★ INTERNATIONALISME

Publié le par Socialisme libertaire

Anarchisme



★ Sélection de l’Encyclopédie anarchiste : 


INTERNATIONALISME 
n. m. 

« L’internationalisme est l’ensemble des doctrines et des mouvements favorisant le rapprochement politique, moral et économique des peuples, et préconisant l’établissement, entre les nations, d’un régime de solidarité organisée.

L’internationalisme est le contraire du nationalisme, mais non du patriotisme. Beaucoup d’internationalistes se défendent d’être cosmopolites ou antipatriotes.

Nous lisons dans Les Juifs d’aujourd’hui, de E. Eberlin :

« Pendant longtemps, le principe de l’internationalisme a été confondu avec celui du cosmopolitisme ; sans parler d’adversaires, ses partisans mêmes soulignaient son opposition au nationalisme, sans insister sur son opposition au cosmopolitisme. Cependant, par l’essence même de sa doctrine, l’internationalisme était également opposé au nationalisme et au cosmopolitisme. L’idéal du cosmopolitisme, c’est la disparition de toutes les différences nationales ; l’humanité future lui apparaît comme une agglomération des individus, alors que le principe de l’internationalisme est fondé sur la fraternité des peuples. De plus, l’internationalisme a un principe fondamental commun avec le nationalisme : le droit des peuples à disposer de leur sort... L’internationaliste, loin de considérer l’humanité comme une agglomération des individus, est également éloigné de l’envisager comme une alliance mécanique des nations indépendantes les unes des autres. Il considère l’humanité comme une famille, où chaque nation, grande ou petite, est un membre — à titre égal — de la famille dont les intérêts sont solidaires de ceux des autres. »

Félicien Challaye, dans son ouvrage Philosophie scientifique et Philosophie morale, rédigé avec un grand effort d’impartialité, oppose l’antipatriotisme et l’internationalisme :

« L’antinationalisme ou antipatriotisme condamne la nation, et la division de l’humanité en nations distinctes ; il considère le patriotisme comme un sentiment moralement mauvais. C’est la thèse de ceux qui se vantent d’être « citoyens du monde » ou cosmopolites. C’est la thèse de tous les anarchistes, repoussant l’État, et par conséquent la nation ; c’est par exemple la thèse de l’anarchiste chrétien Tolstoï...

L’internationalisme s’oppose à la fois au nationalisme et à l’antipatriotisme. Il vise à concilier en une synthèse supérieure le patriotisme des nationalistes et l’humanitarisme des cosmopolites. Il ne réclame point une « centralisation planétaire » qui supprimerait toute originalité nationale. Il considère comme légitime la division de l’humanité en nations distinctes ; il proclame le droit des peuples à disposer librement d’eux-mêmes. Mais il souhaite l’établissement, entre les nations, d’un régime de paix durable ; et, à cet effet, il réclame la constitution d’une Société des Nations qui maintiendrait l’ordre et établirait des rapports harmonieux entre les peuples, comme l’État national règle les différends entre les individus.

L’internationalisme est impliqué dans toutes les grandes religions. Par exemple, le Bouddhisme n’a aucun caractère national. Le Christianisme proclame le devoir d’aimer son prochain comme soi-même ; or, le prochain, ce n’est pas le Juif pour le Juif, ni le Grec pour le Grec ; c’est l’homme pour l’homme. L’internationalisme exprime aussi l’espoir de tous les pacifistes, par exemple de ceux qui, comme Léon Bourgeois, ont réclamé avant qu’elle existe la création de la Société des Nations. L’internationalisme est aussi la thèse de la plupart des socialistes : ceux-ci défendent à la fois, contre les oppresseurs, la cause des libertés nationales et, contre les fauteurs de guerre, la cause de la paix internationale. »

Si l’internationalisme est conciliable avec le patriotisme, il nous semble, contrairement à Félicien Challaye, qu’il n’est pas inconciliable avec l’attitude morale antipatriotique. En effet, il n’est pas contradictoire de considérer la division de l’humanité en nations comme un fait dont il faut tenir compte et comme une nécessité durable ; et, d’autre part, de soumettre à une vive critique l’idée de patrie et de ne pas tenir la préférence pour son pays comme un devoir et comme un sentiment devant être développé. Il y a des internationalistes antipatriotes, ou tout au moins « apatriotes ».

D’un autre côté, peut-on classer dans l’internationalisme la conception pacifiste de Léon Bourgeois, qui prétendait organiser la paix en laissant presque intact le principe de souveraineté nationale, conception qui a trouvé sa réalisation presque complète dans l’actuelle Société des Nations ? Il s’agit là tout au plus de l’internationalisme modéré.

Le véritable internationaliste, qu’il se réclame surtout du socialisme, du pacifisme ou de l’idéal démocratique (nous faisons abstraction ici de l’Internationalisme communiste, qui se place sur le terrain exclusivement révolutionnaire et prolétarien) considère que la Société des Nations ne pourra remplir tout son rôle pacifique que lorsqu’elle sera transformée en une Fédération des Peuples, à laquelle les États auront transféré une part importante de leur souveraineté.

« Il faut et il suffit, dit le Manifeste de l’Union Populaire pour la Paix universelle, que les peuples étendent sur le plan international les institutions que chacun d’eux possède à l’intérieur de ses frontières... Les peuples doivent, à l’exemple des individus, s’élever à la notion de la véritable liberté. Celle-ci ne consiste pas en une fausse indépendance, qui aboutit à des heurts sanglants ; elle consiste dans la reconnaissance de la solidarité, dans la consécration de la souveraineté du droit et de la loi consentie. La vraie Société des Nations implique un sur-État comportant les trois fonctions : législative, exécutive et judiciaire. Elle doit être créée par une Constitution mondiale émanant des peuples, et défendue par une police de la civilisation, substituée aux armées nationales. »

Nous admettons qu’un tel internationalisme politique peut comporter des dangers et que, notamment, une force internationale, qu’elle revête la forme d’une armée ou d’une police, peut être un moyen d’oppression des travailleurs par le capitalisme mondial. Mais pourtant ces dangers ne peuvent être comparés en gravité à ceux de la guerre qui nous attend si la solidarité des peuples n’est pas organisée. Aussi toute diminution de souveraineté des nations, tout transfert d’autorité du national à l’international, diminuant les chances de conflit meurtrier, nous paraît donc devoir être encouragée, tant par les cosmopolites qui rêvent l’abolition complète des frontières, que par les libertaires qui poursuivent la suppression complète des États.

Beaucoup de socialistes pensent qu’un régime internationaliste ne sera réalisé que lorsque le socialisme aura conquis le pouvoir dans tous les pays, ou tout au moins dans les principaux pays. En tout cas, un commencement de socialisme entre nations s’impose pour réaliser la paix économique. Il faut, dans une grande mesure, substituer la coopération à la concurrence entre les peuples et harmoniser leurs intérêts.

L’internationalisme intégral implique l’abolition des barrières douanières et l’internationalisation de certaines richesses.

« Il faut concevoir :

le contrôle des relations économiques par l’autorité internationale ;

la gestion directe par elle de certaines richesses ;

il faut lui reconnaître un droit de propriété.

Le contrôle des États actuels est fragmentaire, partial et souvent contradictoire. Le contrôle, pour être impartial, doit être universel. On parle avec raison de nationalisation industrialisée. Il faut concevoir et réaliser l’internationalisation industrialisée. Il faut, de même, concevoir et réaliser une propriété collective internationale. Comme on reconnaît un domaine national, on doit reconnaitre un domaine humain. Il y a des droits éminents de l’humanité organisée. L’État international doit posséder, il ne saurait être déshérité. La Fédération des Peuples doit devenir une puissance économique. Sans empiéter sur les droits de chaque nation de choisir librement son régime social, il y a lieu d’élaborer un Code international de la propriété, instituant en regard des propriétés individuelles, communales, départementales, nationales, la propriété collective internationale. Certaines richesses du sol et du sous sol, certains détroits, ports, fleuves, canaux, certaines voies ferrées, certaines villes et, d’une façon générale, la mer et l’air doivent être internationalisés. » (Mémoire de L. Le Foyer et R. Valfort)

Enfin, le désarmement moral ne peut être organisé sous une forme permanente que si, en matière d’enseignement, les nations sont sous le contrôle de la communauté internationale. L’internationalisme ne doit pas être seulement politique et économique, mais aussi moral et intellectuel. Il nous semble que sans supprimer les originalités culturelles de chaque nation il y a lieu de rendre obligatoires certaines branches de l’enseignement dans les divers pays : langue internationale, code de morale universelle et histoire universelle enseignée suivant les livres choisis par la section intellectuelle de la Fédération des Peuples.

Ajoutons que sur l’idée de défense nationale, les internationalistes sont divisés. La conception suivant laquelle toute guerre, quel que soit son motif, est toujours nuisible à la communauté humaine, et la participation à la guerre n’est jamais un devoir moral, se répand de plus en plus dans les milieux internationalistes des divers pays. »

— René VALFORT

 

L’Encyclopédie anarchiste est une encyclopédie initiée par Sébastien Faure, entre 1925 et 1934, publiée en quatre volumes.


SOURCE :  Bibliothèque Anarchiste

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