★ Quelques éléments sur l’histoire du Moyen-Orient

Publié le par Socialisme libertaire

★ Quelques éléments sur l’histoire du Moyen-Orient
Quelques éléments sur l’histoire du Moyen-Orient
ou l’histoire d’une alliance indéfectible entre puissances occidentales et Wahhabisme.

Pour essayer de s’y retrouver derrière les discours autour de ce bourbier, il faut se rappeler que cette alliance apparemment paradoxale est très ancienne. La famille royale d’Arabie saoudite a été mise sur le siège par les Britanniques au lendemain de la 1ère guerre mondiale. De façon générale, l’histoire actuelle est issue des accords de Sèvres au lendemain de la Grande Guerre partageant les décombres de l’Empire ottoman entre la France et l’Angleterre. Et en son cœur depuis 1948 la création de l’État d’Israël et la lutte de la Palestine.

Des jeux de guerre qui durent depuis très longtemps

Petit rappel. Pendant la guerre froide, les États-Unis financent discrètement des mouvements fondamentalistes pour combattre l’influence des communistes. La révolution islamique en Iran a lieu en 1979, la prise d’otage de l’ambassade américaine à la fin de cette année. 1980, l’Irak envahit l’Iran, avec le soutien et notamment la fourniture en armement (pas gratuite, on le verra plus tard) des puissances occidentales. Cette guerre va durer 8 ans avant de revenir aux frontières précédentes, et faire 300000 morts côté irakien, peut-être 1 million côté iranien. Ce fut une guerre terrible avec utilisation d’armes chimiques (fournies par l’occident).
Après la guerre, l’Irak a un problème : il est lourdement endetté. Les puissances occidentales ont un problème : elles ont surarmé une puissance régionale qui est indépendante des États-Unis et de leurs alliés. En 1989, de nouveaux rapports de force internationaux se profilent avec la chute du mur de Berlin. L’Irak envahit alors en 1990 une région du Koweït qui a toujours été contestée entre les deux pays, enclave dessinée aux lendemains de la première guerre mondiale par les britanniques pour lui boucher l’accès à la mer. On sait que les États-Unis l’ont sciemment laissé faire pour aussitôt saisir le conseil de sécurité des Nations Unies. Ce sera au choix la deuxième guerre du Golfe ou la première guerre en Irak, sous l’égide de l’ONU et la direction effective de Georges Bush père, à laquelle participe la France. En 6 semaines, le territoire irakien reçoit environ 80 000 tonnes de bombes, quantitativement autant que l’Allemagne pendant toute la Seconde Guerre mondiale. À la suite de ces bombardements, des milliers de familles sont forcées de fuir le pays. Plus de 100 000 soldats irakiens ont été tués et 35 000 victimes civiles ont péri sous les bombardements. A la fin de la guerre, les kurdes et les chiites, que la coalition avait invités à se révolter contre Saddam Hussein, sont massacrés, sans que celle-ci ne lève le petit doigt. Un embargo total est ensuite imposé. Conjugué à la disparition des infrastructures civiles liée aux bombardements, ses effets sur la population seront terribles. L’Irak est considérablement affaibli, ce qui était le but.
Pendant ce temps, l’Afghanistan a été occupé par l’URSS en 1979, pour soutenir le gouvernement communiste en place. Les troupes soviétiques se retirent en 1989, et c’est le début de la guerre civile entre des combattants en partie formés et armés par les USA. Parmi eux, les talibans prennent le pouvoir en 1996. Al-Qaïda est né de la résistance afghane contre l’union soviétique. Ou plus exactement de la solidarité étrangère à cette résistance, puisqu’ Oussama ben Laden appartenait à une famille saoudienne puissante, elle-même donc proche d’un pouvoir allié indéfectible des États-Unis...
Et le 11 septembre 2001, la situation bascule. Les talibans deviennent l’ennemi à abattre (faute de pouvoir toucher aux Saoudiens ???), et les États-Unis interviennent dès le mois d’octobre.

La seconde intervention politique en Irak : les choix dangereux de Washington

L’accélérateur de l’expansion de l’islamisme politique au sein de la société sunnite, c’est bien sur l’intervention américaine de 2003. Les américains inventent une jolie fable (les armes de destruction massive) et donnent à l’opinion publique internationale l’impression que le régime de Saddam Hussein et l’islamisme d’Al-Qaïda ne sont qu’une seule et même entité. C’est évidemment faux. Le régime en place, mené par le Parti Baas, bien qu’il privilégie la majorité sunnite en Irak ne s’est jamais aventuré dans les méandres de l’islam politique. Régime dictatorial et bien entendu sanglant, il s’inscrit dans la continuité du courant pan-arabe, courant qui cherche à unifier le monde arabe politiquement autour de l’identité arabe et non l’identité musulmane. Les islamistes sont considérés par les membres du parti Baas comme des ennemis politiques et ne prospèrent que très peu en Irak avant 2003.
L’intervention américaine rebrasse les carte. Elle s’appuie en effet sur un modèle de pratiques coloniales classique : privilégier une minorité plutôt qu’une autre. Ces utilisations ont toujours eu court dans les pays occupés (le Sri Lanka en est un exemple frappant). Il est à noter que systématiquement ces utilisations identitaires finissent par une instabilité politique et, à court ou moyen terme, par un bain de sang. Qu’à cela ne tienne, la maison blanche et l’administration Bush foncent tête baissée. Ils confieront donc l’Irak à la majorité chiite, jusque là éloignée du pouvoir par le régime de Saddam. L’une des premières mesure de l’administration Bush, aidé par son pantin, le gouvernement Irakien, est de limoger la totalité des officiers et des sous officiers de l’armée irakienne. Ceux ci se retrouvent sans un sou, privés de travail du fait de la nouvelle discrimination touchant les sunnites. Nombreux seront les militaires Irakiens à rejoindre ce qui s’appelait encore Al-Qaïda en Irak.
Le gouvernement mené par Nouri al-Maliki à partir de 2006 fait exactement ce que lui demande Washington : il ouvre les champs pétrolifères aux entreprises américaines et promet un combat sans merci contre le terrorisme. Ce terrorisme là est à cette époque composé d’une poignée de combattants menant des actions dans les déserts du sud du pays. Les États-Unis lui laissent par contre la mainmise sur sa politique intérieure. Al-Maliki et ses partisans continuent donc à discriminer les sunnites sans relâche. Mais c’est après le départ des soldats américains qu’Al-Maliki se permet de passer à la vitesse supérieure. En s’appuyant sur une population chiite galvanisée et elle aussi très extrémiste, il va mener une série d’actions contre les sunnites. D’abord en faisant arrêter la plupart des représentants légaux, puis en écrasant dans le sang des rassemblements pacifiques sunnites. Cette population sunnite va se voir proposer comme unique force politique les forces islamistes, qui renaissent de leurs cendres à partir de 2008, à mesure qu’Al-Maliki s’enfonce dans la violence et le racisme anti sunnite.
Daesh naitra de là. S’appuyant sur une population soutien ou du moins complaisante qui ne perçoit l’armée Irakienne que comme une des multiples milice chiites qui pullulent dans l’est du pays.

La Syrie, ou comment la confessionnalisation du conflit a entraîné le chaos

La Syrie relève d’une dynamique différente. Le conflit nait d’abord d’une révolution populaire et non violente. Cette révolution est écrasée dans le sang par Bachar El assad. Une multitude de groupe luttent contre l’état. Les groupes proches des mouvements révolutionnaires bien sûr, mais aussi des groupes djihadistes se sont affrontés militairement de manière très dure avec l’armée Syrienne. Mais, au sein de la résistance, c’est bien les djihadistes qui ont prit le pas sur les autres tendances. Et ce grâce à plusieurs facteurs :

  • Les financements de la Turquie (empressée de voir la chute de Bachar), mais surtout des pays du Golfe, où nombre de milliardaires ont vu d’un très bon œil l’émergence d’un groupe djihadiste proche de leur vision traditionaliste et réactionnaire de l’islam. Le royaume voit surtout d’un très bon œil une menace sur la construction d’un oléoduc iranien avec un débouché sur la Méditerranée.
  • L’arrivée de forces militaires et politiques venant d’Irak et regroupées sous la bannière de "l’état Islamique"
  • L’arrivée en force de milliers de combattants, venant des pays occidentaux et attirés par l’orthodoxie religieuse proposé par cette nouvelle organisation millénariste : Daesh. Parallèlement à la monté des Islamistes, le régime de Bachar a joué la carte de "l’anti terrorisme" sur le plan international. Il a réussi à construire une identité religieuse aux rebelles. Les rebelles ne seraient donc que des islamistes. Il s’agirait donc d’une guerre de religion. Cette position avantage Bachar : il peut se remettre dans le jeu international, mais peut aussi liquider toutes les revendications sociales de la révolution et légitimer tous les massacres qu’il a ordonnés. Pour Daesh et son chef spirituel Al-Bagdadi, la Syrie fut donc un moyen de s’étendre militairement et politiquement. Bien que le foyer et le cœur opérationnel de Daesh est en Irak, la Syrie offre une force de propagande immense internationalement. Elle permet de réussir surtout un des souhaits les plus chers de Daesh : créer un état islamiste rigoriste transnational.

Aujourd’hui : Daesh, un monstre qui n’obéit qu’à lui même

Car on aurait bien tort de voir en daesh une entité manipulée, une simple entité capitaliste au sein du monde musulman. Comme toutes les idéologies totalitaires, il dispose d’une dynamique qui lui est propre, de positions politiques intransigeantes, et de volonté expansionnistes à même d’étendre le désastre guerrier bien au delà des simples Syrie et Irak. Les attentats de Paris sont là pour le rappeler. Toute l’histoire du Moyen-Orient aussi. Les décennies qui nous précèdent sont des décennies de manipulations, de coups fourrés à court terme des grandes puissances comme des puissances régionales, mais des coups fourrés qui à chaque fois échappent à leurs auteurs. Car ces intégristes que les puissances occidentales ont aidés contre le communisme ont bien sûr leurs objectifs propres, et notamment de combattre lesdites puissances. Mais aussi parce que dans leur guerre idéologique les puissances occidentales sont empêtrées dans leur alliance avec les états de la péninsule arabique. Le deal initié par les anglais reste toujours le même : appuyer un pouvoir dictatorial et religieux pour avoir la liberté d’exploiter les richesses pétrolières. Sauf que ce pouvoir religieux finance à travers le monde les prédications wahhabites et salafistes, celles-là même qui sont le terreau idéologique dont se nourrissent Daesh et autres Al-Qaïda, au-delà de leur dimension mafieuse. La Turquie est un autre exemple de cette contradiction : pilier du côté américain au moment de la guerre froide au point de faire partie de l’OTAN, le moins qu’on puisse dire est qu’elle combat peu Daesh. Par contre, les Kurdes, qui eux se battent sur le terrain, restent inscrits sur la liste des organisations terroristes...

Manou et Sylvie, Paris

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