★ Tabloïds, relais du populisme

Publié le par Socialisme libertaire

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" Nous pensons avoir le palmarès du populisme avec nos stars locales (hors concours) françaises : les candidats et militants du FN (qui se sont déchaînés lors de la campagne des départementales) et leurs relais-attachés de presse : les Zemmour, Buisson, Soral, Dieudonné, qui crachent leur venin, soit au sein de leurs petits cercles restreints de fanatiques qui les répandent ensuite dans les réseaux sociaux, soit officiellement invités par les grands médias télévisuels hexagonaux. Mais, nous autres Français, avons la trop fâcheuse tendance à nous croire les meilleurs en tout. Or, sans tourner la tête trop loin, il suffit de porter nos regards outre-Manche pour s'apercevoir que les Britanniques ne sont pas en reste avec leurs tabloïds, ces relais populistes ayant pignon sur rue, jusque dans les kiosques des plus petites bourgades british. Vendredi dernier, Katie Hopkins, l'alter ego féminine de nos cracheurs de haine « made in France », a répandu ses immondices dans les colonnes du Sun, au sujet du naufrage du chalutier chargé de 700 passagers tentant de rejoindre l'Europe et dont seulement 28 survivants ont été sauvés par un navire marchand portugais à 110 kilomètres des côtes libyennes. Hopkins propose dans le titre du papier de remplacer les bateaux des secouristes par des navires de combat pour stopper les migrants ! Le ton est donné et s'envole dans l'accroche (traduction plus ou moins approximative) : « Les naufragés, je m'en fous. Montrez-moi les images de cercueils. Montrez-moi les corps flottants dans l'eau. Jouez du violon et montrez-moi des personnes affamées et tristes. Je m'en fous toujours autant. » Dans la suite de l'article, si l'on peut qualifier ce torchon d'article, elle compare les migrants en général à « de la vermine », les migrants qui tentent désespérément de monter à Calais dans les camions traversant la Manche par le tunnel à « une peste d'humains sauvages », tandis qu'à cause d'eux, « certaines villes anglaises sont devenues des plaies putrides où des nuées de migrants et de demandeurs d'asile empochent les allocs comme si c'était de l'argent du Monopoly »... Et Hopkins de poursuivre, comme si cela ne suffisait pas : « Ces migrants sont comme des cafards. Ils peuvent ressembler un peu à l'Éthiopie de Bob Geldof [concerts organisés dans les années 1980 par Live Aid, une association humanitaire luttant contre le sida], mais ils sont construits pour survivre à une bombe nucléaire. Ce sont des survivants... »

Comment peut-on survivre sans honte après avoir écrit des horreurs pareilles ? Comment un journal, même un tabloïd lu par deux millions de lecteurs peut, sans avoir honte, publier des tribunes telles que celle-là ? Aurait-ce à voir avec l'approche des élections législatives du parti UKIP, farouchement anti-immigration et en pleine ascension en Grande-Bretagne ? Certainement. Mais il faut également noter la différente approche de l'information dans nos deux pays. En France, nous sommes plutôt habitués à entendre nos agités du bocal s'exprimer dans des émissions grand public (il est vrai suivies par des milliers de personnes), dans les grandes manifs réactionnaires (anti-avortement, anti-mariage pour tous, etc.), sur les réseaux sociaux mais pas encore à s'étaler dans les colonnes de notre presse nationale (les champions du tirage de la presse payante étant à ce jour les quotidiens : Le Parisien, Le Figaro, Le Monde et L'Équipe, ce dernier, publié à environ 250 000 exemplaires). Notre presse à nous est plutôt douée dans l'exercice de la langue de bois, le politiquement correct, la novlangue en quelque sorte... S'apercevoir qu'au Royaume-Uni ce sont les tabloïds qui relaient ces immondices, plutôt que les émissions débilisantes chez nous, ne change pas grand-chose au fond du problème. Les fachos sauce grenouilles seraient-ils plus malins que leurs alter ego britanniques, sachant que les paroles s'envolent quand les écrits restent ? Franchement, je ne le pense pas, propos racistes oraux ou écrits, ces derniers n'en véhiculent pas moins les mêmes mots, les mêmes images qui pénètrent de façon lancinante dans la tête des gens de la moyenne (pour reprendre le terme de Colette Magny). Mots et images qui nous sont insupportables à nous autres militants pour un monde sans états et sans frontières. Mille six cent cinquante personnes sont mortes depuis le début de l'année en essayant de traverser la Méditerranée, pour fuir des pays envahis par les fanatiques religieux et autres tortionnaires autoritaires, selon les organisations non gouvernementales. Un chiffre effrayant en soi et qui ne mérite aucun autre commentaire. "

Patrick Schindler
 

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