Pourquoi les peuples tribaux sont les meilleurs défenseurs de l’environnement

Publié le par Michel

Ci-dessus, en photo: un homme Awá préparant des flèches, Brésil. Les Awá ont une connaissance intime de leurs forêts tropicales et sont des chasseurs extrêmement talentueux. (Photo: Survival International)
Ci-dessus, en photo: un homme Awá préparant des flèches, Brésil. Les Awá ont une connaissance intime de leurs forêts tropicales et sont des chasseurs extrêmement talentueux. (Photo: Survival International)

Les Indiens Awá au Brésil, dans le nord-est de la forêt tropicale amazonienne connaissent au moins 275 plantes utiles, et au moins 31 espèces d’abeilles productrices de miel. Chaque type d’abeilles est associé avec un autre animal de la forêt tropicale comme la tortue ou le tapir.

Dans les années 80, le grand projet Carajás a ouvert les terres Awá aux déforesteurs illégaux et aux éleveurs. Plus de 30 % d’un de leurs territoires ont depuis été détruits.

Les Baka ont développé des codes de conservation sophistiqués, et sont pourtant persécutés par les agents de protection de la faune. (Photo: Selcen Kucukustel/Atlas)

Les Baka ont développé des codes de conservation sophistiqués, et sont pourtant persécutés par les agents de protection de la faune. (Photo: Selcen Kucukustel/Atlas)

Les « pygmées » Baka du centre de l’Afrique mangent 14 types de miel sauvage et plus de 10 types d’ignames sauvages. En laissant une partie de la racine intacte dans le sol, les Baka propagent des poches d’ignames sauvages — un des aliments préférés des éléphants et des sangliers sauvages — à travers la forêt.

Les Baka ont appris à ne pas sur-chasser les animaux de la forêt. Une femme Baka explique, « lorsque vous trouvez une femelle avec ses petits, vous ne devez pas la tuer. Pire encore, quand les petits animaux marchent aux côtés de leurs mères, il est strictement interdit de les tuer ».

Mais malgré leur connaissance intime de leur environnement, les Baka du sud-est du Cameroun sont susceptibles d’être arrêtés, battus, torturés voire tués par les agents de la faune sauvage financés et soutenus par le WWF, ce géant de la conservation.

Les Bushmen consomment plus de 150 espèces de plantes et leur régime est très riche en vitamines et en nutriments. Pourtant les derniers Bushmen chasseurs du Botswana sont maltraités, torturés, et arrêtés lorsqu’on les trouve en train de chasser pour nourrir leur famille.

Une mère Bushman et sa fille cueillant des baies au cœur de la réserve du Kalahari. (Photo: Philippe Clotuche/Survival)

Une mère Bushman et sa fille cueillant des baies au cœur de la réserve du Kalahari. (Photo: Philippe Clotuche/Survival)

Un Bushman explique, « je sais comment prendre soin de la faune. C’est pourquoi je suis né avec elle, j’ai vécu avec elle, et c’est pourquoi elle est toujours là. Si vous allez dans ma zone, vous trouverez des animaux, ce qui montre bien que je sais comment prendre soin d’eux. Dans d’autres zones, il n’y a plus d’animaux ».

Les Baiga en Inde ont mis en place leur propre projet afin de « sauver la forêt du service forestier » — ils ont défini des règles pour leur propre communauté et pour les étrangers, afin de protéger la forêt et sa biodiversité. Ainsi, la disponibilité de la réserve en eau a augmenté et ils ont été en mesure de collecter plus d’herbes et de produits médicinaux dans la forêt.

Une femme Baiga surplombant la forêt de sa tribu. Des milliers de Baiga ont été expulsés de leurs terres au nom de la « conservation » du tigre. (Photo: Harshit Charles/ Survival)

Une femme Baiga surplombant la forêt de sa tribu. Des milliers de Baiga ont été expulsés de leurs terres au nom de la « conservation » du tigre. (Photo: Harshit Charles/ Survival)

Les Baiga ne chassent pas le tigre — au contraire, ils appellent cet animal leur petit frère — mais comme de nombreuses tribus en Inde, des milliers de Baiga ont été illégalement, et de force, expulsés de leurs terres ancestrales au nom de la « conservation » du tigre, tandis que les touristes sont maintenant les bienvenus.

A ce propos, l’excellent documentaire de Wilfried Huismann sur le WWF et la « conservation » du tigre, entre autres choses: « Le silence des pandas »

Un Baiga explique que: « les gardes de la forêt ne savent pas comment prendre soin du tigre. S’ils en voient ils amènent groupes après groupes d’étrangers pour venir le voir. Cela nuit beaucoup au tigre, mais les gardes du parc ne le comprennent pas ».

Il y a bien d’autres exemples qui illustrent le fait que les peuples tribaux sont les meilleurs défenseurs de l’environnement et les meilleurs gardiens du monde naturel — des images satellites et des études universitaires ont montré que les peuples indigènes constituaient une barrière vitale contre la déforestation de leurs terres. Pourtant, les peuples tribaux sont expulsés illégalement de leurs terres ancestrales au nom de la « conservation ». On prétend souvent à tort que leurs terres sont des régions immaculées, alors que les peuples tribaux en sont dépendants, et en prennent soin, depuis des millénaires.

Le parc indigène Xingu (entouré en rose) abrite plusieurs tribus. Il fournit une barrière vitale contre la déforestation (en rouge) en Amazonie brésilienne. (Photo: Instituto Socioambiental)

Le parc indigène Xingu (entouré en rose) abrite plusieurs tribus. Il fournit une barrière vitale contre la déforestation (en rouge) en Amazonie brésilienne. (Photo: Instituto Socioambiental)

Le directeur de Survival International, Stephen Corry, explique que: « les peuples tribaux sont les meilleurs défenseurs de l’environnement — après tout, ils en dépendent, et en prennent soin, depuis des millénaires. Pour que la conservation fonctionne réellement, les conservationnistes doivent demander aux peuples tribaux ce dont ils ont besoin afin de protéger leurs terres, les écouter, et se préparer à les soutenir autant que possible. Un changement majeur dans la manière d’appréhender la conservation est urgent. »

Article original publié le 19 juin 2015 (en anglais) sur le site de Truth-Out.

Traduction: Nicolas Casaux

Édition & Révision: Héléna Delaunay & Emmanuelle Dupierris

Commenter cet article