★ Anarchisme révolutionnaire et organisation 3/3

Publié le par Michel

★ Anarchisme révolutionnaire et organisation 3/3

II. CONTRIBUTION A L’ÉLABORATION D’UN PROGRAMME ANARCHISTE

A. PRÉLIMINAIRE: SITUATION ACTUELLE

a) Le groupe Emma Goldman créé fin 1975, élabore quelques mois plus tard, dans la recherche d’une plus grande cohésion entre les militants, un minimum d’accords idéologiques – notre projet révolutionnaire – (Revue Anarchiste N° 1) qui sera développé (et l’est encore) point par point dans cette revue et au sein de débats publics (Luttes autonomes, Régionalisme, Violence révolutionnaire.. .).

Cette démarche a pour effet de clarifier notre compréhension de l’anarchisme et de faire preuve de cohérence dans notre intervention militante.

. Nous nous affirmions communistes anarchistes et révolutionnaires.

. Notre adhésion à la FA allait de soi, considérant celle-ci comme une organisation révolutionnaire efficiente.

. Nous acceptions la synthèse anarchiste comme principe organisationnel: les différentes tendances pouvaient cohabiter et entretenir des relations fraternelles et solidaires.

. Les expériences scissionistes du passé nous étaient étrangères, ou restaient dans le flou historique.

. Notre groupe pouvait se développer et acquérir les bases d’une formation militante par ses rapports avec les autres groupes de la FA, et dans son action de quartier.

Aujourd’hui, après deux ans d’existence et ayant approfondi cette démarche idéologique et pratique, nous ressentons la nécessité de redéfinir l’Organisation – rôle et structures – à laquelle nous adhérons.

Nous nous interrogeons:

Quelle organisation?

Quelle Fédération Anarchiste?

Pour nous, la Question de l’organisation est liée à notre projet révolutionnaire. Le choix d’un type d’organisation est fondamental dans et pou l’action que nous menons ou que nous avons à mener contre le capital et l’État.

Bien qu’historiquement le mouvement anarchiste ait laissé apparaitre une certaine part de refus à s’organiser sur un schéma structuré, le besoin d’association et de création de rapports humains différents l’emporta en avançant l’idée d’une «organisation nouvelle» qui serait la préfiguration de la société anarchiste.

Le fédéralisme proudhonien, l’idée du contrat libre, fut une réponse à cette recherche d’équilibre, dans le combat entre l’autorité et la liberté, entre la nécessité de «contraintes» organisationnelles et le respect de l’autonomie de l’individu.

L’organisation spécifique anarchiste utilisa le fédéralisme comme le lien et la coordination entre les groupes, entre les individus, sur une base idéologique de refus, anti-capitaliste, anti-étatique, et anti-autoritaire, et sur le terrain de lutte qui permet de «… promouvoir un milieu social où chaque individu puisse réaliser au maximum ses possibilités intellectuelles et matérielles, milieu dans lequel l’égalité sociale devra être réalisée.» (principes de base de la FA)

b) Ni synthèse, ni plateforme

Nous avons constaté, et constatons encore, par notre présence au sein de la FA, organisation synthésiste, que cette structure, ainsi que la plateforme d’Archinov, n’ont pas été des modes organisationnels efficaces et féconds du mouvement anarchiste; que ni l’un ni !’autre n’ont pu éviter les scissions successives, qui provoquèrent un morcellement du mouvement, une désagrégation de la pensée libertaire dans le mouvement social.

Du pluralisme « humaniste » et a-classiste de la, synthèse, détournant le mouvement anarchiste de la lutte des classes, a la pratique bolchévisante d’un certain courant communiste libertaire, il n’a pas été possible en France, en tenant compte du contexte historique, de développer et d’enraciner l’anarchisme au sein du mouvement social, suffisamment pour présenter une alternative réaliste de changement radical et profond de la société.

. Mai 1968 a fait rejaillir l’idéal libertaire, insufflant un élan nouveau à ce courant socialiste…

Aujourd’hui, 10 ans plus tard, bénéficiant peu ou prou des retombées des événements de Mai, le mouvement anarchiste se reconstitue.

. Au delà des querelles entre les formations « historiques » (FA, OCL, -ex aRA-), depuis un ou deux ans, un comportement différent s’est établi entre anarchistes. La rencontre dans les luttes locales, sur le quartier, dans les entreprises, autour de luttes spécifiques ou de solidarité, de militants engagés directement dans des conflits d’exploitation ou de domination, a donné lieu à des relations permanentes, créant dans les faits une coordination (bien qu’informelle) liant les militants en dehors de leurs groupes ou organisations particulières.

.Le dialogue alimente aujourd’hui un débat important sur une possible « RECOMPOSITION DU MOUVEMENT LIBERTAIRE » , où déjà la question organisationnelle est posée.

c) La situation politique et sociale en France

. Comme nous l’avons vu lors du développement de mode organisationnel particulier (Internationale anti-autoritaire, Synthèse, Plateforme…) le type d’organisation correspond et reflète l’état de 1utte des exploités.

. Actuellement en France la situation politique et sociale globale fait apparaitre un double mouvement des travailleurs; tout d’abord, une composante déterminante assujettie aux organisations politiques et syndicales, traditionnelles, réformistes, d’obédience marxiste, qui contrôlent et règlent la vie du « monde du travail » à l’intérieur du système capitaliste; d’autre part une frange non négligeable de travailleurs mécontents, déçus ou

insatisfaits de leurs organisations représentatives, ou bien en marge de ces dernières et qui participent à un mouvement de grèves sauvages, de luttes radicalisées (« dures ») de manière autonome (indépendamment des partis et des syndicats) et spontanée, qui va croissant.

. Par ailleurs, et s’interpénétrant au mouvement précédent, l’apparition de luttes spécifiques (femmes, écologie, régionalisme, immigrés, insoumis…) qui mettent en avant des caractères anti-autoritaires, anti-hiérarchiques, anti-centralistes, autogestionnaires, intégrant leur spécificité dans un projet global socialiste pour un changement radical de société…

d) Un terrain favorable pour le mouvement anarchiste

Cette situation offre au mouvement anarchiste un terrain favorable à son développement, par la concordance de ses propositions avec celles développées dans ces mouvements, lui donnant la possibi1ité de se réinsérer dans la 1utte sociale ou d’ élargir ses bases libertaires. Cette situation réunit en outre les conditions « objectives » minima à une rupture :’ »évolutionnaire à forte potentialité libertaire. Elle conditionne le débat sur une possible « recomposition du mouvement anarchiste », mouvement qui doit déterminer en fonction de la confrontation et de l’échange d’analyses et d’informations entre les groupes, sur la réalité sociale,un projet révolutionnaire global, et axer son intervention dans les luttes sociales (quartiers, travail, culture, idéologie) en organisant la présence militante anarchiste autour de ce projet.

B. UN PROGRAMME ANARCHISTE RÉVOLUTIONNAIRE

Pour nous, l’ANARCHISME est un mouvement social né de la LUTTE DES CLASSES, ayant comme perspective l’instauration d’une société COMMUNISTE basée sur la GESTION DIRECTE.

Ce projet anarchiste est RÉVOLUTIONNAIRE, parce que la constitution d’une société ÉGALITAIRE et LIBERTAIRE n’est possible qu’à travers une RÉVOLUTION.

Comme mouvement organisé nous réaffirmons aujourd’hui les position historiques prises en 1872 à la conférence internationale anti-autoritaire de St-imier.

Nous réaffirmons la nécessité de l’Organisation développée par Michel ~AKOUNINE, Errico MALATESTA, Luigi FABBRI et Maurice FAYOLLE.

Aujourd’hui, l’exemple italien d’un « Programme Anarchiste » révolutionnaire, réactualisé, élaboré par les camarades des G.A.F. (Groupes Anarchistes Fédérés) peut présenté une base cohérente et solide pour le regroupement du courant anarchiste révolutionnaire (17) (*)

Dans cette optique, le groupe Emma GOLDMAN a proposé l’étude d’un manifeste lors du congrès de Toulon de juin1977 de la Fédération Anarchiste.

ARTICULATION DES THÈMES

1. Définition et bases de l’anarchisme révolutionnaire

. Étude de son évolution historique

2. Analyse des condition socio-économiques actuelles, nationales et internationales et des rapports de domination

.Les classes sociales – recomposition -

. L’État – son rôle politique, social, économique, idéologique (Ecole, Justice, Armée, Famille, Média, Culture,

sports,…)

. Le Capital – financier – Industriel – Petite et Moyenne industrie – Foncier – Artisanat

. Les services sociaux

. Agriculture

. Le mouvement ouvrier et paysan – ses organisations politiques et syndicales

. Les luttes réformistes, autonomes, spécifiques

3. Perspectives d’une révolution

. Les exemples historiques

. Les possibilités d’une révolution sociale à potentialité libertaire

4. Le mouvement anarchiste

. Son intervention

. Ses méthodes de 1utte

5. L’internationalisme

Remarques:

Les études déjà réalisées par des groupes ou des fédérations peuvent fournir une somme importante de réflexions et d’analyses qui serviront de bases à l’élaboration de ce programme.

Nous pensons en particulier aux résolutions du congrès extraordinaire de la FA de Novembre 77, au congrès international de l’IFA de Mars 78. au programme des GAF, sans oublier toutes les contributions des camarades organisés ou non qui participent d’une manière pratique ou théorique au débat sur la « recomposition du mouvement anarchiste ». (18)

III – CONCLUSION: VERS L’ORGANISATION DE LA TENDANCE COMMUNISTE ANARCHISTE

Cette courte étude constitue notre contribution au travail de clarification nécessaire au sein du mouvement anarchiste, afin d’accentuer notre critique du Capital et de l’Etat, toujours en évolution, et de nous insérer comme militants révolutionnaires, au sein des luttes avec plus d’efficacité.

Dés lors, le groupe Emma GOLDMAN se propose de participer au travail de regroupement et d »organisation de la tendance communiste anarchiste.

NOTES

(1) – Communisme et collectivisme – La conception COMMUNISTE de la société se résume dans la formule «De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins» et tranche avec le COLLECTIVISME qui adopte la suivante: «A chacun le produit de son travail». Les collectivistes et les communistes sont d’accord dans la lutte contre le monopole de la propriété et veulent ensemble la socialisation de la terre et des moyens de production et d’échanges. Ils se divisent sur le mode de répartition de la production.

(2) – Pierre KROPOTKINE poursuivra sa réflexion sur le communisme anarchiste dans son livre « La conquête du pain» paru en 1892.

(3) – Chronologie des Internationales Libertaires -1864/1914 – Roland BARDY Documents N° 2 publié par l’ORA en 1974

(4) . Le Mouvement Anarchiste en France – T 1 ch. 2. – Jean MAITRON

(5) . Cette pratique organisationnelle née d’une nécessité dans la lutte existe actuellement en Italie, où les groupes anarchistes dans leur ensemble, fédérés ou non, organisent des campagnes ou des actions unitaires.

(6) . L’Organizzazione Anarchica – Luigi FABBRI – Génova 1971 – Page 25 Rapport présenté au congrès anarchiste italien de Rome Juillet 1907 et au congrès anarchiste international d’Amsterdam d’août 1907.

(7 – Le vote était une pratique courante lors des congrès anarchistes. Il était utilisé à titre consultatif, afin de connaître l’opinion du congrès.

(8 – Rapport analytique du congrès anarchiste international d’Amsterdam.

(9) – Plateforme d’organisation de l’Union générale des anarchistes – projet – Supplément à Front Libertaire organe de l’ORA, 1er mai 1972. – La synthèse anarchiste – Sébastien FAURE – Le Monde Libertaire juin 1971 A propos de la Synthèse – Maurice LAISANT – Le Monde Libertaire juin 1973 A propos de la « Plateforme d’Archinov» – Maurice JOYEUX – Le Monde Libertaire avril 74 La LANTERNE NOIRE N° 9.

(10) . Le mouvement anarchiste français – Jean MAITRON – T 2

(11) – Nicolas FAUCIER : Souvenirs d’un permanent. LE MOUVEMENT SOCIAL N° 83

(12) – Bulletin intérieur N°1 Nelle série (8) – Compte-rendu du congrès constitutif de Paris (23/25 mai 1953) – Nature de l’organisation et statuts – MUSÉE SOCIAL.

(13) . Itinéraire d la tendance « anarchiste-communiste» – Recherches Libertaires – juillet 71

(14) . T .A.C. (Tribune Anarchiste Communiste) N° 7

(15) . T.A.C. N°7

(16) . Roland BIARD: Histoire du mouvement anarchiste 1945/1975 ; Jean MAITRON : Le mouvement anarchiste en France T 1 et 2 ;TAC N° 7 – Lettre au mouvement anarchiste international – (UGAC)

(17) . UN PROGRAMME ANARCHISTE – traduction française.

(18) – Motions et résolutions du 3ème congrès de l’IFA – Le Monde Libertaire (13 avril 1978) et UMANITA NOVA (9 avril 78)

(*) Indépendamment du Programme rédigé par les GAF, cette fédération s’est

dissoute pour mieux s’insérer dans la lutte sociale et poursuivre une réflexion

collective au niveau du mouvement libertaire italien et international.

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