★ VIDANGER LE PATRIOTISME

Publié le par Socialisme libertaire

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Article du Monde Libertaire - 15 septembre 2011.  

« La merde patrie n’a pas fini d’engorger les canaux médiatiques. Le milligramme de poudre à récurer, versé cet été par Éva Joly contre l’appel au sang impur lors du défilé du 14-Juillet, ne mettra pas fin aux dithyrambiques diarrhées militaristes. Deux thérapies peuvent être tentées pour arrêter les chars avant qu’ils ne vous écrasent : la constipation totale des trous du cul en uniforme (comme ce fut le cas lors de la déculottée de Dien Ben Phu) ou la suppression chirurgicale de l’armée (proposition de loi n° 93-271 déposée au Sénat).

La religion du patriotisme aurait été développée avec celle de l’être suprême, lors de la révolution de 1789. Après le découpage d’un roi en deux morceaux inégaux, dans une fuite en avant face aux difficultés intérieures, la République se décida de partir à l’assaut de tous les régimes européens de droit divin (concurrence déloyale ?).

Le mythe de la levée en masse n’a jamais reposé que sur le terrorisme du comité de salut public. La victoire de Valmy a prouvé la corruption des généraux coalisés (l’Otan en Libye a-t-elle acheté les chefs des mercenaires de Kadhafi ?).

La « fête » du 14 juillet a été instauré par la loi du 6 juillet 1880, non pas pour honorer les soldats tombés pour la France, mais dans une poussée de fièvre « républicaine » afin de flatter les parlementaires conservateurs (monarchistes et bonapartistes), de réconcilier l’armée avec le peuple après les massacres de la Commune de Paris et d’embrigader des troupes pour les lancer à la reconquête de l’Alsace-Moselle.
Cette première fête nationale se référait à 1790 (constitution de la Fédération française). Elle s’affichait anticléricale car sans messe ni Te Deum. Elle fut l’occasion de l’amnistie des communards.
En 1882, les notables de la IIIe République font défiler 650 enfants des bataillons scolaires du Ve arrondissement de Paris. Leur sens esthétique n’allait pas jusqu’à faire sautiller les éclopés de la guerre de 1870 ou les invalides du travail…

Le maréchal Philippe Pétain interdit le défilé militaire, probablement pour que la vision des résidus de biscotos de l’armée française n’indispose pas les occupants allemands.
Trente cinq ans après la Libération, en 1980, le giscardisme agonisant choisit d’instaurer les Champs Élysées comme lieu du passage des troupes, rassemblées sur l’avenue de la « Grande armée » et, si besoin, dans le Bois de Boulogne.

Démilitariser les bals. 

La traditionnelle connerie militariste du 14-Juillet apparaît bien mal enracinée dans l’histoire et serait donc susceptible d’évoluer vers une sortie de l’âge des casernes.
Aussi, quand madame Éva Joly, une ancienne auditrice de l’Institut des hautes études de la défense nationale (promotion 1996 de l’IHEDN) et ex-juge spécialisée dans les affaires de corruption, en pleine campagne de pêche aux voix, préconise un défilé de citoyens, cela ne peut surprendre que les innocents adeptes du « tout pour l’armée et rien pour ta gueule ! ».

Avec un peu de recul, il semble difficilement justifiable que Paris et Moscou soient les deux seules capitales européennes à fêter encore leur nation par une revue de troupes et d’armements.

En ces temps où chacun compte ses sous, la disparition de cette ligne du budget du ministère de la Culture (le défilé fait partie des pompes de la République) serait plus que bienvenue.
Certes, le groupe de pression de messieurs Lagardère et Dassault, qui donne le ton dans les médias français, reste très attaché à cette exhibition de forces, d’uniformes chamarrés et à cette publicité gratuite pour leurs matériels à assassiner en gros. D’où leur tollé pour écraser le pétard mouillé de la candidate murmurante et à peine mûre des verts.

La mise en scène d’un défilé militariste ne serait-elle pas plus rentable pour les profiteurs de guerre lors de l’ouverture du salon de l’armement terrestre Eurosatory, ou de celui, aérien, du Bourget ?

Le régime terroriste et moribond incarné par le chef suprême des armées, qui ne se déplace plus sans une division de gendarmes « protecteurs », humilié en Libye (la victoire sur son ex-invité du défilé n’est pas arrivée pour le 14 juillet), s’est aussi fait claquer le beignet en Afghanistan où six mercenaires sont morts pour les riches au lendemain d’un fulgurant passage présidentiel dans le ciel de l’Hindu Kuch. Le patriotisme sauce Ve serait-il la seule religion à exiger encore des sacrifices humains ?

Heureusement qu’avec la suspension du service national obligatoire, depuis 1997, ce ne sont plus les conscrits qui se font zigouiller, mais des têtes brûlées victimes du racolage lors de la journée citoyenne (ex-appel de préparation à la défense) ou dans les établissements de l’éducation nationale, voire dans les temples de la consommation (hypermarchés).

Au moment où des indignés se rassemblent pour danser la Carmagnole et pas pour marcher au pas contre les CRS, instaurer une pacifist pride contre le garde-à-vous et les gardes à vue peut s’avérer efficace afin de ridiculiser les partisans de La Marseillaise (dont Graeme Allwright a déjà subverti les paroles).
Les fêtes de l’insoumission ne peuvent qu’être spontanées, elles ne se décréteront ni ne se commanderont. Probablement que leur joie explosera quotidiennement quand, comme le Costa-Rica et trente autres pays l’ont déjà fait, la France abolira ses armées. »

René Burget
 

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