★ Les mensonges déconcertants du « capitalisme vert »

Publié le par Socialisme libertaire

★ Les mensonges déconcertants du « capitalisme vert »

Quadrature du cercle : Les mensonges déconcertants du « capitalisme vert »

Face à la crise écologique, les gouvernements prétendent concilier économie de marché et régulation environnementale. Mais les capitalistes sont incapables de mettre en place les mesures écologiques qui s’imposent au niveau mondial.

A la demande de Gordon Brown, alors ministre de l’Économie et des Finances du Royaume-Uni, a été publié en octobre 2006 un document dit « rapport Stern » du nom de son auteur l’économiste Britannique Nicholas Stern. Ses conclusions étaient simples : si nous continuons à émettre en aussi grande quantité qu’actuellement des gaz à effet de serre, la croissance mondiale pourrait baisser de 20% ou plus. Pour éviter cela il suffirait d’investir 1% du PIB mondial par an dans la lutte contre le réchauffement climatique. En bref, adieu le spectre de la décroissance et de toute remise en cause de l’idéologie de la croissance infinie.

Pour sa part, le Grenelle de l’environnement s’est formellement inscrit dans la même logique, au travers de ses six groupes de travail qui se proposaient « [d’]adopter des modes de production et de consommation durables » et de « promouvoir des modes de développement écologiques favorables à l’emploi et à la compétitivité ».

« le vert vaut de l’or »

La Tribune pouvait ainsi conclure avec délectation : « Le vert vaut de l’or[...] Un Grenelle juteux pour les entreprises ». L’enjeu est posé : les partisans du « capitalisme vert » prétendent, pour maintenir le capitalisme et les profits que ce système leur permet d’accaparer, apporter une solution aux déséquilibres qu’ils ont causés à la planète. Ils préconisent un redéploiement de l’économie capitaliste, un nouveau « régime d’accumulation » du capital, comme à chaque fois qu’une crise systémique a mis en cause ce système [1].

Pour commencer, interrogeons- nous sur ce que sont les nouvelles règles proposées. Un projet exemplaire a été récemment annoncé par la Corée du Sud (Le Monde du 24 mai 2009) : « La Corée du Sud va investir 2,8milliards d’euros entre 2009 et 2012 dans un plan de “relance verte” salué par l’OCDE et remarqué dans le monde entier [...]. Parmi les mesures déjà annoncées figure le développe- ment des énergies renouvelables, des produits et services écologiques et des technologies “vertes” ; l’investissement dans les infrastructures à faible émission de carbone et les transports en commun ; la revitalisation de rivières polluées ; la création d’un marché des émissions de carbone, d’un système d’écotaxes et d’incitations fiscales et financières pour encourager entreprises et particuliers à investir dans le développement durable [...]. Le plan de croissance “vertes” prévoit de doubler en quarante ans l’efficacité énergétique du pays, aujourd’hui inférieure de moitié à la moyenne des pays de l’OCDE, et d’accroître la part des énergies renouvelables de 2,4% en 2007 à 20% en 2050 – mais c’est avant tout sur le développement du nucléaire que mise le pays pour assurer son indépendance ».

Éco-taxes et marché des droits à polluer

L’originalité du capitalisme vert – c’est-à-dire les mécanismes qui lui permettraient de rompre avec sa tendance à détruire l’environnement – n’est pas liée à l’émergence du nouveau marché des « produits verts » ou aux incitations fiscales qui simplement multiplieront les possibilités de profits. Les seules véritables innovations proposées sont les écotaxes et le marché des émissions de carbone, deux mécanismes dont le moyen d’action est similaire : créer un avantage compétitif en faveur des productions émettant moins de gaz à effet de serre.

Examinons maintenant la capacité de ces politiques à réduire significativement la production de gaz à effet de serre. Il existe aujourd’hui de nombreux économistes qui s’interrogent sur la compatibilité entre les objectifs environnementaux et la concurrence entre capitaux. On peut prendre comme exemple un article récent de Maia David [2]. Son étude est organisée autour du constat suivant : « Les dispositifs mis en place par une agence environnementale peuvent aller à l’encontre des objectifs d’une autorité de la concurrence, qui veille au fonctionnement concurrentiel des marchés. »

De ce texte, on peut en conclure que la soumission aux lois de la concurrence crée des effets pervers, propres aux règles du jeu capitalistes. La contradiction entre l’efficacité d’une écotaxe et l’exigence du maintien de la rentabilité du capital se traduira par la réduction à la partie congrue des effets de la première. Ainsi les entreprises capitalistes les plus pollueuses chercheront à maintenir leurs profits par une baisse de la masse salariale et d’autre part il est extrêmement probable que l’État satisfera les revendications du patronat en réduisant les autres impôts payés par les entreprises. A cela il faut ajouter l’impossibilité au sein de la logique capitaliste de voir une écotaxe appliquée dans tous les pays. Cela se traduira par une concurrence entre les entreprises installées dans les différents pays et par des relocalisations vers les pays « hors taxe ». Les mêmes effets pervers peuvent se prévoir dans le cas des marchés de permis d’émission.

Épuisement des ressources

L’autre impossibilité du dispositif tient à l’irréalisme de l’approche libérale. Depuis au moins un demi-siècle, l’expansion capitaliste a bénéficié d’une énergie à bas coût, facteur décisif qui a servi de base aux gains de productivité. L’épuisement des ressources d’énergie fossiles n’est pas considéré par les libéraux comme une véritable menace. Pour ceux- ci, l’augmentation des prix serait compensée par une nouvelle rentabilité des gisements d’hydrocarbures qui ne le sont pas au prix actuel, voire en suscitant la découverte de nouveaux gisements ou en rendant rentables de nouvelles sources d’énergie. Cet optimisme postule une sorte de théorème d’existence selon lequel on peut toujours trouver, pour un système de prix donné, une méthode de production qui permette de ne pas augmenter le coût global de production. Mais rien ne garantit que l’économie réalisable du côté des dépenses d’énergie compense automatiquement le surcroît d’investissement nécessaire à réaliser ces économies. Il s’agit simplement d’un pari sur l’avenir que rien ne vient étayer. Un simple pari qui pourrait entraîner l’humanité à sa perte, simplement pour ne pas remettre en cause les privilèges d’une minorité !

De cela suivra, pour assurer la viabilité du capitalisme vert définie au regard des critères capitalistes, la nécessité de revoir largement à la baisse les objectifs d’économie d’énergie. Pour dire les choses autrement, la consommation énergétique ne pourra pas baisser au-delà du point où elle menacerait le maintien de taux de profits élevés, même si les objectifs environnementaux nécessiteraient d’aller bien au-delà. Le capitalisme vert ne peut pas exister, tout au plus assistons nous à la naissance du capitalisme verdi !

Alors que la crise écologique en marche impose entre autres impératifs, une planification à l’échelle mondiale, une remise en cause des modes de production et de consommation - autant de facteurs qui, comme la durabilité accrue des biens de consommation, sont porteurs de baisse de rentabilité – l’objectif du capitalisme vert n’est autre que le maintien du taux de profit. On ne changera pas le monde dans la confusion idéologique ni avec les transnationales comme partenaires.

Jacques Dubart (AL Agen)

[1] Contrairement à d’autres modes de production, le capitalisme est un système économique qui nécessite une croissance sans fin. L’histoire a amplement démontré qu’à chaque fois que celle-ci fléchit et à fortiori, à chaque fois qu’elle est en panne, le capitalisme entre dans une crise profonde.

[2] Maia David sur http://alize.finances.gouv.fr

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