★ Mort de Fidel Castro : sous le romantisme révolutionnaire, la dictature et la misère

Publié le par Socialisme libertaire

★ Mort de Fidel Castro : sous le romantisme révolutionnaire, la dictature et la misère
Le dirigeant cubain est mort ce vendredi 25 novembre à l’âge de 90 ans. Mais la Révolution cubaine, dont Fidel Castro s’était proclamé “Lider Massimo”, était morte avant lui…
 

Incontestablement, la guérilla basée dans la Sierre Maestra fut la dernière des grandes aventures révolutionnaires. Des intellectuels, l’avocat Fidel Castro, et le médecin argentin Ernesto Guevara, avaient entrepris de renverser la dictature de Batista, en s’appuyant sur les paysans. Cuba est alors le lupanar des Etats-Unis. Les casinos, les palaces et les bordels de La Havane brassent plus d’argent que la canne à sucre, le rhum et les cigares. La mafia américaine plus que la CIA tient l’île en coupe réglée, les banques cubaines blanchissent l’argent de tous les trafics.

La Révolution est, d’abord, une question de dignité. Fidel Castro s’empare de La Havane en janvier 1959, avec ses barbus qui ont fait serment de ne se pas raser avant la victoire. Ce qui pourrait n’être qu’une classique révolution latino-américaine change bientôt de nature. Fidel Castro n’est pas alors, un communiste, le PC cubain qui a commencé par condamner la guérilla se rallie lors de la prise de La Havane. Le nouveau pouvoir s’en prend aussitôt aux intérêts américains, en expropriant les casinos et les hôtels.

Les milices révolutionnaires ramassent les prostituées et les homosexuels

Ernesto Guevara se charge de l’ordre : les partisans de l’ancien dictateur Batista sont arrêtés et le plus souvent exécutés sans procès. Puis, les milices révolutionnaires ramassent les nombreuses prostituées, pour la plupart mineures, et les homosexuels. Les décrets révolutionnaires qui interdisent les mœurs dépravées sont toujours en vigueur, l’homosexualité est un délit, associé au souvenir de l’avilissement des Cubains par le tourisme sexuel américain.

La tension avec les Etats-Unis va s’aggraver, non lorsque Fidel Castro nationalise la canne à sucre, les distilleries de rhum et les fabriques de cigares, mais lorsqu’il confisque l’hôtel Hilton à la firme nord-américaine qui vient de le construire. L’arrivée de John F. Kennedy à la Maison-Blanche, en 1960 radicalise l’affrontement. Des dizaines de milliers de Cubains ont fuit en Floride et, pendant sa campagne électorale, Kennedy promet de les ramener rapidement à la maison.

En avril 1961, les milices d’émigrés, armées et équipées par les Etats-Unis, encadrées par des officiers américains, tentent de débarquer à Cuba, sur la baie des Cochons. Les forces révolutionnaires cubaines, commandées par Ernesto Guevara, les repoussent en quelques heures. La Révolution a trouvé un second mythe fondateur. Le parti de Fidel Castro fusionne avec le parti communiste, dont il prendra ultérieurement le nom. Isolé sur le continent américain, Fidel Castro s’appuie désormais sur l’URSS, tout en cherchant à fédérer les révolutionnaires du Tiers-monde.

La nationalisation de la terre détruit aussitôt toute autre forme d’agriculture

La situation économique s’est rapidement dégradée, la famine menace. Les Etats-Unis bloquent les livraisons de pétrole, seule énergie utilisée par Cuba. L’URSS prend le relais, l’échange étant officiellement compensé par des achats massifs de sucre. Pour assurer la défense de l’île, Khrouchtchev, annonce l’installation de fusées nucléaires à Cuba. A 180 kilomètres de leurs côtes, les Américains ne peuvent le tolérer. C’est la plus grande crise depuis le début de la guerre froide. La marine US se déploie au large de Cuba, pour arrêter la flotte soviétique qui accompagne les cargos venus livrer les fusées… Le monde retient son souffle. Le moindre choc risque de provoquer la guerre mondiale.

Khrouchtchev cède, renonce aux fusées en échange de garanties fictives de non agression. Fidel Castro fulmine, accuse l’URSS de trahir la Révolution. Il devient ainsi le leader incontesté d’une troisième voie révolutionnaire, qui échapperait à Moscou comme à Pékin. Il fonde avec le président algérien Ben Bella la « Tricontinentale », une internationale anticoloniale et anti impérialiste, dirigée sur un axe Alger-La Havane. Mais Cuba ne peut se passer de l’aide de Moscou.

Fidel Castro avait promis d’en finir avec la monoculture coloniale. Il se produit l’inverse : la nationalisation de la terre détruit aussitôt toute autre forme d’agriculture. Cuba dépend intégralement des produits alimentaires fournis par le bloc soviétique. Des conseillers soviétiques, est-allemands et tchèques organisent l’Etat et l’économie. Avec au moins une réussite : le conseiller tchèque Frantisek Kriegel, médecin et dirigeant communiste, organise le système de santé et la faculté de médecine. Pour le reste, Fidel Castro n’a mis en place qu’une économie de type soviétique, caricaturale et sous perfusion permanente. Ses velléités d’indépendance révolutionnaire tournent court.

Une petite épine plantée dans le pied du géant américain

Fidel Castro laisse le Che partir seul à l’aventure, en Afrique, puis en Bolivie où il trouve la mort en septembre 1967. Définitivement dans la main des dirigeants soviétiques, Fidel Castro rentre dans le rang. En août 1968, il approuve sans réserve l’écrasement du Printemps de Prague par les chars de Brejnev. La photo de Frantisek Kriegel disparaît du musée de la Révolution. L’organisateur du système de santé cubain était devenu l’un des principaux dirigeants du processus de réformes lancé à Prague par Alexandre Dubcek.

En fait d’indépendance, Cuba n’est plus qu’un pion de la politique soviétique. Une petite épine plantée dans le pied du géant américain. Le mythe révolutionnaire cubain permet d’enrôler des Cubains quand l’URSS tente de s’implanter en Afrique, en Angola et en Ethiopie. L’aventure éthiopienne est un désastre, les chiffres des pertes cubaines étant masqués jusqu’à ce jour. Fidel Castro mène une politique que rien n’infléchit. Economiquement, c’est un désastre. Politiquement, la caste blanche et hispanique tient tous les pouvoirs. Les noirs et les métis, majoritaires dans l’île, se compte sur les doigts d’une seule main au sein des instances supérieures, gouvernement et bureau politique du parti.Ils ne peuvent s’affirmer que par la musique et les études, particulièrement la médecine où leur ascension est indéniable.

Libéraliser l’économie mais pas le régime

Lorsque l’URSS s’effondre, Fidel Castro maintient sa politique, refusant la « trahison » de Gorbatchev. Le pétrole soviétique n’arrive plus. Fidel Castro s’entend avec Hugo Chavez, échangeant le pétrole du Venezuela contre des médecins cubains, dont beaucoup profitent de l’aubaine pour partir en exil. Malade, Fidel Castro a laissé à son frère Raoul le soin de libéraliser l’économie mais pas le régime, en s’inspirant du modèle chinois.

Pour l’heure, les avancées sont minces : le rhum passé sous la coupe du français Pernod-Ricard, les cigares commercialisés par une entreprise européenne, il ne reste que le paysage à vendre. Tourisme de luxe et pêche au gros, sans plus de considération pour l’écologie. Les Etats-Unis guettent leur proie. Obama a engagé la levée de l’embargo. L’icône du régime disparue, le communisme lui survivra peut-être quelque temps dans les mots et l’encadrement autoritaire de la société.

Mais la Révolution cubaine, dont Fidel Castro s’était proclamé Lider Massimo, était morte avant lui. Et si La Havane ne redevient pas le lupanar des Etats-Unis, c’est que les mœurs des Américains ont changé. Les touristes se contenteront d’hôtels luxueux, de musique, de Mojitos  et de cigares. Et Greenpeace devra bientôt déployer sa flotte, pour empêcher les plus riches de décimer la faune marine, en se prenant pour Hemingway, ami de Cuba et grand amateur de pêche au gros.

 

Collectif libertaire - Observatoire Critique de La Havane

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