★ Le 1er-Mai, c’est Notre Histoire

Publié le par Socialisme libertaire

1er Mai anarchiste

La recherche historique renvoie toujours à la culpabilité des capitalistes et de l’État.

C’est le cas du 1° Mai, devenu la fête du muguet où vous vous promenez, si vous aimez les balades et les jolies banderoles syndicales. Cette année, le 1° Mai tombe entre les deux tours des élections. A cette occasion, nous rappelons la vérité historique ; la nature criminelle du capitalisme et du pouvoir politique qui est à sa botte, et pourquoi le 1° Mai fut pendant longtemps [1] le symbole de la lutte d’émancipation du prolétariat. En cette période électorale, cela doit révéler, à ceux qui ne le savent pas encore, que le vote est une manipulation visant à perpétuer l’exploitation capitaliste. Et, les manipulations, le pouvoir connaît. Rappelons, à cet effet, les événements qui conduisirent à la journée du 1° Mai.

Les travailleurs de Chicago vivaient dans des conditions terribles qui découlaient de l’exploitation forcenée de la bourgeoisie, réactionnaire et sans pitié. Beaucoup de ces ouvriers faisaient encore des journées de quatorze heures, voire seize. Leurs familles s’entassaient dans des taudis. La majorité des employeurs payait des milices armées composées d’individus sans scrupules, procurés par l’agence de sécurité privée "Pinkerton". Ces nervis, sûrs de leur impunité, multipliaient les provocations. Le patronat avait également à sa botte toute une presse servile. Le Chicago Times n’hésitait pas à écrire : "La prison et les travaux forcés sont la seule solution possible de la question sociale. Il faut espérer que l’usage en deviendra général".

Le 3 mai 1886, 8.000 grévistes [2] réclamaient, notamment, la journée des 8 heures [3]. Ils étaient venus conspuer les jaunes [4] à la sortie de l’usine Mac Cormick. Les grévistes y furent violemment matraqués par les nervis de Pinkerton. Aux coups de revolvers de ces derniers, firent écho les fusils à répétition de la police arrivée pour leur prêter main forte. La foule dut s’enfuir en laissant sur place des morts et des blessés. Le 4 mai, des milliers personnes se réunirent pour écouter les discours de quelques militants anarchosyndicalistes, entre autres Spies, Fielden, et Parsons dont la femme était accompagnée de leurs 2 petits enfants. Au moment de se retirer, la police chargea violemment les manifestants. Une bombe artisanale faucha, alors, un certain nombre de policiers. Aidés par des renforts, ils mitraillèrent la foule qui fut saisie de panique. Le carnage fut effroyable.

Après ce bain de sang, les autorités décrétèrent l’état de siège pendant que la troupe occupait certains quartiers de la ville. Des perquisitions et beaucoup d’arrestations eurent lieu, principalement, celles d’anarchistes en vue. Le patronat voulait à tout prix se débarrasser des militants jugés trop intelligents car trop dangereux pour lui. Maurice Dommanget écrit dans son "Histoire du 1° Mai" : "Bref, ce fut une caricature de jury, d’instruction, de procès, une ignoble parodie de justice devant aboutir à un jugement de classe dans toute l’acception du terme".

Les 8 inculpés se défendirent eux-mêmes et montrèrent un cran formidable face à la clique des magistrats. Cinq furent condamnés à la pendaison : Spies, Fischer, Lingg, Engel et Parsons ; Schwab et Fielden à la prison à vie et Neebe à une durée d’emprisonnement de 15 ans. Le verdict fut rendu le 20 août 1886 et confirmé par un arrêt du 20 septembre 1887, après appel. La Cour suprême des USA ne consentit pas à casser le jugement pour vice de forme, et 4 condamnés furent pendus le 11 novembre 1887 (Lingg s’étant suicidé dans sa cellule l’avant-veille). Quelques années plus tard, le nouveau gouverneur de l’Illinois, John Altgeld rouvrit le dossier. A la suite d’une longue enquête, il fut convaincu de l’innocence des 8 accusés. Il dénonça les faux témoignages organisés par le ministère public, le choix de jurés aux ordres, les infamies du procès et il dit : "Une telle atrocité n’a pas de précédent dans notre histoire !".

Pas de précédent, peut-être, mais, 40 ans après, il y aura une affaire semblable qui, elle aussi, immortalisera les victimes : l’assassinat légal de Sacco et Vanzetti, en 1927, tous deux anarchistes. Fielden prononçait cette phrase merveilleuse, le dernier jour du procès : "Si ma vie doit servir à la défense des principes du socialisme et de l’anarchie, tels que je les ai compris et dont je crois honnêtement qu’ils sont dans l’intérêt de l’Humanité, je vous déclare que je suis heureux de la donner ; et c’est un très bas prix pour un si grand résultat".

En ce qui concerne la CNT-AIT, le 1° Mai reste un symbole de la lutte des classes. Cet événement tragique montre comment le pouvoir patronal et celui de l’État répondent à la grève des ouvriers : Terrorisme, manipulation, assassinat.

Parsons et Spies, dans un tract de 1883 distribué à Pittsburgh affirmaient que : « Toute tentative du passé de réformer ce système monstrueux par des moyens pacifiques, comme les urnes, a été futile, et tout autre effort de ce type le sera encore… Alors il ne restera qu’un seul recours : la force ! [5] ».

En hommage aux cinq martyrs de Chicago, à Paris en 1889, le Congrès des ouvriers socialistes instaura le 1° Mai comme "La Journée internationale des travailleurs et des travailleuses". En 1890, cette journée fut commémorée pour la première fois. Lucy Parsons connue comme la "veuve mexicaine des martyrs de Chicago" était la fille d’un peau-rouge et d’une noire. Lucy Gonzalez naquit esclave en 1853, au Texas, qui, 5 ans plus tôt, était territoire mexicain. Orpheline à 3 ans, on l’envoya dans les champs de coton dès qu’elle fut en mesure de travailler. À 19 ans, elle épousa Albert Parsons. Quasiment considérés comme un couple illégal, car la mixité raciale était interdite dans les États du Sud, ils faisaient partie du petit nombre de militants luttant pour le droit des Noirs. Pour ces 2 raisons, les menaces de mort consécutives les obligèrent à partir pour Chicago en 1873.
 

[1] Avant la récupération par le régime de Vichy qui en détourna la signification.

[2] En grève depuis le 1° Mai.

[3] La lutte finit par payer : La journée des 8 heures fut conquise. C’est leurs luttes et celles menées partout dans le monde par le prolétariat qui fit reculer les capitalistes et c’est à ces luttes que nous devons l’amélioration de nos conditions de vie.

[4] Les jaunes sont des syndicaux et des ouvriers collabos, non-grévistes, refusant l’affrontement et à la botte du patronat. Ce terme a, à juste titre, pris le sens de "traître".

[5] Par « la force », il faut comprendre le rapport de forces, et non la violence. C’est l’État et les capitalistes qui imposent leur violence.

 

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