Aysha, Firas, Ahlam : Syriens et réfugiés, comme 4 millions d'autres

Publié le par Michel

Aysha, Firas, Ahlam : Syriens et réfugiés, comme 4 millions d'autres

Alors que plus de 200.000 personnes sont mortes à la suite du déclenchement de la révolution syrienne, 11 millions ont dû fuir leur foyer. Dont 4 millions à l'étranger. Portraits de 5 d'entre eux.

Plus de 200.000 morts. 1,5 million de blessés avec des séquelles graves ou permanentes. 11 millions de réfugiés ou déplacés. Quatre ans après le début de la révolte en Syrie, la crise humanitaire s'aggrave chaque jour un peu plus et les civils sont les premières victimes de la barbarie. Parmi eux, 4 millions ont fui à l'étranger. Réfugiés en très grande majorité dans les pays limitrophes, accueillis dans les villes ou les camps, ils survivent dans des conditions extrêmement difficiles.

Voici les portraits de cinq d'entre eux que les équipes de l'ONG Handicap International ont pris en charge au Liban et en Jordanie et dont ils ont recueillis les témoignages.

Aysha, 93 ans. Réfugiée au camp de Zaatari – Jordanie.  © Sarah Pierre/Handicap International

Aysha, 93 ans. Réfugiée au camp de Zaatari – Jordanie. © Sarah Pierre/Handicap International

Aysha, 93 ans

A 93 ans, Aysha vit désormais seule, sous une tente du camp de Za'atari en Jordanie. Elle a fui son village de Syrie en raison des bombardements. Cette mère de dix enfants – 6 garçons et 4 filles – s'était vu promettre par ses proches qu'ils la rejoindraient par le prochain car pour la Jordanie. Mais personne n'est jamais apparu de ce côté-ci de la frontière. Ont-ils essayé de fuir ? N'ont-ils pas pu ? Sont-ils même toujours vivants ? Elle ne le sait pas. Ici, tout est devenu difficile pour elle. Chaque geste du quotidien. A son âge avancé, Aysha peine à se déplacer, à se faire à manger…

Peut-être aura-t-elle la chance, bientôt, de quitter cette tente pour une structure plus adaptée. De plus en plus, en effet, des préfabriqués remplacent ces habitations de fortune. Le signe que la situation provisoire de ces victimes de la guerre n'est pas prête de s'arranger. Comment rentrer dans un pays en proie aux bombardements, aux exactions, à une crise alimentaire profonde dans nombre de régions ?

Firas, 12 ans, avec son petit frère. Réfugié au Liban.  © Sarah Pierre/Handicap International

Firas, 12 ans, avec son petit frère. Réfugié au Liban. © Sarah Pierre/Handicap International

Firas, 12 ans

Cela fait déjà trois ans que Firas a fui la Syrie avec ses parents. Victime d'un bombardement, il a été grièvement blessé aux deux jambes et a subi, depuis, au Liban, de lourdes opérations. Petit-à-petit, celui qui a eu le temps de passer de l'enfance à l'adolescence, a revécu. Amputé d'une partie de sa jambe droite, il porte désormais une prothèse, ce qui lui permet de s'adonner à sa passion : faire du vélo ! Et s'occuper de son petit frère, raconte l'équipe d'Handicap international.

Désormais, au Liban, les réfugiés syriens représentent 25% de la population. Le pays, aux ressources limitées, est mis à rude épreuve et les tensions sont de plus en plus fortes. Les familles vivent grâce à une aide humanitaire internationale qui ne suit plus. En décembre, le Programme alimentaire mondial (PAM) avait dû mettre fin, un temps, à une partie de son aide directe aux familles. Quel avenir attend Firas ?

Nour-Alhoda, 36 ans réfugiée à Amman - Jordanie.  © Sarah Pierre/Handicap International

Nour-Alhoda, 36 ans réfugiée à Amman - Jordanie. © Sarah Pierre/Handicap International

Nour-Alhoda, 36 ans

"La maison a été bombardée. Mon neveu de 6 ans a perdu la vie ce jour-là. Moi, j’ai été durement touchée. J’ai perdu connaissance et lorsque je ne me suis réveillée, j’étais à l’hôpital en Jordanie", explique Nour-Alhoda, 36 ans. La jeune femme a été transportée en urgence des lieux de l’accident à l’hôpital d’Al-Ramtha dans le nord de la Jordanie, où elle a passé deux mois. Son bras gauche a été sévèrement touché et elle a besoin d'une greffe aujourd'hui pour pouvoir retrouver l'usage complet de ce membre et pouvoir travailler. Car pour Nour-Alhoda, la situation est très tendue. Elle vit en effet avec sa sœur et ses deux nièces, les enfants de son frère emprisonné, dont elle a la charge. Mais comment subvenir à leurs besoins ? "Nous n’avons pas d’homme pour prendre soin de nous. Cela sera compliqué où que nous allions et nous ne savons pas ce que nous allons devenir".

Ahlam, 8 ans, réfugiée dans la vallée de la Bekaa – Liban.  © Elias Saade/Handicap International

Ahlam, 8 ans, réfugiée dans la vallée de la Bekaa – Liban. © Elias Saade/Handicap International

Ahlam, 8 ans

En septembre 2013, la petite Ahlam, qui a alors six ans, est dans sa maison dans les faubourgs de Hama lorsqu'un bombardement touche le bâtiment. Des éclats l’atteignent à la jambe droite. Ahlam est sérieusement touchée et doit être amputée dans les heures qui suivent. Quelques mois plus tard, sa mère décide de chercher refuge au Liban. Le 1er mars dernier, elle arrive enfin avec ses deux filles dans la vallée de la Bekaa, tandis que son mari et leurs deux fils restent à Hama. Elle sait pouvoir compter sur l’entraide de membres de sa famille installés depuis deux ans dans un regroupement de tentes informel. Les conditions de vie sont extrêmement précaires, les tentes sont situées dans une zone agricole de la Bekaa sur un petit bout de terre isolée de tout.

Le Liban, inquiet de l'expérience palestinienne des années 1948-1950, a refusé de mettre en place des camps de réfugiés et laissent les Syriens s'installer dans des pâturages, sur les bords des routes ou sur des places publiques.

Ahlam a pu être prise en charge médicalement et bénéficie d'une prothèse pour sa jambe. Elle est l'une des quelque 400.000 enfants syriens dans le pays. Un nombre qui dépasse celui des enfants libanais scolarisés. Une école que ne peut fréquenter pour le moment Ahlam, comme un grand nombre de ses camarades syriens réfugiés depuis, pour certains, plusieurs années maintenant.

Safa, 7 ans, réfugiée à Amman – Jordanie.  © Sarah Pierre/Handicap International

Safa, 7 ans, réfugiée à Amman – Jordanie. © Sarah Pierre/Handicap International

Safa, 7 ans

"Safa adore écouter la musique indienne. Mais ce qu’elle préfère, c’est danser", confie son père, Ahmed. En juin 2013 la petite fille qui a aujourd'hui 7 ans a été blessée dans un bombardement. Sa famille a alors fui les combats pour rejoindre la Jordanie et le camp de Za'atari. Mais les conditions de vie dans le camp sont difficiles. Si les ONG sont très présentes et fournissent aide alimentaire et soins médicaux sur place, les près de 100.000 personnes qui vivent ici sont pour la plupart désœuvrées, sans revenus et vivent dans des tentes ou, au mieux des sortes de caravanes ou préfabriqués. Alors la famille a tenté sa chance dans la capitale.

"A Za’atari, les enfants pouvaient aller où ils voulaient, ce qui n’est plus le cas à Amman. Mais il y avait trop souvent des problèmes d’eau et d’électricité dans le camp. Sans cela, nous y serions restés. Cependant, nous avons préféré partir pour essayer de trouver un peu plus de confort", explique Ahmed à l'équipe de Handicap International qui suit sa petite fille.

Selon les chiffres du HCR, 165.000 Syriens sont réfugiés à Amman et dans sa région dont la moitié d'enfants. Nombreux sont ceux qui sont d'ailleurs obligés d'occuper de petits emplois pour aider financièrement leurs parents à subvenir aux besoins de la famille.

Le père de Safa, Ahmed, gagne aujourd'hui 200 dinars par mois pour son travail dans une petite épicerie. Le seul loyer en ponctionne 150. Comment faire vivre sa famille dans ces conditions ?

Commenter cet article