★ Comprendre le fascisme : une nécessité pour le briser !

Publié le par Socialisme libertaire

★ Comprendre le fascisme : une nécessité pour le briser !

Nous l'avions évoqué dans le numéro 79 d'IAL : à la faveur de la crise capitaliste se développent des mouvements de type fasciste, et plus largement l'influence idéologique et culturelle grandissante du fascisme. Ils différent du nationalisme classique par leur idéologie, mais aussi leur base sociale. C'est ce qui, de marginaux, les met en situation de progresser rapidement en période de crise et de capter une partie des couches sociales qui pourraient être tentées par une perspective révolutionnaire.

Ces mouvements servent de supplétifs à la bourgeoisie et à l’État dans leur politique de division des classes populaires.

Tenus aujourd'hui à l'écart du pouvoir, ces groupes sont appelés à prendre de l'importance à mesure de l'accroissement de la conflictualité sociale qui peut se produire en réaction à la guerre de classe menée par la bourgeoisie. Cette tendance est perceptible à l'échelle internationale et il n'y a aucune raison que la situation française y fasse exception. C'est pour mieux lui faire face qu'il nous faut prendre le temps d'une analyse.

Un peu d'histoire : les caractéristiques de l'idéologie fasciste
Le fascisme est le fruit d'une synthèse « sociale et nationale » qui se forge en France à la fin du XIXème siècle, dans une période d'intense maturation idéologique. Cette synthèse prend son origine dans une série de rapprochements entre des éléments du mouvement socialiste d'alors et les théoriciens d'un nationalisme révolutionnaire.

Le boulangisme, populisme nationaliste mobilisant contre la république bourgeoise et le parlementarisme, derrière une figure militaire, des militants nationalistes et des militants socialistes, représentera l'une des étapes de cette maturation. L'affaire Dreyfus et le développement d'un antisémitisme politique qui influencera de nombreux socialistes de toutes tendances en représentera une autre étape. Ce processus trouvera son aboutissement dans la création du « cercle Proudhon », qui réunira autour d'un idéologie « sociale et nationale » les monarchistes « sociaux » de l'Action Française proche des idées de Charles Maurras et Maurice Barrès et militants issus du mouvement socialiste et syndicaliste révolutionnaire proche de George Sorel et de Lagardelle.

Ce sont les militants réunis au sein de ce « Cercle Proudhon » qui fourniront la base des premiers groupes fascistes en France : Valois et Lagardelle se retrouvent dans la fondation de la première organisation fasciste, le faisceau, au côté d'industriels milliardaires. Le « cercle Proudhon », et son précurseur idéologique, Georges Sorel, sera de l'aveu même de Mussolini, l'un des principaux inspirateurs du premier fascisme italien. Les syndicalistes révolutionnaires italiens influencés par le théoricien français et les socialistes anticonformistes animés par une démarche de « révision du marxisme » constitueront une partie des troupes fascistes originelles.

Cet héritage idéologique est revendiqué par les fascistes contemporains, des identitaires à Égalité et réconciliation » : Georges Sorel, le « cercle Proudhon », et Proudhon lui même, (interprété sous le prisme de ses écrits les plus réactionnaires, comme figure d'un socialisme « national », antisémite, misogyne, antimarxiste).

Une série de convergences idéologiques ont fourni la matrice de la pensée fasciste :

_ Une révolte « anticapitaliste » qui s'en prend avant tout à la « culture bourgeoise » (c'est à dire à l'aspect politique du libéralisme et non à son aspect économique) et non au capitalisme en lui-même : cette « révolte », posture « rebelle» ne remet pas en cause la propriété privée, et les rapports de production capitalistes, l'existence de classes sociales. Le système capitaliste étant considéré comme facteur de progrès et indépassable, la critique dissocie artificiellement le « capitalisme industriel » et le « capitalisme financier », promouvant un corporatisme et une collaboration de classe au nom de l'intérêt « national ». Le discours antisémite prend alors le relais pour associer « capitalisme financier » et « juifs », et ainsi construire une logique de « boucs émissaires » qui évitera toute remise en cause du capitalisme, qui préservera la classe bourgeoise en substituant une lecture racialiste à une lecture de classe.

_ Le rejet du rationalisme et du matérialisme, c'est à dire de la tradition philosophique (dans laquelle s'inscrit l'anarchisme) remise au goût du jour par les lumières, qui affirme la capacité critique de l'individu, et qui place l'individu comme point de départ pour la réflexion politique. Ce rejet du rationalisme est permis par un anti-intellectualisme qui rejette la raison au profit des émotions, qui défend l'utilisation des mythes comme moteurs de l'histoire et outils de mobilisation des masses considérées comme irrationnelles (Sorel voit d'abord la grève générale comme mythe mobilisateur et non comme stratégie concrète, il lui substituera aisément celui de la nation quand le mouvement ouvrier refluera). Les fascistes affirment la primauté absolue de « la société » qu'ils amalgament avec «l’État » et « la Nation », sur les individus. Ce mépris de l'individu est associé à un discours élitiste, anti-égalitaire, qui réserve à une élite la conduction des affaires politiques (d'où le rejet de la démocratie, même directe), et qui met en avant la hiérarchie comme facteur de cohésion sociale, considérant l'inégalité comme naturelle et indépassable.

_ La misogynie, la conception patriarcale qui ne voit dans les femmes que des instruments de reproduction du corps national, conçu comme un organisme vivant. S'y rajoutent une homophobie virulente, les homosexuels étant perçus comme menace à cette logique reproductive.

_ Le nationalisme et ses corollaires le racisme et l'antisémitisme (désignant « ennemis intérieurs » et « ennemis extérieurs » au corps national).

_ Un discours « social » qui s'appuie sur l'affirmation d'une prétendue résolution de la question sociale par la question nationale, qui fait porter aux minorités nationales (arabes, noirs, juifs, …) et aux étrangers la responsabilité de l'appauvrissement provoqué par les capitalistes, en mettant en avant la nécessité de la collaboration de classe au nom de « l'intérêt national ».

La posture « rebelle », « l'anticapitalisme » culturel, le discours social, la prétention « anti-impérialiste » (qui se résume à une défense de l'impérialisme français masqué derrière la critique de l'impérialisme d'autres États), la conviction des fascistes d'être « révolutionnaires» contre le « système », tout cela permet au fascisme d'agréger des révoltés des « classes moyennes » et des classes populaires, profitant du confusionnisme idéologique et de la faiblesse des organisations ouvrières. On peut en observer les effets dans la capacité du fascisme à s'agréger des « idiots utiles » de circonstance, issus de la gauche, de l'extrême gauche altermondialiste, tels que Meyssan, Bricmont, Collon et bien d'autres, au nom de l'anti-impérialisme ou d'un pseudo « anticapitalisme » teinté de nationalisme.

La crise et la tentation fasciste
Si jusqu'à présent les fascistes ne sont soutenus (y compris financièrement) que par une fraction minoritaire de la bourgeoisie (la démocratie représentative représente une forme plus économique de la domination de classe, suscitant une adhésion d'une partie des exploités au régime et à l'ordre social), il n'est pas exclu qu'ils deviennent pour une majorité de celle-ci un recours visant à écraser les luttes populaires si celles-ci venaient à se développer. Les fascistes auraient ainsi la possibilité de se lancer à la conquête du pouvoir, trouvant des relais au sein de l'appareil d’État et de la bourgeoisie. A défaut de servir de bras armé, de dérivatif de la colère populaire vers la guerre du « tous contre tous », dressant les minorités nationales les unes contre les autres, en divisant les classes populaires sur une base racialiste.

L'inclinaison idéologique nationaliste actuelle montre s'il est besoin que ce potentiel se développe rapidement à mesure que s'approfondit la crise sociale et la crise de régime.

Face au fascisme : l'alternative anarchiste
En plus de la nécessaire autodéfense face aux fascistes, ce sont les luttes populaires de rupture, fondée sur une éthique et une pratique antihiérarchique, associées à la perspective révolutionnaire d'une société égalitaire, libertaire et internationaliste qui constituent le meilleur rempart contre le fascisme.

En effet, les avancés du fascisme sont fait des reculs du mouvement ouvrier, et plus largement de l'ensemble des mouvements émancipateurs, qui portent l'exigence de liberté et d'égalité politique, économique et sociale, entre les individus. Ces reculs sont liés au découragement produit par les échecs des luttes populaires, mais aussi par la conviction largement partagée qu'il n'existe pas d'alternative au capitalisme, à l’État, à la hiérarchie, à l'inégalité sociale et instituée.

Nous affirmons pourtant qu'il existe un projet de société qui concilie l'exigence de liberté et d'égalité sociale entre individus, qui répond aux aspirations des individus et des classes populaires à la dignité et à l'émancipation, qui rend concret la perspective de l'abolition des classes, de l’État, de la hiérarchie et des inégalités sociales. Ce projet de société, c'est celui de la société communiste libertaire, fondée sur la propriété commune des moyens de production, leur gestion directe par les travailleuses et travailleurs au moyen de la démocratie directe, du fédéralisme libertaire (décision collective, mandatement contrôlé et révocable, libre association).

Nous affirmons qu'une telle organisation sociale est non seulement souhaitable mais aussi possible, puisque ses germes existent dans les pratiques d'entraides actuelles et passées, dans la capacité critique des individus et leur volonté.

« Le fascisme partout », un tic inopérant
Un tic reste prégnant dans les milieux militants, même libertaires. Dès que l'État durcit la répression, certains crient aussitôt au fascisme. Ou bien ils le voient partout, au risque de galvauder et le mot et la situation. Si jamais un régime vraiment fasciste arrivait, que crierait-on alors ? Et dans un régime authentiquement fasciste, la publication de cet article serait impossible.
Non, tout n'est pas fasciste. Si l'État est intrinsèquement autoritaire, il n'est pas forcément fasciste, ou alors tout est dans tout, et rien n'est dans rien (...)

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Floran Palin 03/09/2015 14:33

Très bonne analyse de la CGA. Ceci dit, elle passe un peu trop vite sur la question de l'"anticapitalisme", qu'elle n'analyse que d'un point de vue lutte de classe. Bien entendu, le fascisme s'attaque au capital fictif et à toute la dimension virtuelle du capitalisme, sans s'attaquer à sa base concrète. ça a été très bien interprété par Moishe Postone. Mais cet "anticapitalisme" un peu comme le front de gauche et les économistes atterrés en fait. Ils ne comprennent en fait rien à Marx, à la critique de l'économie politique, à la dynamique structurelle du capitalisme. Ils ne voient ni le fait que le capital fictif est une perfusion du capitalisme qui lui a permis de perdurer depuis les années 70, ni que sans celui-ci, le capitalisme entre en crise profonde très rapidement. En gros, les fascistes, en critiquant la moralité des individus plutôt que les dynamiques des structures économiques de base, ne proposent que l'aggravation de la crise économique. C'est ça que devraient pointer la gauche... la gauche radicale... les anticapitalistes. Après, est-ce que c'est conscient chez les fascistes, les rouge-bruns, ou est-ce que ce sont des ignorants finis qui n'ont rien compris à Marx ? Je ne sais pas. Le fait est que la crise peut mener à la guerre... et que les fachos sont les agents qui se chargent d'y mener le peuple.