★ BRIGADES INTERNATIONALES

Publié le par Socialisme libertaire

Manifestation à Barcelone avec une bannière Solidaridad Obrera, le quotidien de la Révolution.
Manifestation à Barcelone avec une bannière Solidaridad Obrera, le quotidien de la Révolution.

BRIGADES INTERNATIONALES :
L’INSTRUMENT DES ASSASSINS LES PLUS FÉROCES DE L’HISTOIRE.

Elles en ont fait rêver du monde, les Brigades internationales… Encensées comme la fine fleur de l’antifascisme et de la solidarité internationale ouvrière, leur réalité a été bien différente et bien à l’encontre des motivations de la majorité de ceux qui s’y sont engagés.

Lorsqu’il s’engage dans les Brigades internationales, Sygmunt Stein est un cadre communiste aguerri, un de ces nombreux militants qui ne vivent que pour le « Parti ». Certes, le procès « des 16 » vient de faire sonner dans son esprit une première note discordante [1], mais pas assez pour remettre en cause son stalinisme. En rejoignant ce qu’il pense être un combat antifasciste, il espère ressourcer son bolchevisme. Stein ne connaît pratiquement rien de l’Espagne et guère plus de l’anarchosyndicalisme qui y imprègne la majeure part des couches populaires actives. Une telle ignorance explique des approximations, des incompréhensions et un vide sidéral pour tout ce qui touche à la Révolution espagnole. Ainsi, les mots « collectivité » ou « socialisation » n’apparaissent même pas. Stein est passé à côté de la principale révolution autogestionnaire de l’histoire sans même s’en rendre compte. Il ignore également tout du soulèvement populaire du 19 juillet 36 et va jusqu’à attribuer le début de la résistance contre le franquisme au général Miaja et aux décrets du ministère de la Défense.

Certes, il a rencontré des anarchistes, ils étaient vraiment trop nombreux en Espagne pour qu’il en soit autrement. Mais, en dehors du cas d’un anarchiste allemand, dénommé Franz [2], il en parle vraiment sans sympathie. Les allusions qu’il fait à la CNT se résument pratiquement à la gestion d’un bordel à Barcelone et au cas d’un chauffeur de taxi qui le laisse en plan – non sans raison reconnaît-il – dans cette ville. Tout juste observe-t-il que les matelots du cargo qui le transporte sont majoritairement de la CNT. Mais, quand il voit de nombreux « bandeaux noir et rouge » il les décrit comme portant « une tête de mort » ( !!!). Manifestement, pour tout ce qui concerne la révolution libertaire, Stein est reparti d’Espagne comme il y était entré : sans rien comprendre. A sa décharge, il faut souligner qu’il n’a vécu qu’entouré de cadres communistes et qu’il ne parlait pas espagnol [3]. Et pourtant, pourtant, malgré ces lacunes qui pourraient paraître rédhibitoires, ce livre présente un intérêt majeur. En effet, si Stein n’a pu saisir l’essence de la situation espagnole, il a parfaitement analysé le rôle du parti communiste. Intellectuel marxiste, expert en fonctionnement du parti, fondamentalement honnête, il disposait pour cela de toutes les « clefs » nécessaires. Stein apporte ainsi une confirmation irréfutable à ce que tout le monde devrait savoir : non seulement les communistes ont anéanti la Révolution mais ils ont aussi, volontairement, coulé la République. Son témoignage est d’une force et d’une valeur exceptionnelles car ses informations sortent du ventre même de la bête.

Et pourtant, pourtant, malgré ces lacunes qui pourraient paraître rédhibitoires, ce livre présente un intérêt majeur. En effet, si Stein n’a pu saisir l’essence de la situation espagnole, il a parfaitement analysé le rôle du parti communiste. Intellectuel marxiste, expert en fonctionnement du parti, fondamentalement honnête, il disposait pour cela de toutes les « clefs » nécessaires. Stein apporte ainsi une confirmation irréfutable à ce que tout le monde devrait savoir : non seulement les communistes ont anéanti la Révolution mais ils ont aussi, volontairement, coulé la République. Son témoignage est d’une force et d’une valeur exceptionnelles car ses informations sortent du ventre même de la bête.

Stein, nous l’avons dit, a été un cadre communiste. Il y croyait. Il aurait probablement été un « pur et dur » s’il n’avait eu ce que les communistes considèrent comme une grave faiblesse : une tendance certaine à penser par soi-même. Au départ choyé par son parti, nommé commissaire politique, responsable d’une section de propagande à Albacete – centre nerveux des Brigades internationales – il est au cœur de la machinerie perverse mise en place par les staliniens pour prendre le contrôle des Brigades internationales et briser tout élan révolutionnaire dans celles-ci et hors de celles-ci. Et là, il voit tout. Son témoignage est celui de sa dessillation jour après jour. Il pointe les crimes du parti communiste. La dénonciation calomnieuse des meilleurs militants qui précède de peu leur meurtre [4]. La liste est longue. Il décrit aussi les liquidations en masse et la conduite volontairement désastreuse de la guerre. L’anéantissement du bataillon Botwin en un seul combat par exemple [5]. Et l’exploitation politique de tout, le mensonge permanent, le retournement de la vérité. Ainsi, les victimes non consentantes du bataillon Botwin deviennent-elles des combattants mythiques (ce qui permet de « faire cracher au bassinet » toute la communauté juive) et le nom des militants abattus par le parti sert à galvaniser les foules communistes auxquelles on annonce une mort héroïque face aux fascistes. A quoi s’ajoutent les fausses lettres de soutien adressées au PC par les prétendus pères des victimes. Une ambiance glauque. La crainte, l’anxiété suintant de partout.

Premières victimes de cette machine à détruire, les idéalistes venus combattre le fascisme dans les Brigades. Ils comprennent petit à petit qu’ils sont englués dans un piège, qu’ils participent à une manipulation criminelle sans précédent. Même les petits leaders du moment ne sont pas à l’abri. A Moscou, il y a des procès, à Albacete, des balles dans la nuque au fond d’une cave. A tout moment, les purges peuvent survenir. Elles sont méthodiquement en préparation, les unes après les autres. Le parti fait régner la terreur partout où il prend le pouvoir. C’est sa méthode de management. Exemple typique de la brute sanguinaire un temps aux manettes : André Marty. L’ancien mutin de la Mer Noire, devenu par la suite dirigeant respectable du parti communiste français, restera dans l’histoire pour ce qu’il a été : le « boucher d’Albacete ».

LE BOUCHER D’ALBACETE

Son seul nom provoquait une épouvante contagieuse dans les rangs des Brigades. Les militants communistes les plus aguerris tremblaient devant lui, car cet assassin était capable de loger publiquement une balle en plein cœur à qui lui déplaisait ou de faire fusiller par ses gendarmes des groupes entiers de combattants parmi les plus valeureux. Stein rapporte des exemples accablants. Autre personnalité de l’époque : Dolores Ibarruri, dite « la Pasionaria ». Si Marty était une brute sanguinaire, Ibarruri était avant tout une imbécile. Pratiquement analphabète, inculte à un point inimaginable – au point qu’elle croyait que les Juifs avaient disparus aux temps bibliques [6].

Autre grand mensonge dénoncé avec vigueur par Stein : l’aide soviétique. Stein montre que l’URSS, loin de servir la république espagnole s’est servie d’elle. A la fois pour les besoins de sa propagande (une façon de contrebalancer l’effet déplorable des procès soviétiques) mais aussi financièrement (en vendant fort cher aux Espagnols des produits – militaires ou alimentaires – totalement hors d’usage). Le lecteur trouvera dans ces pages de multiples exemples vécus.

A l’heure du bilan, que reste-t-il des Brigades internationales ? Son expérience en profondeur conduit Stein à reprend à son compte l’analyse que fait Franz (l’anarchiste allemand cité plus haut) : « Je ne pense pas que ceux qui sont venus rejoindre les brigades internationales avaient de mauvaises intentions. Nombre d’entre eux étaient des idéalistes authentiques. Mais à quoi bon leur idéalisme ? Vous êtes tous devenus ici les instruments des assassins les plus féroces de l’histoire ».

Francesito

RÉFÉRENCES : Sygmunt Stein, Ma guerre d’Espagne. Brigades internationales : la fin d’un mythe. Traduit du yiddish par Marina Alexeeva- Antipov, préface de Jean-Jacques Marie, Éditions du Seuil, mai 2012, 266 pages


NOTES :

[1] En juin 1936, 16 hauts dignitaires communistes historiques, dont Zinoviev (membre du Komintern) et Kaminski (chef de l’Etat soviétique), furent jugés et condamnés à mort sur l’ordre de Staline pour avoir formé un supposé « bloc terroriste contre-révolutionnaire trotskozinoviéviste ».

[2] Probablement parce que Stein, qui parlait entre autres langues l’allemand, put avoir un échange direct avec lui

[3] Les quelques mots retranscrits de l’espagnol se ressentent de cette méconnaissance (« camarados » pour « camaradas », « camiro » au lieu de « comer », « judios » pour « judias »).

[4] Curieusement, alors qu’il rapporte comment le parti « traitait » les militants soupçonnés de la moindre déviation et qu’il connaît parfaitement les méthodes employées, Stein, quand il fait allusion à l’assassinat de Durruti ne fait pas le lien avec l’hypothèse la plus probable : son assassinat par le parti communiste.

[5] Le parti avait obligé les brigadistes de ce bataillon composé de militants juifs à monter les mains nues (au sens littéral du terme) à l’assaut des lignes fascistes suréquipées.

[6] Cette affirmation d’Ibarruri faite au correspondant des journaux Folks-tsaytung de Varsovie et Der Emes de Moscou est à proprement parler sidérante. Faut-il rappeler qu’un moteur fondamental de l’hitlérisme au pouvoir en Allemagne – et fortement engagé aux côtés de Franco – était l’extermination des Juifs ?]– c’était la porte-parole du PC. Stein explique comment le parti lança cet être insignifiant sur le marché politique : avec les méthodes utilisées pour fabriquer une vedette du Top 50. Elle avait en effet les qualités pour : « … très belle, avec ses grands yeux enflammés,..., un nez droit, bien dessiné, les lèvres pleines et sensuelles et une épaisse chevelure noire. Elle avait, de plus, une voix métallique qui tonnait et déferlait comme une tempête » et pratiquement rien dans la tête mais une forte poitrine qu’elle découvrait en partie au moment crucial de ses discours. De quoi la transformer en bête de scène à condition que quelqu’un lui écrive ses « lyrics », ce dont le parti se chargeait[[Si Stein explique le « comment », il n’explique pas le « pourquoi ». Pourquoi en effet, un parti aussi machiste que le PCE choisit-il une (belle) femme pour le représenter ? Cela alors que le PC soviétique, les autres PC, le Komintern n’en avaient aucune à un niveau aussi élevé (et qu’ils avaient laissé assassiner sans scrupule une des rares femmes connues du mouvement communiste de l’époque, Rosa Luxembourg). A l’évidence, c’est que le PC voulait faire pièce à l’influence profonde dans la population espagnole de Federica Montseny militante de la CNT et de la FAI. De fait, Ibarruri a été construite comme une anti-Montseny. La première est pulpeuse et sensuelle alors que l’autre ne joue vraiment pas de sa féminité. Elle est intellectuellement creuse alors que la seconde est cultivée, spirituelle, intelligente. Ibarruri, qui répète en boucle les slogans du parti, est incapable de la moindre critique sur elle-même et sur son parti, alors que Montseny, qui restera une militante anarchosyndicaliste jusqu’à son dernier souffle, fait très rapidement la critique publique de sa participation au gouvernement.

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