★ Penser hors de la civilisation

Publié le par Socialisme libertaire

écologie anarchisme civilisation

 


" Pendant des millions d’années, les humains ont vécu comme des anarchistes. C’est-à-dire comme des individus autonomes sans l’existence d’un pouvoir coercitif, du travail, et des institutions : sans médiation. L’état de nature peut être appelé de façon plus appropriée l’anti-état naturel. Ce ne fut ni le paradis (ce jardin clos) ni l’utopie (cet endroit parfait issu de l’imagination), c’était, simplement. Mais ça n’est pas non plus qu’un simple concept historique. La pensée linéaire de la raison voudrait nous le faire croire, étant dirigée par les prophètes de la production (Moïse, Smith, Marx, etc.). L’anarchie est en nous. C’est la façon dont nous agissons ; c’est ainsi que des millions d’années d’évolution nous ont modelés. Comme l’explique Paul Shepard, nous sommes des êtres du paléolithique : des êtres primitifs, des chasseurs-cueilleurs de cette Terre.

Mais quelque chose s’est produit. Ça n’est pas un mystère et peu importe à quel point nous sommes soumis aux dieux du progrès et de la production, nous savons tous que les choses ne vont pas si bien. Nous avons été détournés. Pour tenter de nous confronter à ce que cela signifie, nous devons d’abord comprendre ce que nous sommes. La vie des chasseurs-cueilleurs nomades est intrinsèquement différente du monde spirituellement mort de la modernité : le visage actuel de la civilisation technologique mondiale. Les chasseurs-cueilleurs eux-mêmes ne sont pas différents de nous, cependant. On ne nait pas « primitifs » ou « civilisés », mais on nait à des époques différentes et dans des lieux différents, et une majorité d’entre nous a eu la malchance de naître dans cette dernière catégorie.

Les sociétés nomades de chasseurs-cueilleurs incarnent l’égalitarisme. Elles sont, et doivent être par nature, flexibles et organiques. Être nomade signifie être évolutif : voilà la clé de l’anarchie. Lorsqu’il y a des sécheresses, les sociétés peuvent se déplacer vers des régions plus hospitalières. Les frontières, là où elles existent, sont définies par le concret plutôt que par des lignes ou marqueurs arbitraires. Qui se trouve sur un site particulier à une époque particulière est fluide, et il n’y a pas d’étrangers. Les égos sont intentionnellement amenuisés afin qu’aucun talent ne soit plus estimé qu’un autre. La population est limitée par la nature de la mobilité et ce que Richard B. Lee appelle « le contraceptif de la hanche ».

Mais, plus important, tout le monde est capable d’autosuffisance. Alors quand les gens se regroupent, ils le font selon leurs propres termes. Si certains ne s’entendent pas, ou sont frustrés, ils sont libres de partir et l’impact du rejet est à peine ressenti. Il n’y a pas de vrais spécialistes et aucune possession qui ne puisse être fabriquée et échangée facilement. Il n’y a pas de médiation entre la vie et les moyens de subsistance.

Leur spiritualité s’étend à toutes leurs relations. Ils connaissent les animaux et les plantes qui les entourent, et pas seulement ceux d’importance immédiate. Ils parlent avec ce que nous appellerions « des objets inanimés », mais peuvent aussi parler un même langage entre eux. Ils savent comment voir au-delà d’eux-mêmes et ne sont pas limités aux langues humaines qui nous sont si chères. Leur existence est ancrée dans le lieu, ils se promènent librement, mais sont toujours chez eux, bienvenus et sans peur.

Il est facile de critiquer toute théorie qui s’intéresserait au « péché originel », ou qui montrerait du doigt un événement particulier. Je suis en partie d’accord, mais je pense que le schéma est bien plus complexe. Il n’y a pas eu de moment précis où la décision fut prise de devenir civilisé, ou un moment où les gens ont arrêté d’écouter la Terre. Il y a plutôt eu des choses qui se sont produites et qui ont eu des conséquences importantes sur la façon dont nous interagissons entre nous et avec la Terre.

Je ne pense pas que les premières personnes à avoir domestiqué des plantes et des animaux savaient que ce qu’elles faisaient transformerait le monde qu’elles aimaient en quelque chose à craindre. Ni qu’alimenter la peur du sauvage entraînerait la destruction de tout ce qui se trouve hors des jardins, afin que ces derniers ne soient pas perturbés. Il est peu probable que les premières personnes à s’installer de façon permanente dans un endroit se doutaient qu’elles s’engageaient alors vers une existence de guerres incessantes. Ou qu’avoir plus d’enfants signifierait rentrer dans un état de croissance constante. Il est peu probable que les premières personnes à devenir largement dépendantes de stocks de nourriture réalisaient que cela signifiait la création d’un pouvoir coercitif et que cela brisait l’égalitarisme qui caractérisait le groupe autonome.

Bien sûr, personne ne pourra jamais savoir avec certitude ce qui était pensé ou pourquoi ces choses avaient été faites. On ne manque pas de théories sur les origines de la domestication, de la sédentarité ou du choix du surplus, quoi qu’il en soit ces théories sont hors de propos. Pourquoi des mesures furent prises au départ ne change pas le fait que ces mesures ont entraîné de nombreuses applications concrètes. Lorsque chacune de ces mesures fut prise, quelque chose de significatif s’est produit et un sentier de conséquences involontaires connecte ces événements à notre présente situation.

Mais cela ne signifie pas que les gouvernements ou que le pouvoir ne soient que des forces bénignes. Les politiciens et les profiteurs savent qu’ils détruisent la planète et qu’ils empoisonnent toute vie, ils considèrent juste l’argent comme plus important. Leurs décisions ne sont pas « non-intentionnelles » comparées à la personne qui utilise inconsidérément des prises de courant ou remplit sa voiture de carburant. Les dirigeants avides de pouvoir agiront dans leur propre intérêt, mais leur pouvoir dépend de notre complaisance avec les conditions qu’ils nous imposent.

Cela ne signifie pas que chaque personne impliquée soit nécessairement consciente ou qu’elle soit à maudire ; ça ne nous mènerait pas bien loin. Mais ce qui est évident c’est que notre situation est en train d’empirer. Avec cette dépendance croissante des combustibles fossiles, nous spolions le futur d’une façon tout à fait inédite. Nous nous retrouvons dans une situation familière: comme les civilisations Cahokia, Chacoan, Maya, Aztèque, Mésopotamienne et Romaine avant nous, nous n’apercevons pas les symptômes de l’effondrement qui caractérisent notre époque. Nous ne pensons à rien sauf à ce qui est bon et bien pour nous ici et maintenant. Nous ne pensons pas hors de notre conditionnement. Nous ne pensons pas hors de la civilisation.

Mais nous ne le savons même pas. On ne nous fournit même pas la capacité d’interpréter les époques, car c’est contraire au cheminement rationnel de la raison, qu’on nous présente.

Mais les choses ont changé et sont en train de changer. Qu’on l’admette ou pas : quelque chose va se produire. Nous avons la capacité de regarder en arrière et d’essayer d’éveiller cette partie de nous-mêmes qui a été enfouie par la domestication, ce processus de civilisation. Nous pouvons voir qu’il y a quelque chose dans cette existence nomade de chasseurs-cueilleurs qui fonctionnait, tout simplement. Nous pouvons voir que cela a été brisé par la sédentarité, la domestication, le surplus, et que ces fractures furent solidifiées par la création d’états, par l’agriculture, et plus encore par l’industrialisme et la modernité technologique.

D’une façon ou d’une autre, ces mesures nous ont ôté notre autonomie. Nous ont rendus dépendants. Nous sommes censés avoir été libérés du barbarisme de l’autodétermination grâce à la nouvelle liberté du travail et du monde des choses-objets. Nous avons vendu l’égalitarisme pour du plastique.

Notre situation présente est macabre mais tout n’est pas perdu. Nous avons devant nous l’héritage des conséquences imprévues qui nous ont lentement fait dériver de l’égalitarisme au totalitarisme. La question que nous devons poser porte sur ce que nous avons perdu. Quelle partie de notre être a été vendue dans le processus ? Nous pouvons regarder au-delà des mythes de la raison, du divin, du temps linéaire du progrès, et nous éveiller nous-mêmes dans le processus.

La civilisation est une cible immense. Vaincre la domestication est une tâche ardue et massive, mais nos âmes et nos vies sont en jeu. Le futur et le passé sont plus proches que ce que l’on croit. L’esprit de l’anarchie coule toujours dans nos veines. Nous n’avons pas à regarder « avant la civilisation » ; nous avons juste à nous écouter nous-mêmes et à écouter le monde qui nous entoure. Nous avons l’avantage de comprendre les étapes qui nous ont menés sur ce mauvais chemin, et à partir de cela nous pouvons prendre des mesures afin de nous diriger vers l’anarchie.

Et dans le processus, ce processus pour devenir humain, les abstractions entre notre destin et le destin du monde se dissiperont. La question ne se posera pas de savoir quand s’attaquer aux manifestations concrètes de la civilisation, ni où frapper.

En apprenant à nous ouvrir au sauvage et au chaos, l’anarchie organique de nos êtres ressurgira. Attaquer la civilisation n’est pas une mince affaire, mais en écoutant, en embrassant notre nature anti-état, nous saurons exactement quoi faire. "

Kevin Tucker

Traduction : Nicolas Casaux
 

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jck 12/08/2015 22:51

Je suis d'accord sur le but à atteindre, l'émancipation de l'homme dans une société d'égalité, de partage et de respect de lui, des autres et de la nature.
Mais sur la critique de la société et par la mise en valeur d'une sociétés chasseur-cueilleur soit disant égalitaire je n'approuve pas.
Même si il devaient avoir un respect de la nature certain, c'est à mon avis plus par peur et méconnaissance de celle-ci,qui devait d’ailleurs être plus grandiose, majestueuse, puissante et sauvage qu'aujourd'hui. Je pense au merveilles naturel comme les chutes d'eau gigantesques ou les forêt désert et mer qui devaient paraître encore plus gigantesque pour eux.(Ceux qui explique, pour moi, pourquoi l'homme créa la religion: pour expliquer l'inexplicable.)
Pour la société chasseur-cueilleur il peut pas dire "Les sociétés nomades de chasseurs-cueilleurs incarnent l’égalitarisme" car il oublie le fait qu'elles étaient régies par la loi du plus fort au sens propre et que les chefs avaient plusieurs femelles, il n'y avait aucune égalité entre les homme.
De plus les agression entre hommes de différents tributs existaient bien et il y'avaient des étrangers (au sens: différents de part la culture, la langue et le mode de vie).
En ce qui concerne la sédentarité, la domestication et le surplus (de populations) je pense au contraire que se sont plutôt des évolutions naturels de la société humaine, L'homme c'est sédentarisé avec l'agriculture, l'élevage et donc la domestication tout c'est passer en même temps; La sédentarisation a eu lieu car l'homme voulaient arrêter de courir partout après leur proie d'être dépendant de ces troupeaux qui vont, qui fuient et qui épuisent les hommes, les femme étant essentiellement des cueilleuse elle devaient elles trouver les bonnes plantes comestibles tout est alors à découvrir les bonnes comme les mortelles ont du être goutter avant de savoir les quelles manger ceux qui poussa tout naturellement les tributs vers les cours d'eau et zone d'eau, la ou les bêtes s'abreuvent et ou les plantes poussent mieux. (On remarquera que les plus grandes villes et zone sédentarisé seront, du début à aujourd'hui les zones côtière et fluviale.)
Avec le temps l'homme à apprit de la nature et à compris le fonctionnement des saison et des graines, il a apprit à les stockés et à élevé les bêtes tout ça pour se prémunir de cette nature gigantesque et puissantes. Il à compris que l'union fait la force mais ça ne lui as pas apporté l'égalités car dans cette union c'est toujours le plus fort qui règne.
Il ne faut pas oublier nom plus une des facette de l'homme: Celle d'être curieux, et toujours chercher à comprendre, à en savoir plus. L'homme part nature cherche aussi à connaitre la vérité, la réalité sur les gens et le monde qui l'entoure. Pour cela il à appris à maîtriser sont environnement pour mieux l'étudier il à créer des objets, instrument, outils, pour s'exprimé se défendre, attaqué, construire, et plein d'autre choses, au fond le vrai problème dans un outils c'est pas tant l'outils mais celui qui l'utilise et ce qu'il fait avec. Heureusement ou Malheureusement, cella dépend du point de vue, la créativité de l'homme à apparemment pour seul limite sont imagination.
Si l'homme à fait toutes ces invention c'est pour la curiosité ( aujourd’hui je dirait que cette curiosité ce manifeste surtout dans l'exploration spatiale; parfois la curiosité prend des enjeux stratégiques dans la recherche pour le pouvoir), par nécessité, la nécessite de vivre mieux (plus sur, plus confortable, plus paisible, en meilleur santé) et pour le pouvoir , celui de contrôler l’environnement, les autres et le désire de faire ce qu'il nous plait.
Je dirait que ces 3 motivations on étés la clef de l'évolution techno-industrielle de l'homme.
Ces motivation on permis notre émancipation vis à vis des caprices de la nature vis à vis de nos besoins vitaux malheureusement l'humanité à toujours été contrôler par des chef, rois, empereur, dictateur, président et autres monarques.
Le problème est donc ailleurs, c'est notre interaction avec le pouvoir qui est pas bonne, nous devons pas faire un sois disant retour au source historique, nous devons simplement apprendre à respecter la nature, l'homme, la vie, les autres.