre des droits des femmes dans l’islam », Morteza Motahari).

Le message fondamental du système de valeur des mollahs, de leurs lois et de leurs pratiques, c’est que les femmes sont « faibles » et la propriété des hommes qui leur sont supérieurs, de la même manière que Dieu est supérieur aux hommes. Les mollahs déclarent clairement : « C’est le devoir légal de la femme d’obéir à son mari. Une telle obéissance, comme d’autres sortes de soumissions obligatoires, tombe dans le domaine de l’obéissance à Dieu. »

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La théorie du guide suprême de Khomeiny commence avec la discrimination sexuelle et finit par piétiner les pus élémentaires des droits humains des femmes.
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Ainsi dans la conception des intégristes, les femmes en tant que citoyens de seconde catégorie, ne peuvent et ne doivent avoir de place ni à la direction, ni au gouvernement, ni dans la magistrature, ni dans aucune fonction sérieuse qui traite de la gestion des affaires de la société. Ils ont été jusqu’à dire que « les femmes doivent être maintenues dans l’ignorance pour s’assurer de leur obéissance ».

D’après l’ancien chef du judiciaire, Mohammad Yazdi, un proche de Khomeiny qui siège actuellement au puissant Conseil des gardiens, « dans l’islam, de la manière dont nous le comprenons et nous le pratiquons, il est interdit aux femmes de faire deux choses : être juge et gouverner. Peu importe leur degré de connaissance, de sagesse, de vertu et de compétence, les femmes n’ont pas le droit de diriger. » Yazdi a également affirmé : « Si les êtres humains n’étaient pas obligés de s’agenouiller uniquement devant Dieu, les femmes devraient s’agenouiller devant leur mari. »

Dans la conception intégriste, les femmes n’ont donc pas le droit de voter ni de participer à la vie politique et sociale. Elles font plutôt office d’esclaves de leur mari au foyer. En 1962, Khomeiny d’était violemment opposé à leur droit de vote. « Les femmes ont été autorisées à travailler dans les bureaux, avait-il déclaré, et partout où elles sont, les bureaux sont paralysés (…) Dès qu’une femme entre dans un système, elle le met sans dessus dessous. »

Des lois viennent renforcer la discrimination et l’inégalité non seulement dans l’arène sociale et politique, mais aussi dans les droits civils des femmes.

De ce point de vue, le droit au divorce est exclusivement réservé aux hommes et justifié de la manière suivante : « si un homme ne rejette pas sa femme et lui reste fidèle, la femme devra l’aimer et lui être fidèle. Ainsi la nature a donné les clés de la dissolution naturelle du mariage à l’homme. » (« L’ordre des droits des femmes dans l’islam », Morteza Motahari).

Par conséquent l’amour propre d’une femme lui vient de son mari et elle doit tout faire pour gagner son estime. Son âme et son corps, ses sentiments et même son identité de base appartiennent à son mari et s’identifient à lui. Pour une femme, l’homme remplace Dieu, un point de vue en contradiction totale avec le monothéisme que représente l’islam.

Selon l’islam et les préceptes islamiques, une femme est maitresse de son corps et de tous ses biens. Sous le prétexte de la sainteté de la famille, les réactionnaires considèrent le mari comme le propriétaire du corps et de la vie de sa femme, en faisant ainsi une esclave.

La théorie du guide suprême de Khomeiny commence avec la discrimination sexuelle et finit par piétiner les pus élémentaires des droits humains des femmes.

Par exemple, un confident fe Khomeiny, Ahmad Azari Qomi, qui a occupé plusieurs postes clés à la justice, a fait la déclaration suivante sur le mariage des jeunes filles vierges : « Dans l’islam, le mariage d’une jeune fille vierge n’est pas autorisé sans la permission du père et le consentement de la jeune fille. Les deux doivent donner leur accord, mais en même temps, la loi du guide divin a préséance sur le père et la fille dans la question du mariage et le Guide suprême peut imposer son point de vue à l’encontre de l’opinion du père et de la fille ». Cela signifie qu’un mollah peut ordonner le mariage forcé d’une fille contre sa volonté et celle de son père.

La distinction sexuelle est si évidente dans tous les aspects de la jurisprudence des mollahs, même dans le culte, le commerce et la signature des contrats, qu’aucune justification ne peut dissimuler l’essence philosophique et la nature dualiste de l’idéologie et de la distinction sexuelle des mollahs.

Par exemple, dans les lois concernant l’hygiène, il y a des différences majeures entre une jeune fille et un jeune homme nés de mêmes parents et jouissant du même statut social ou du même héritage. La seule justification de ces différences de traitement repose dans la différence des sexes.

Ainsi une fille, en vertu de son genre, est considérée citoyenne de seconde catégorie et traitée de manière différente des hommes dès sa naissance jusqu’au jour de sa mort. Et c’est là une distinction irréversible.

Comme nous l’avons souligné plus tôt, même dans les propos les plus récents des théoriciens intégristes qui cherchent à adoucir l’image brutale du régime, la distinction sexuelle et la négation de la dignité humaine des femmes sont trop apparentes pour être cachées.

De manière paradoxale Motahari affirme que « les femmes et les hommes sont égaux dans leur essence humaine, mais ce sont deux formes différentes d’humains, avec deux ensembles d’attributs et deux psychismes différents ». Il poursuit en disant que « ces différences ne découleront pas de facteurs géographiques, historiques ou sociaux, mais sont inscrites dans la nature de la création. Ces différences naturelles ont un but et toute pratique qui contredit la nature et la disposition naturelle de l’homme entrainera des conséquences indésirables. »

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(Extrait tiré de « la Misogynie : le pilier du fascisme religieux », par Maryam Radjavi- 2003)

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