★ L’anarchisme aujourd’hui, un projet pour la révolution sociale

Publié le par Socialisme libertaire

★ L’anarchisme aujourd’hui, un projet pour la révolution sociale

L’implication dans les luttes sociales

Les anarchistes apparaissent parfois tellement radicaux que certains les imaginent indifférents aux luttes sociales ; plus exactement, une logique du “tout ou rien” les éloignerait des combats de “terrain”. C’est là bien méconnaître l’histoire et l’actualité du mouvement ! En décidant d’entrer dans les syndicats dans les années 1890 , les anarchistes marquèrent profondément le syndicalisme ouvrier pour en faire, dans les années qui précédèrent la Grande Guerre, en France comme dans les autres pays latins, une puissance avec laquelle durent compter la bourgeoisie, les gouvernements et les politiciens sociaux-démocrates.

Aujourd’hui, nous ne concevons pas notre militantisme sans un investissement dans les luttes quotidiennes. Ceux ou celles qui se contenteraient de prêcher “la bonne parole” sont bien éloigné(e)s de notre anarchisme social.

Ceci étant réaffirmé, il faut comprendre sur quelles bases politiques nous nous impliquons dans les luttes revendicatives. Quand nous réagissons contre les conditions de vie qui nous sont faites, contre les actes d’oppression de l’État et les conséquences de l’exploitation du capitalisme, nous sommes amenés, disons de manière “spontanée”, à revendiquer.

Mais la question des revendications est plus complexe qu’elle n’y parait. Nous voyons, dans un premier temps, que nombre d’entre elles sont autant de “réactions” immédiates, émanant de refus élémentaires.

La première chose à faire si l’on veut s’opposer à l’exploitation d’un patron, c’est bien évidemment d’exiger des augmentations de salaires, de meilleures conditions de travail et la réduction du temps de travail. Alors que l’intérêt du patronat est de nous payer toujours moins en nous obligeant à travailler toujours plus vite et/ou plus longtemps, ces luttes peuvent s’inscrire dans une dynamique de contestation globale du système. Nous disons “elles peuvent”, car cela n’a rien d’automatique. Et l’on comprend ici que les revendications, en elles-mêmes, ont des implications politiques bien différentes selon le sens qu’on leur donne et les buts qu’on leur associe.

Expliquons-nous: si l’on reprend l’exemple de l’augmentation de salaire, deux types de discours (au moins) sont possibles.

Les grandes centrales syndicales réformistes dénoncent en permanence (et encore !) l’insuffisance des revenus, affirment qu’il faut limiter les inégalités, mettre en œuvre une politique économique plus juste. etc. Dans le même temps, elles feront tout pour vous empêcher d’aller plus loin. Pour elles, il ne peut pas être question de vouloir s’attaquer à l’existence même du patronat. Le but associé à la revendication reste un simple aménagement du salariat et donc du capitalisme. Dans les faits, nous savons que ce réformisme a mené à de continuels replis et à de perpétuels désenchantements.

L’autre discours, celui dont nous sommes partisans, consiste à dire, chaque fois que l’occasion nous en est donnée: “Effectivement. nous devons contrer, dans l’immédiat, les intérêts des patrons. Revendiquer l’amélioration constante des conditions de travail, agir autant de fois que possible pour augmenter le prix de notre travail, c’est maintenir la pression contre nos exploiteurs, c’est lutter pied à pied contre eux. Mais le but que nous poursuivons n’est pas le “compromis ”. Tant que le salariat existera, il y aura exploitation et inégalités. Notre but est donc que les salariés s’organisent pour abolir ce système “. À nous ensuite d’expliquer notre projet sociétaire. Telle est la façon dont nous concevons la politisation d’une revendication “immédiate”.

S’impliquer dans les luttes sociales, c’est aussi dénoncer toutes les désinformations, toutes les manipulations idéologiques. Prenons de nouveau quelques exemples :

Le “trou” de la sécurité sociale
Si, sur votre lieu de travail, vous pouvez démontrer chiffres à l’appui, que le fameux “trou de la Sécu” dont les médias nous rabâchent tant les oreilles n’existe pas, vous aurez certainement l’attention de votre auditoire, tellement ceux qui dénoncent ce bluff sont rares. Pourtant les chiffres ne sont pas secrets, tout le monde peut y avoir accès. Et ils nous apprennent des choses intéressantes ! On s’aperçoit que le déficit consiste avant tout en des factures impayées. Les 56,4 milliards de “trou” de 1993 se décomposent comme suit: 35,9 milliards impayés par le patronat et 9,2 milliards impayés par l’État. À cela se rajoutent 19,1 milliards de prise en charge par le régime général des déficits des autres régimes vieillesse (militaires, exploitants agricoles, artisans et commerçants...). Au total 67,6 milliards de francs de charges indues, sans lesquelles le régime général aurait été excédentaire de plus de 10 milliards de francs ! Cela n’est encore rien en comparaison de ce que nous coûtent les trusts pharmaceutiques avec des médicaments vendus dix fois leur prix!Et puis, vu l’ampleur des inégalités économiques dans la répartition des salaires, des revenus et des patrimoines, parler de déficit de la Sécu est définitivement inadmissible.

Sachez que si l’on prend les deux millions de ménages les plus riches, l’équivalent de leurs privilèges se chiffre, ne serait-ce qu’en terme de revenus, à plus de 800 milliards de francs par an (ce chiffre représente la différence entre le revenu réel de ces ménages et le revenu moyen, estimation établie d’après les données sociales de l’INSEE... et il ne s’agit là que d’un calcul des revenus déclarés au fisc !). Que sont en comparaison, les quelques 60 milliards qui “manqueraient” à la Sécu ?Le déficit invoqué n’est qu’un moyen pour justifier la transformation du besoin de santé en un marché ouvert à l’appétit de profits de grands groupes financiers !

La “lutte contre l’exclusion” fait l’objet d’un vaste consensus: on voit même des patrons se “mobiliser” sur le sujet et nous vanter les mérites de l’entreprise citoyenne”.
Cela devrait suffire à nous faire pressentir le piège...

Idéologiquement, “l’exclusion ” est une notion falsificatrice. Nous n’allons pas nier que des individus sont, en grand nombre, “exclus ” durablement du monde du travail, cela est un fait. Or, si l’on suit cette idée, on pourrait dire que toute inégalité est une forme “d’exclusion ”, donc que le capitalisme marche a coup d’exclusion...

Le modèle de “l’exclusion” (avec le concept de société “duale”) ne fait pas simplement référence aux inégalités et aux privations. De façon plus perverse, il a l’immense avantage de masquer la réalité de l’exploitation.

Cette nouvelle représentation de l’univers social envoie la lutte des classes aux oubliettes au profit d’une nouvelle frontière qui sépare la majorité des “indus” d’une minorité “d’exclus”. Elle présuppose implicitement l’homogénéité des premiers ou, du moins, minimise les contradictions d’intérêts à l’œuvre dans le “ventre” de la société. Par ce jeu de langage, le pouvoir tente d’opposer une “catégorie” d’exploités à une autre. Les salariés embauchés sont qualifiés de “privilégiés” par rapport à ceux qui sont au chômage, au RMI; précaires ou “sans domicile fixe”.

L’action sociale et caritative
Avec la paupérisation d’une partie croissante de la population, l’action sociale est devenue l’argument de vente des partis. Cette action sociale est une véritable gestion de la misère: on fait des logements “pour les pauvres ”, des architectes inventent la “borne de survie ” pour les SDF et des mairies se mettent à éditer des “guides” à leur intention! Avec le RMI, la charité (bien ordonnée!) est devenue, en 1984, une affaire d’État Les crédules de gauche y verront un formidable “progrès social”. Pour nous, le RMI banalise le statut de “miséreux ” : loin d’être un “progrès” il installe durablement dans la misère des centaines de milliers d’individus qui ne pourront plus (ou très difficilement) sortir de ce système.

Les associations caritatives se multiplient et les bonnes âmes nous disent: “N’allez surtout pas critiquer cela ! Vous ne pouvez pas dire que ça ne sert à rien” ! Est-ce bien comme cela qu’il faut aborder les choses ? Ce n’est certainement pas aux anarchistes que l’on pourra reprocher de ne pas pratiquer l’entraide et la solidarité. Seulement à la différence des associations et organisations caritatives et humanitaires, nous affirmons que la solidarité ne peut être séparée de la lutte politique et sociale. La solidarité doit s’exercer dans la lutte car c’est cette dernière qui doit primer. C’est une question de choix : on peut toujours décider dans un élan de grande générosité de s’occuper des personnes en difficulté, mais ces efforts seront fournis en pure perte si aucune dynamique de résistance ne se crée ! À en croire leurs gestionnaires, les “restos du cœur” seraient l’œuvre du siècle. Récemment, ils fêtaient dans la joie leurs dix années d’existence. Quelle magnifique victoire ! Ces dix années sont au contraire la preuve que ce genre d’initiative est totalement incapable de changer quoi que ce soit. Qu’ont-ils donc fait en dix ans pour s’attaquer aux causes de la misère, ou de “l’exclusion” comme ils disent? Qu’ont-ils donc fait en dix ans, à part jouer objectivement le jeu des dominants, en s’attelant à “gommer” les manifestations trop évidentes de la grande pauvreté ? Les bénévoles de ces associations, qui croient sincèrement se rendre utiles, auraient mieux fait de réfléchir à des actions plus offensives et forcément plus politiques, ce qui, par ailleurs, n’aurait pas été contradictoire avec la pratique de l’entraide!Les humanitaires ont cru pouvoir donner des leçons aux militants politiques, en se vantant de leur pragmatisme et de leur sens du “concret”. Malheureusement pour eux, ils n’ont pas a être fiers de leur bilan ! La banalisation de l’action sociale n’a même pas empêché que se mettent en place les plus abjectes “chasses aux pauvres”. Faut-il s’en étonner ? Le système “d’encadrement des exclus” semble si bien huilé que nombre de politiciens, toutes tendances confondues, s’autorisent maintenant à déclarer “la manche” intolérable: on l’a vu cet été 1995 à Pau (mairie socialiste), Tarbes (communiste), La Rochelle (Michel Crépeau, radical de gauche), Valence (Ah, mairie de droite!), Toulon (FN). Dans leur logique, puisque tout est fait pour “la réinsertion” ou pour assurer du moins un “minimum vital ”, ceux qui restent dans la rue n’ont pas d’excuse. Et voilà les “zonards” et les “SDF” culpabilisés et criminalisés aux yeux des “honnêtes citoyens ”!

La “défense de l’emploi”
Au nom de la “défense de l’emploi” , on va tenter de nous faire avaler les plus grosses couleuvres comme la généralisation des petits boulots (pudiquement appelés “emplois de proximité”); les cadeaux au patronat vont se multiplier sous forme de primes et d’exonérations de charges...

Les politiques “anti-chômage” se suivent et se ressemblent. C’est que les gouvernements, quelles que soient leurs inclinations “libérale” ou “social”, ne maîtrisent en rien le jeu économique mondial et, n’étant que les gestionnaires politiques des intérêts de la bourgeoisie, n’ont pas de solution réelle à proposer. À quoi peuvent-ils se raccrocher ? Entre autres, à des relents de protectionnisme (rappelez-vous la campagne publicitaire “nos emplettes sont nos emplois”) qui favorisent le terrain à toutes les divagations nationalistes et xénophobes. Depuis longtemps le Parti communiste a choisi le camp du “repli sur la Nation” avec son “Produisons français “ Sans trop d’efforts, le Front national a pu enchaîner sur le “Produisons avec des Français “, jusqu’à aujourd’hui où l’application du principe de la préférence nationale s’accélère: des centaines de maîtres auxiliaires n’ont pu avoir de postes pour cette raison, et la discrimination raciste est monnaie courante sur le marché du travail.

Fédération anarchiste

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