Comment répondre à des théories antisémites ?

Publié le par Socialisme libertaire

Comment répondre à des théories antisémites ?

Il y a plusieurs type de réactions face à des réflexions, remarques ou théories antisémites. La plus évidente consiste à esquiver d’une manière ou d’une autre, car nous ne souhaitons pas rentrer dans un débat qui nous est anxiogène, car nous ne nous sentons pas l’âme de pédagogue pour racistes ou tout simplement car nous sommes fatigué.e.s de ces conneries. Même type de réponse, la pédagogie du « ma main dans ta gueule » peut aussi être utilisée, si elle ne convaincra sans doute pas l’adversaire, elle pourra au moins le pousser à plus de discrétion dans l’expression de ses idées nauséabondes et nous permettra également d’éviter un ulcère dû à trop de maîtrise de soi.

Parfois cependant l’esquive est impossible et nous estimons qu’une réponse est nécessaire, cela peut être le cas quand l’interlocuteur est un.e proche, un.e collègue, etc. On se demande alors comment faire pour lui répondre, comment le ou la faire évoluer. Cette question est difficile. Comme le complotisme, l’antisémitisme n’est pas un mode de pensée rationnel, mais une grille de lecture du monde basée sur l’idée de l’existence d’un groupe occulte et tout puissant et donc tout à fait capable de produire des preuves de sa non existence, de falsifier l’histoire, etc. Tous les arguments que nous opposerons à une telle vision du monde pourront être repris par les antisémites les plus acharné.e.s comme preuve que décidément « ils » sont très forts. En ce sens, la meilleure méthode pour contrer les discours antisémites est pour nous la démonstration des rapports de classe existant en France, l’expérience de la solidarité face aux oppressions capitaliste, raciste, sexiste, etc.

Nous allons tenter cependant, pour venir en aide à ceux et celles qui s’en sentiraient le courage, de donner quelques réponses, non exhaustives, pour aller à l’encontre des idées antisémites les plus courantes.

« Les Juif.ve.s sont riches. »

Certain.e.s Juif.ve.s sont riches. La plupart ne le sont pas. Ainsi, certaines parmi les principales communautés juives de France sont situées dans des quartiers populaires, comme à Sarcelles. Selon le Fond Social Juif Unifié, 18% des Juif.ve.s de France vivent sous le seuil de pauvreté (environ 900 Euros par mois). À New York, ville du monde comptant le plus de Juif.ve.s, près d’un quart d‘entre eux et elles vivent également sous le seuil de pauvreté.

« Les Juif.ve.s ont tué Jésus / le prophète Muhammad / la maman de Bambi. »

Dans l’Histoire, la religion est souvent prétexte à des massacres et des persécutions. Nous ne prétendons pas que le judaïsme fasse exception. Cependant, cette accusation d’assassins de prophètes se réfère à Jésus Christ, pourtant crucifié et condamné par le justice romaine et non par des Juif.ve.s, sans que personne n’en accuse les Italien.ne.s d’aujourd’hui.

Certaines traditions musulmanes accusent également une Juive dont la famille avait été tuée lors de la bataille de Khaybar d’avoir empoisonné Mahomet. Cependant, la plupart des théologiens musulmans estiment que Mahomet serait mort plusieurs années plus tard (quatre ans séparent Khaybar de la mort de Mahomet), vraisemblablement d’une pleurésie.

Cette accusation d’avoir tué tel ou tel personnage important trouve des déclinaisons concernant à peu près tout les personnages célèbres, de Malcolm X à Yasser Arafat en passant par le commandant Cousteau. Elle ne repose bien entendu sur rien de sérieux, si ce n’est les délires complotistes classiques.

Dans tous les cas, attribuer à un groupe social la responsabilité d’actes qui auraient été commis (sans aucune certitude) il y a plusieurs centaines d’années, qui plus est par une personne ou une poignée de personnes est une attitude raciste.

« Les Juif.ve.s génocident les Palestinien.ne.s. »

Deux idées antisémites sont ici à l’œuvre. D’abord, l’assimilation de l’État israélien aux Juif.ve.s. Pourtant, une majorité des Juif.ve.s du monde vivent en dehors d’Israël et n’ont rien à voir avec la politique menée là-bas. Certain.e.s en sont même des farouches opposant.e.s.

Ensuite, l’accusation de génocide, qui a pour but de relativiser la Shoah en faisant passer l’idée que les massacré.e.s seraient devenu.e.s des massacreurs. Or, si le peuple palestinien est victime du colonialisme et de l’impérialisme israélien, il n’y a pas de la part du gouvernement israélien de volonté d’extermination systématique. Il n’y a ni chambre à gaz, ni camps d’extermination. Les souffrances n’ont pas à être mises en parallèle et on peut défendre la cause des opprimé.e.s sans la rapporter systématiquement au nazisme.

« Les Juif.ve.s contrôlent le monde / la politique francaise / étasunienne. »

Il s’agit ici de dédouaner les États et les bourgeoisies françaises et étasuniennes de leurs méfaits en en rendant responsable la minorité juive. Cette accusation prend souvent la forme d’une focalisation sur certaines personnalités, d’autant plus difficile à contrer que les personnalités en question sont réactionnaires, détestées (et détestables, comme BHL). Leur pouvoir d’influence est largement exagéré, afin de suggérer par association que la minorité juive détiendrait le pouvoir réel, une quantité de pouvoir infiniment supérieure à son poids numérique. C’est un vieux thème antisémite, qui vise à exonérer les politiciens français et la bourgeoisie françaises de ses responsabilités : une aubaine pour l’État et les nationalistes.

Car paradoxalement, cette idée est assez naïve. L’État français ou étasunien ne règle pas sa politique étrangère en fonction d’idéologie, fut-ce le sionisme, mais en fonction de ses intérêts économiques et géopolitiques et des intérêts de sa bourgeoisie. Ainsi, les interventions militaires française en Libye, en Côte d’Ivoire ou au Niger ne sont pas motivées par une volonté de plaire aux Juif.ve.s, mais par la défense des intérêts coloniaux en Afrique. Il en va de même pour les interventions militaires américaine en Irak ou en Afghanistan.

« La Shoah est un business inventé pour défendre Israël. »

D‘innombrables preuves existent aujourd’hui qui démontrent la réalité du génocide juif et sa spécificité. A ce propos nous recommandons le travail de vulgarisation du site http://www.phdn.org/index.html. Certains camps de concentration et d’extermination peuvent aujourd’hui être visités et des documents filmés et photographiés existent concernant la Shoah. De plus, la disparition de millions de personnes et de communautés entières ne peut être niée.

Si les Juif.ve.s ont été durablement traumatisé.e.s par ces faits, le projet politique sioniste date de bien avant, s’inscrit dans la lignée des mouvements nationalistes européens du 19e siècle et a donné naissance aux organisations qui ont menées la guerre contre le colonialisme britannique jusqu’à la création de l’État d’Israël en 1948. À cette époque, la Shoah était encore mal connue et ce n’est qu’à la faveur des procès des criminels nazis après les années 1960 que cette mémoire a pu ressurgir. Bien après la naissance de l’État d’Israël et son affirmation comme puissance régionale.

Il est intéressant de constater que proposer une réponse à cinq questions suffit à couvrir une part importante des clichés antisémites classiques… Preuve, si besoin était, de la pauvreté imaginative des antisémites et preuve également du fait que l’antisémitisme n’a pas tellement changé. On retrouve toujours derrière les mêmes ressorts autour du mythe raciste d’un « peuple » par essence cupide, vénal, assoiffé de sang et déicide…

Les réponses proposées ici sont des propositions, elles peuvent aider à trouver des arguments dans des discussions à ceux et celles, Jui.fs.ves ou non, qui se retrouvent face à l’un ou plusieurs de ces clichés classiques.

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