Génocide cambodgien

Publié le par Socialisme libertaire

Génocide cambodgien
« Qui proteste est un ennemi, qui s’oppose est un cadavre »  Pol Pot

Cambodge – 1975-1979

Nombre de victimes : environ 2 000 000 morts

Qualification : génocide reconnu, crimes de guerre, crimes contre l’humanité

Motifs du crime : origine ethnique ou nationale, religion, convictions politiques, conditions sociales

Le royaume môn-khmer du Cambodge connaît son apogée au 12e siècle, avec la cité d’Angkor. Mais les luttes incessantes entre les hindouistes et les bouddhistes le déchirent si bien, qu’en 1863, lorsque la France offre sa protection au pays menacé par les Thaïlandais, le roi Norodom Ier accepte. Le Cambodge devient une colonie française, et le demeure jusqu’à son indépendance, proclamée en 1953 par le roi Norodom Sihanouk II. Au début de la guerre du Vietnam, en 1965, le roi Sihanouk cherche à préserver la neutralité de son pays, sans parvenir à empêcher le Parti communiste khmer de commencer, en 1968, la lutte armée contre le pouvoir royal. En 1970, dans un climat d’endiguement du communisme en Asie du Sud-Est, un coup d’État militaire, dirigé par le général Lon Nol et soutenu par les États-Unis, renverse le roi Sihanouk, et précipite le Cambodge dans une effroyable guerre civile qui, en cinq ans, fait 300 000 morts. Inévitablement la guerre du Vietnam déborde au Cambodge, opposant pro et anti-Américains. Le 17 avril 1975, alors que le Vietnam du Nord communiste, est sur le point de gagner la guerre contre le Vietnam du Sud, proaméricain, les rebelles communistes khmers rouges de Pol Pot (de son vrai nom Saloth Sar), s’emparent de Phnom Penh, la capitale cambodgienne.

Pour les Khmers rouges au pouvoir, un million de jeunes gens ethniquement et socialement purs suffisent pour construire le nouveau Cambodge communiste, renommé Kampuchéa démocratique. Pour purifier le pays, il leur faut donc rééduquer, sinon éliminer tous leurs compatriotes attachés à la culture traditionnelle ou soumis à l’influence occidentale. Les groupes ostracisés sont les anciens soldats, les fonctionnaires et les intellectuels (a priori, tout individu sachant lire et écrire), les riches, les autorités religieuses, les minorités ethniques. Un des principes d’égalité prônés par l’Angkar (l’organisation politique des Khmers rouges) promet aux bons citoyens « une maison toute prête et des vêtements tout prêts, une machine pour vous nourrir, et un rabot pour rectifier les visages afin qu’ils deviennent tous identiques ».

La langue khmère devient la seule autorisée. Les religions sont interdites. Toutes les infrastructures économiques et sociales sont démantelées, notamment les écoles et les hôpitaux. La propriété personnelle est abolie. Le chef des Khmers rouges, Pol Pot, transforme le pays en un gigantesque camp de travail forcé.

Le régime des Khmers rouges est impitoyable. Son objectif est la purification ethnique, religieuse, politique et le nettoyage social. Cas unique dans l’histoire des génocides du 20e siècle, celui des Cambodgiens est fratricide. Les termes « autogénocide » et « endogénocide » le décrivent avec plus de justesse.

Quelques jours après avoir pris le pouvoir, les Khmers rouges mettent en place leur plan de rééducation. Ils commencent par évacuer tous les citadins vers les campagnes, les obligeant à y travailler sur une base communautaire. Leur objectif officiel est la réalisation d’une société communiste agraire autosuffisante, mais les déportés sont progressivement exterminés par les marches exténuantes, le travail forcé harassant, la sous-nutrition intentionnelle, la maladie et les exécutions.

Le régime liquide sans procès tous ses opposants ou dissidents potentiels, accusés d’avoir « un esprit vietnamien dans un corps khmer ». Il n’épargne pas même ses propres partisans dès que se pointe une apparence de difficulté politique ou économique. La dénonciation arbitraire fait des ravages. Obsédé par le complot, le régime khmer évacue en 1978 toute la zone orientale du Cambodge. Les centaines de milliers de paysans déplacés dans le Nord-Ouest sont marqués d’un signe distinctif (un foulard bleu qui n’est pas sans rappeler l’étoile jaune des Juifs) qui les condamne à la discrimination et au massacre. Les Khmers rouges s’en prennent aussi aux minorités ethniques. Les Chams musulmans (qu’on exécute au moindre refus de manger du porc), les Chinois et plus encore les Vietnamiens (perçus comme des ennemis héréditaires) sont tous soit expulsés, soit massacrés. L’endoctrinement idéologique atteint des sommets : les Khmers rouges misent sur le soutien des plus pauvres et de la jeunesse, auxquels ils font miroiter un avenir qu’ils n’auraient jamais espéré.

Aucun régime politique du 20e siècle ne généralisa à ce point la peine de mort pour des délits véniels : vol de trois bananes dans un champ, visite clandestine à sa famille, absence momentanée du travail, consommation d’alcool, relations sexuelles hors mariage, pratiques religieuses ouvertes, etc.

Outre les 300 000 morts de la guerre civile, entre 1 700 000 et 2 000 000 de Cambodgiens ont perdu la vie sur une population estimée à 7 900 000 habitants, soit plus de 20 %, dont une majorité khmère.

Exaspéré par les provocations du régime khmer rouge, le Vietnam envahit le Cambodge, prend le pouvoir en décembre 1978 et installe un régime provietnamien contrôlé par Hun Sen. Cette nouvelle guerre fait à elle seule 150 000 morts et plus de 650 000 réfugiés à la frontière thaïlandaise. Lorsque, sous les pressions internationales, les envahisseurs se retirent en 1989, le Cambodge est dans une situation précaire.

En 1993, l’ONU organise des élections au Cambodge. Des Khmers rouges dissidents de Pol Pot et provietnamiens les remportent sous la direction de Hun Sen, qui devient premier ministre. Une nouvelle constitution est proclamée. Le roi Norodom Sihanouk retrouve son trône, mais non pas le pouvoir. En 2004, il cède sa fonction à son fils cadet Norodom Sihamoni.

Cependant, la justice semble ne pas vouloir s’accomplir. Depuis 1993, les manuels scolaires ne contiennent aucune allusion au terrible régime khmer rouge, sous prétexte qu’il vaut mieux oublier le passé douloureux, pour ne pas risquer de déstabiliser à nouveau le pays.

Le premier des responsables khmers rouges, Pol Pot, est décédé en avril 1998 dans des circonstances non éclaircies, sans avoir eu à affronter une sanction légale. Ta Mok, commandant militaire de Pol Pot surnommé le « boucher », et Douch (de son vrai nom Kang Klek Leu), ancien directeur du centre de détention et de torture de Phnom Penh, ont été emprisonnés en 1999 sous l’inculpation de génocide et de crimes contre l’humanité. Mais la majorité des responsables du génocide sont encore impunis. Ainsi, quelques dirigeants khmers rouges ont négocié leur reddition dans les années 1990 ; « pardonnés », ils vivent au Cambodge en toute liberté.

Après sept ans de pourparlers laborieux avec le premier ministre Hun Sen, hostile à toute juridiction échappant à son contrôle, les Nations Unies ont accepté en mai 2000 un compromis qui a ouvert la voie à un tribunal mixte cambodgien et international (Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens – CETC) appelé à juger pour génocide et crimes contre l’humanité les responsables khmers rouges. Dix-sept juges cambodgiens et dix juges étrangers ont prêté serment en juillet 2006. Le procès devrait durer trois ans. Toutes les décisions nécessiteront l’accord d’au moins un juge étranger. L’identité des accusés n’est pas encore clarifiée, mais Kang Kek Leu, alias Duch, l’ancien responsable du centre de torture S-21 à Tuol Sleng où sont morts 16 000 personnes et Nuon Chea (ancien bras droit de Pol Pot surnommé Frère nº 2) ont été inculpés de crime de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre par le tribunal du génocide cambodgien. Nombre de Cambodgiens craignent que les principaux chefs khmers rouges, tous octogénaires, ne disparaissent avant leur procès, ou que la justice ne soit pas équitable en raison de l’implication dans le génocide de personnes actuellement au pouvoir au Cambodge.

Les lieux où les atrocités ont été commises, particulièrement les charniers de Choeung Ek (appelé aussi killing fields) et de Tuol Sleng rappellent à tous les crimes des Khmers rouges. La mémoire du génocide est conservée à Tuol Sleng (camp S-21), l’ancien camp de torture et de détention des Khmers rouges à Phnom Penh, transformé en musée. On y a rassemblé témoignages, ossements, instruments de torture et photos de milliers de victimes prises avant leur exécution. À l’Université Yale (Connecticut, États-Unis), le Cambodian Genocide Program rassemble des preuves et étudie le génocide cambodgien. Ainsi, près de 5 000 photos de victimes ont été mises sur le réseau Internet, dans l’espoir que des gens les reconnaissent.

Photos de victimes au musée Tuol Sleng du génocide, ancienne prison S-21.

Photos de victimes au musée Tuol Sleng du génocide, ancienne prison S-21.

Mission gouvernementale de recherche sur le génocide, regroupement des ossements, années 1980, province de Svay Rieng.

Mission gouvernementale de recherche sur le génocide, regroupement des ossements, années 1980, province de Svay Rieng.

Génocide cambodgien

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