★ Qui croire quand il s’agit de science ?

Publié le par Socialisme libertaire

★ Qui croire quand il s’agit de science ?

Il n’est pas toujours facile, pour celles et ceux qui ne sont pas experts en science (sciences dures, économie), de se positionner face à la vérité et dans les débats de société et les débats politiques où la science tient une place prépondérante. La science comporte certainement autant de scientifiques que de points de vue. Il y a des camps, des écoles de pensée, des batailles de légitimité. Il y a aussi des intérêts financiers ou des accointances politiques, orientant l’analyse. Il y a des facteurs culturels (des formes pensées primaires), ou psychologiques (la confiance aveugle, une nature anxieuse, la volonté de se rassurer), qui peuvent jouer dans l’interprétation des données. Essayons donc d’analyser quelles sont les grands types de postures par rapport à la science, et de nous donner une méthode pour mieux sélectionner l’information.

Nous distinguerons 5 types de postures, de la ligne de position la plus critique à la ligne de position la plus légitimatrice :

Catastrophistes - Pessimistes - Modérés - Optimistes - Sceptiques/Négationnistes

Analysons maintenant chacune de ces positions :

Commençons par les deux extrêmes :

Les Catastrophistes : Ils ne croient pas que la science puisse améliorer les choses. Pour eux, tout est fichu. Quoi que nous fassions, nous sommes condamnés, il n’y a pas d’échappatoire possible. Il s’agit d’une posture de résignation, qui n’incite pas à l’action, au changement, à la remise en question. Cette posture d’inaction est ainsi paradoxalement une posture légitimatrice : s’il n’y a aucune porte de sortie, autant laisser les choses suivre leur cours jusqu'à l’effondrement et ne pas y penser.

Le problème est souvent qu’ils occultent ou minimisent toutes les contre-tendances pouvant contredire leur propos, et qui pourraient le discréditer, ou du moins, le tempérer et ouvrir quelques possibilités d’action.

Les sceptiques et les négationnistes : Les sceptiques sont dans le doute perplexe perpétuel qui les amène à une forme de paralysie. Les négationnistes sont clairement dans une posture de rejet de la vérité. Bien que différents dans leurs postures, il existe quelque chose de commun entre les deux : la mise en doute de toute vérité scientifique officielle ou admise (avec un degré d’exactitude plus ou moins critiquable). L’absence de positionnement chez les sceptiques, et le rejet de la vérité admise des négationnistes, amène à la même logique d’inertie que celle des catastrophistes. Encore une fois, les choses peuvent ainsi suivre leurs cours sans que l’on ait besoin d’intervenir pour opérer à des corrections.

Maintenant, passons aux trois positions restantes :

Les optimistes : Ils reconnaissent généralement les problèmes avérés, mais placent dans la science, la création et la capacité d’innovation humaine une confiance et une espérance presque absolue. Au pied du mur, on trouvera les ressources nécessaires pour se relever et l’escalader. Le problème des optimistes, c’est qu’à défaut de connaître l’histoire et la réalité des processus de découverte scientifique et leurs limites, ils se placent dans une sorte de foi religieuse quant à la découverte. Il suffirait d’y mettre les moyens, de donner aux scientifiques plus d’argent, de matériel, de favoriser les échanges et les partages de connaissances, pour qu’ils trouvent des découvertes et des solutions. Peut-être, effectivement, que les chercheurs trouveraient alors beaucoup plus de choses. Cependant, les optimistes oublient que parfois, même souvent, en définitive, en dernière instance, même dans les conditions les plus favorables, la découverte tient dans l’événement, ce qui est imprévu, qui survient sans qu’on ne l’ait anticipé, et que l’on cherche à comprendre par la suite, a reproduire pour en déterminer les régularités, à appliquer, etc. Ainsi, il n’y a aucune certitude que la découverte soit trouvée un jour, et d’autant plus s’il s’agit de la trouver a temps (puisque dans les situations de crise, c’est en vérité une course contre la montre). De fait, s’il s’agit de tout miser sur la découverte, avec une foi aveugle dans la capacité de la science à apporter des solutions (à temps), on ne pense alors pas les possibilités de reconfiguration avec ce que l’on a déjà à portée de main, et on s’expose à l’absence d’un plan d’action qui pourrait limiter l’ampleur des catastrophes.

Les pessimistes : ce sont plutôt de ceux qui auront tendance à prendre le pari contraire. La science ne trouvera pas de solutions, il faut donc se débrouiller avec ce que l’on a déjà, sans compter sur de nouvelles avancées. Ils sous-estiment également le poids des contre-tendances dans leurs analyses. De ce fait, on a une vision de ce qui peut se passer au pire des cas. C’est un peu le « attends toi toujours au pire, tu ne seras jamais déçu ». Il s’agit là d’une position assez raisonnable. Seulement, si on se limite strictement à une telle position, ne donnant aucune chance à la découverte, on s’enferme dans l’inéluctabilité du pire des cas, et on ne se donne pas la possibilité qu’il y ait peut-être mieux.

Les modérés : ne sont pas ceux qui articulent la réflexion entre le « au pire des cas » et le « et sinon, on aura peut-être mieux ». Ils sont déjà dans la synthèse, la moyenne entre pessimisme et optimisme. De ce fait, s’ils minimisent, tempèrent, leur optimisme, on peut leur reprocher d’être trop imprudents encore, et d’espérer ou de promettre, quant au poids des contre-tendances ou des possibilités de découverte. Ils peuvent aboutir à des prévisions trop idéals, au prix de la désillusion et donc de la résignation et de l’inaction.

Quelle position juste ?

Comme nous l’avons vu, les positions catastrophistes et sceptiques/négationnistes conduisent à la légitimation de l’existant et à l’inaction. Elles sont donc à bannir. Les postures optimistes pêchent par absence de compréhension de l’histoire des sciences et des processus de découverte. Elles sont dangereuses car elles constituent une fuite en avant qui n’assure pas ses arrières, et sont donc également à écarter en tant que telles. Les postures pessimistes sous-estiment les contre-tendances et les possibilités de découverte, ce qui fait du pire des cas une prophétie quasiment auto-réalisatrice. Les modérés, dans leur démarche de synthèse et de moyenne, tend à surestimer les dimensions optimistes et donc d’apporter la désillusion.

Chaque position a ses défauts. Les deux positions les plus justes sont celles des modérés et des pessimistes. A ce niveau, il faudrait donc plutôt faire la moyenne entre pessimisme et modération. Ce serait une position certainement encore inexacte, approximative, mais plus proche de la vérité. Mais si l’on ne s’en satisfait pas, et que l’on veut encore pousser les choses plus loin, vers plus d’exactitude, il faut entrer dans la complexité. Cette complexité amène alors à un pessimisme non-fataliste, non résigné, qui se donne des possibilités d’auto-amélioration, sans pour autant placer une confiance aveugle en ceux-ci. Il s’agit de la position « on sait ce qu’on aura au pire des cas, et sinon, on se donne la possibilité d’avoir peut-être mieux ».

Et dans la réalité, à quoi cela correspond-t-il ?

Bien évidemment, cette réflexion est assez abstraite, relève de l’idéal type. Voyons maintenant à quoi correspondent ces positions au niveau de l’écologie, puis de l’économie.

> Concernant l’écologie :

Les catastrophistes sont généralement des décroissants, mais du pendant décroissance subie : rien ne sert d’œuvrer pour la décroissance, puisqu’elle arrivera de toute manière.

Les négationnistes sont des partisans du maintient de la société capitaliste industrielle.

Les septiques la laissent objectivement exister parce qu’ils n’arrivent pas à prendre position. Avec ces trois positions, on va droit dans le mur.

Les optimistes sont des partisans de la croissance verte, du green washing. Certains sont des capitalistes favorables au capitalisme vert, d’autres des anticapitalistes partisans d’une logique prométhéenne. Du point de vue écologique, il existe un grand risque que leurs solutions ne soient pas suffisantes et non condamnent.

Les modérés sont plutôt des partisans du développement durable. On pourrait continuer à se développer à condition d’opérer à quelques changement et d’améliorer les recherches. Encore une fois, il s’agit d’une position certainement encore trop optimiste et manquant de prudence.
Les pessimistes sont des décroissants volontaristes, oscillant entre décroissance assez profonde et décroissance socialement soutenable.

Les pessimistes non-fatalistes sont des décroissants partisans volontaristes partisans d’une décroissance soutenable, conséquente, mais essayant de se donner la possibilité éventuelle d’une situation un peu meilleure.

> Concernant l’économie :

Les catastrophistes sont ceux qui prédisent un effondrement inéluctable et prochain de l’économie capitaliste mondiale. Ils manquent de prudence quand à l’inéluctabilité du système et mènent à une position d’attentisme et d’inaction.

Les négationnistes sont ceux qui pensent que le capitalisme tourne bien, que les problèmes n’en sont pas, que le capitaliste durera éternellement. Ils légitiment l’ordre établi et ne prennent même pas la peine de réfléchir à comment se prémunir des crises.

Les sceptiques sont dans le doute perpétuel. Ils ne s’avancent pas à la proposition de solutions et de perspectives d’action.

Les optimistes sont tous ceux qui pensent que le système va tenir, et que la croissance va repartir, que ce soit par les recettes libérales, keynésiennes, ou protectionnistes/souverainistes. Ils sont trop confiants envers des politiques qui ont fait la preuve de leur inefficacité sur le long terme.

Les modérés sont ceux qui pensent que des possibilités de croissance relative sont possibles à court terme, le temps d’une phase de transition, mais que des changements profonds sont nécessaires à long terme. Encore une fois, il s’agit d’une erreur de méthode, liée à la logique de moyenne entre le discours pessimiste et le discours optimiste.

Les pessimistes pensent de manière péremptoire que la croissance ne repartira pas, quoi que l’on fasse, que les méthodes libérales ou keynésiennes ne marcheront plus.

Le problème des modérés est ainsi de placer une trop grande confiance dans l’efficacité relative de ces méthodes, le problème des pessimistes de sous estimer leurs potentialités de réussite.

Le pessimisme non-fataliste, consiste alors à considérer que si ces méthodes peuvent éventuellement fonctionner à court-terme, à certains endroits, dans certaines circonstances, il est très probable que la situation se dégrade par la suite ; par conséquent, il est alors nécessaire de préparer immédiatement la sortie de ce type d’économie.

(Bien entendu, précisons qu’il ne s’agit là que d’analyses des dynamiques des crises économiques du capitalisme, des récessions et des possibilités de croissance. Il y a beaucoup d’autres raisons, structurelles et éthique, qui font que le capitalisme est nuisible et qui justifient de s’en débarrasser au plus tôt).

Floran Palin

★ Qui croire quand il s’agit de science ?

Commenter cet article

Floran Palin 28/04/2016 21:10

Merci d'avoir relayé cet article.
Un nouvel article est en préparation sur DCL.

Socialisme libertaire 29/04/2016 18:03

... de rien, un grand merci à toi ;-) ★