VICTOR HUGO : DÉFENSEUR DES DROITS DE L’HOMME

Publié le par Socialisme libertaire

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front,
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.

Victor Hugo

VICTOR HUGO : DÉFENSEUR DES DROITS DE L’HOMME
Poète, auteur, dramaturge, romancier, journaliste, historien, Victor Hugo est avant tout un homme de principes obsédé par la défense de la liberté et la passion de lutter contre l’injustice sociale. Sa phrase : «je suis une conscience» peut, en effet, résumer toute son œuvre et toute sa vie. Conscience des événements qui ont fait vibrer l’âme de son temps, de ses tourments, de ses espoirs, de ses conquêtes mais aussi de la beauté et de la laideur de la nature humaine. Son engagement aux valeurs universelles va faire de lui la voix des faibles et des exclus, revêtant un caractère particulier. Ni l’art pour l’art ni l’art pour la politique mais l’art pour le progrès et pour le bien de l’humanité. Car les Droits de l’Homme ne sont pas, pour lui, un mot vide de sens. Les Droits de l’Homme sont vivants et doivent être défendus en acte. Hugo, qui se disait «porte-parole de l’humanité», a mis sa plume au service «des opprimés de tous les pays et de tous les partis».

LE COMBAT CONTRE LA MISÈRE

«Je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.» Victor Hugo, Discours à l’Assemblée Législative

Au cours de la première moitié du XIXe siècle, la France connaît une révolution industrielle sans précédent qui engendre des transformations économiques et contribue à l’exode rural donnant naissance à une nouvelle classe, celle des ouvriers. Soumis à d’interminables journées de travail, sans sécurité, les travailleurs des ateliers et des manufactures ne gagnent pas de quoi vivre décemment et sont condamnés à vivre dans des conditions de misère absolue. Sensible à la souffrance et à la pauvreté du peuple, Hugo prononce devant l’Assemblée Législative, le 9 juillet 1849, un Discours dans lequel il affirme que la misère n’est pas une fatalité mais est un fléau social qui peut et doit disparaître : « Il y a dans Paris… des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation… Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière».

Hugo entreprend un roman, Les Misères devenu Les Misérables qui met en scène des situations révoltantes telles que l’exclusion sociale de Fantine qui a un enfant hors mariage ou les souffrances de Jean ValJean qui n’arrive pas à s’intégrer dans la société après l’épreuve du bagne. Mais l’auteur des Misérables ne se limite pas à dénoncer la pauvreté. Il passe ainsi à l’action en se rendant en 1851 à Lille, accompagné de médecins et de l’économiste Adolphe Blanqui, pour visiter les caves de Lille et constater sur le terrain des endroits où des familles vivent dans des conditions atroces. Dans un discours rédigé après cette visite, qui ne sera jamais prononcé, Hugo dénonce la misère qui n’est pas seulement la souffrance d’un individu mais la ruine de toute la société. Il évoquera le souvenir des caves de Lille dans L’Homme qui rit où le discours de Gwynplaine dans la Chambre des Lords est un témoignage sur l’injustice sociale et la pauvreté du peuple non seulement en Angleterre mais dans tous les pays industrialisés.

LA CAUSE DES ENFANTS ET LE DROIT À L’INSTRUCTION

«L’enfant doit être notre souci. Et savez-vous pourquoi ? Savez-vous son vrai nom ? L’Enfant s’appelle Avenir.» Victor Hugo, Actes et Paroles, pendant l’exil, 1869

L’enfant occupe une place primordiale dans l’œuvre de Victor Hugo. Théodore Banville a raison quand il écrit à son propos qu’«en poésie, l’Enfant date de lui et n’a commencé à vivre que dans ses œuvres». A cette époque-là, la plupart des enfants des milieux modestes travaillent dès leur plus jeune âge à la campagne ou sont employés dans des usines. Le poème Mélancholia est le témoignage de cette réalité sinistre :

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?

Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?

Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules ;

Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement

Dans la même prison le même mouvement.

Accroupis sous les dents d’une machine sombre,

Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,

Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,

Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer.

Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.

Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.

De même dans Les Misérables Cosette et Gavroche restent des personnages emblématiques et permettent à l’écrivain d’exposer l’exploitation et l’esclavage des enfants mais aussi leur capacité de critique. Mais ce qui différencie Hugo par rapport aux autres écrivains c’est le fait que chez lui l’œuvre prend le relais de l’action et l’action celui de l’œuvre. En effet, il vient en aide aux orphelins et aux enfants en difficulté en invitant à manger chez lui à Guernesey des enfants nécessiteux.
Hugo est le premier à formuler la notion de «droit de l’enfant» dans son discours devant l’Assemblée Législative en janvier 1850. A l’idée selon laquelle l’enfant est considéré comme un objet possédé par la famille et réduit à n’être qu’un instrument de travail, il oppose la conviction que l’enfant est un être à part entière qui a le droit de devenir ce qu’il peut être. Pour lui, l’avenir passe par des enfants en bonne santé et éduqués : «En élevant l’enfant, nous élevons l’avenir. Élever, mot profond ! En améliorant cette petite âme, nous faisons l’éducation de l’inconnu. Si l’enfant a la santé, l’avenir se portera bien ; si l’enfant est honnête, l’avenir sera bon. Éclairons et enseignons cette enfance». En tant que député, il lutte contre la loi Falloux qui met en place le monopole de l’instruction en faveur du clergé car il est convaincu que c’est l’État qui doit se charger d’un enseignement gratuit, obligatoire et laïque ce qui fait de lui un pionnier de la laïcité et de la démocratisation scolaire.

LA LUTTE POUR LES DROITS DE LA FEMME

«Une moitié de l’espèce humaine est hors de l’égalité, il faut l’y faire rentrer : donner pour contrepoids au droit de l’homme le droit de la femme.» Victor Hugo, Actes et paroles

Angelo, Tyran de Padoue est la première œuvre où Victor Hugo aborde la question de la femme. La pièce présente deux figures de femmes : l’une est victime du despotisme d’un mari qu’elle n’a pas choisi et l’autre est victime du mépris de la société car elle est comédienne et a donc une mauvaise réputation. En romancier Hugo compose plusieurs portraits de femmes souffrantes dont celui de Fantine condamnée à la prostitution et à la mort reste le plus emblématique.
Écartée de la vie politique, considérée par la loi comme mineure, exploitée dans la vie et dans le travail, la femme se heurte au XIXe siècle à une difficile reconnaissance sociale. La question de l’émancipation est abordée par Hugo de façon explicite dans la lettre adressée au journal L’Avenir des femmes en 1872 «Dans notre législation telle qu’elle est, la femme ne possède pas, elle n’est pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n’est pas. Il y a des citoyens, il n’y a pas de citoyennes. C’est là un état violent : il faut qu’il cesse.» Étant donné qu’on reconnaît aux femmes la responsabilité commerciale et l’égalité devant la prison, Hugo espère qu’avant la fin du siècle la République proclamera le droit de la femme à l’égalité politique en lui octroyant le droit de vote. «Nous proclamons la femme notre égale avec le respect en plus. Ô femme, mère, compagne, sœur, éternelle mineure, éternelle esclave, éternelle sacrifiée, éternelle martyre, nous vous relèverons». En fait, le combat reprend après l’établissement de la République. Hugo soutient le Congrès ouvrier de Marseille qui est la première organisation masculine à créer une commission féminine. Il exalte aussi le courage des femmes qui se battent pour améliorer la place de la femme dans la société. Louise Michel et George Sand, «qui est un cœur lumineux, une belle âme, un généreux combattant du progrès, une flamme dans notre temps», tiennent une place exceptionnelle.

POUR L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE

«Un seul esclave sur la Terre suffit pour déshonorer la liberté de tous les hommes
Victor Hugo, journal La Gironde, 17 janvier 1862

Au début du XIXe siècle l’esclavage est pratiqué dans la plupart des colonies françaises. Victor Hugo s’est très tôt intéressé à ce problème. Son roman Bug-Jurgal, paru en 1826, met en scène la révolte des esclaves et la lutte de Habibrah pour l’affranchissement de ses frères. Pour Hugo le rapport maître-esclave est insupportable car la liberté est entière, indivisible et universelle. «Aucun compromis. Aucune concession. Aucune diminution. Avoir des esclaves, c’est mériter d’être esclave». Lorsque Hugo se rend compte que la «civilisation» impliquée par la colonisation n’est qu’un leurre et que la colonisation dérive en exploitation et cupidité, il la condamne fermement.

Il se montre alors très favorable à la mesure prise par la IIe République, le 17 avril 1848, sous la pression de son ami Victor Schoelcher, qui abolit l’esclavage dans toutes les colonies et possessions françaises. Inspiré par la fraternité qui est, pour lui, un principe absolu, Hugo voit ses efforts en partie récompensés et s’exclame : «Avant la fin du siècle, l’esclavage aura disparu de la terre. La liberté est la loi humaine… La barbarie recule. La civilisation avance

CONTRE LA PEINE DE MORT

«La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie
Victor Hugo, Discours à l’Assemblée constituante, 15 septembre 1848

Le plus grand et le plus constant de tous les combats que Victor Hugo a menés depuis sa jeunesse est celui contre la peine de mort. Le souvenir de condamnés conduits à l’échafaud a marqué l’écrivain. Hanté par ces exécutions, il ne cessera de dénoncer ce «meurtre légal» qui, pour lui, est un acte de barbarie.
Dans Le Dernier Jour d’un Condamné, il donne la parole à un condamné qui, à la première personne, présente ses impressions et ses sensations à partir du verdict. Il s’agit, en effet, d’un plaidoyer contre la peine de mort qui fait scandale à l’époque. Le même sujet sera repris dans Claude Gueux en 1834. Son souci pour l’amélioration des prisons et la condition des bagnes sera aussi décrit dans Les Misérables (l’image des forçats attachés à la chaîne qui traversent la France). Nombreuses seront aussi ses interventions auprès des gouvernements pour obtenir la grâce des condamnés à mort. Cette lutte s’explique surtout par le respect de la vie humaine mais aussi par le refus de la loi du talion selon laquelle la société agit par vengeance et non par justice. Tuer celui qui tue crée, pour Hugo, un cercle vicieux qui met en cause toute idée de civilisation et de progrès et qu’il faut éviter à tout prix. Car la société «ne doit pas punir pour se venger ; elle doit corriger pour améliorer» et instaurer entre les hommes des rapports de fraternité et non pas de rapports de force.

Hugo a, dans toutes les occasions, pris le parti des opprimés. Il n’est pas un droit qu’il n’ait revendiqué, pas une cause juste qu’il n’ait défendue. Son œuvre est un long combat pour l’avenir, pour l’humanité de demain. Il y a dans son cœur une compassion profonde pour tous les misérables qu’il s’agisse de la société, d’une classe ou d’un individu. Pourquoi ? Parce qu’il est l’HOMME UNIVERSEL.

Chrysoula Rouga

Bibliographie

Un poète en politique, Les combats de Victor Hugo, Henri Pena-Ruiz, Jean-Paul Scot, Flammarion, 2002
Victor Hugo, L’homme et l’œuvre, Jean-Bertand Barrère, Paris Boivin 1952
Victor Hugo témoin de son siècle, Claude Roy, Paris, J’ai lu 1962
Les Misérables, Victor Hugo, (sous la responsabilité de Maurice Allem), Paris, Gallimard
Le Dernier jour d’un condamné, Victor Hugo, Paris, Librio, 2001
Les Châtiments, Victor Hugo, Paris, Nelson, 1957

Sitographie

http://www.senat.fr/evenement/archives/D24/gc.html
http://expositions.bnf.fr/hugo/arret/ind_engag.htm
http://www.victorhugo.culture.fr/fr/citonsHugo2004.pdf
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/VictorHugo_09071849.asp
http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre10994-chapitre48489.html

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Lettre de Victor Hugo à M. Heurtelou,
rédacteur en chef du Progrès

Si l’esclavage est reconnu comme un « crime contre l’humanité » depuis 2001, des esprits visionnaires et avancés se sont insurgés contre cette réalité terrible. Ainsi, en 1860, Victor Hugo défend la cause abolitionniste et prend la défense de John Brown, un Blanc qui fut pendu pour avoir encouragé la révolte des noirs...


Le 1er mars 1860

Vous êtes, monsieur, un noble échantillon de cette humanité noire si longtemps opprimée et méconnue.

D’un bout à l’autre de la terre, la même flamme est dans l’homme; et les noirs comme vous le prouvent. Y a-t-il eu plusieurs Adam ? Les naturalistes peuvent discuter la question ; mais ce qui est certain, c’est qu’il n’y a qu’un Dieu.

Puisqu’il n’y a qu’un père, nous sommes frères. C’est pour cette vérité que John Brown est mort; c’est pour cette vérité que je lutte. Vous m’en remerciez, et je ne saurais vous dire combien vos belles paroles me touchent.

Il n’y a sur la terre ni blancs ni noirs, il y a des esprits ; vous en êtes un. Devant Dieu, toutes les âmes sont blanches.

J’aime votre pays, votre race, votre liberté, votre révolution, votre république. Votre île magnifique et douce plaît à cette heure aux âmes libres ; elle vient de donner un grand exemple ; elle a brisé le despotisme.
Elle nous aidera à briser l’esclavage.

Car la servitude, sous toutes ses formes, disparaîtra. Ce que les États du Sud viennent de tuer, ce n’est pas John Brown, c’est l’esclavage.

Dès aujourd’hui, l’Union américaine peut, quoi qu’en dise le honteux message du président Buchanan, être considérée comme rompue. Je le regrette profondément, mais cela est désormais fatal ; entre le Sud et le Nord, il y a le gibet de Brown.

La solidarité n’est pas possible. Un tel crime ne se porte pas à deux. Ce crime, continuez de le flétrir, et continuez de consolider votre généreuse révolution.

Poursuivez votre œuvre, vous et vos dignes concitoyens. Haïti est maintenant une lumière. Il est beau que parmi les flambeaux du progrès, éclairant la route des hommes, on en voie un tenu par la main d’un nègre.

Votre frère,
VICTOR HUGO

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