L’écologie naufragée

Publié le par Michel

L’écologie naufragée

Je suis de ceux qui proposent trois stades de développements de l’humanité.

- L’humanité connut le temps de la foi durant lequel l’homme était soumis à une loi hétéronome, dictée par des dieux, c’est-à-dire par des gourous parlant en leurs noms.

- L’humanité accéda, en un deuxième temps, en plusieurs siècles d’évolution, en Europe, au règne de la raison qui vit l’homme se soumettre à la loi de l’État, notamment démocratique.

- Vient maintenant, le troisième stade, celui de l’empathie.

Rien ne prouve que cette mutation, sans laquelle l’humanité compromettra sa survie, sera réussie.

Nous, biocentristes, travaillons à l’émergence de l’empathie, en opposant la solidarité à la concurrence, la compassion à l’exploitation, le respect du vivant au culte frénétique du profit, la bienveillance envers tout être, par-delà sa race et son espèce, la biophilie contre la thanatophilie, contre le dualisme homme nature.

Pour impérieuse que soit la nécessité de la mutation, elle ne se heurte pas moins à des forces hostiles, d’autant plus agressives que nos idées progressent dans les profondeurs des consciences.

Trop d’intérêts et de vieilles idéologies nient l’unité du vivant et la richesse de sa diversité.

Les monothéismes et l’humanisme primaire dressèrent une frontière entre l’homme et le reste du vivant, au même titre et selon la même démarche que des hommes dressèrent des frontières entre les races humaines dont la génétique a révélé l’absence de fondement scientifique.

La remise en cause du dualisme, homme nature suscite des réactions d’une violence invraisemblable.

Le 5 avril dernier, à Arles, les pouvoirs publics autorisaient une séance de torture de taureaux pour amateurs de sang et de souffrance érigés en spectacle.

Des militants de la défense animale s’interposèrent pacifiquement et un journaliste de Planète Animaux dont l’unique tort était de filmer le déroulement des événements a été frappé par des tenants de ce spectacle. Son matériel fut brisé et, de surcroît, il fut placé plusieurs heures en garde à vue par une police décidément partiale dans ces villes où la mort d’un être sensible devient un jeu.

De tels faits susciteraient un vacarme médiatique, si la querelle portait sur des sujets religieux, c’est-à-dire dignes du Moyen-âge, sujets aiguisant les peurs et les haines.

Mais la cause animale !

Les animalistes ne font peur que par leurs idées qui troublent l’ordre ancien.

Ils ne sont pas bons acteurs, pour la presse débile, celle qui cultive les phobies et nourrit les préjugés.

S’ils étaient violents, les médias conformistes pourraient aisément ameuter le bon public contre ces fauteurs de troubles, ces redoutables anarchistes extrémistes et irresponsables.

Malheureusement, pour ces mauvais journalistes, l’opposant à la corrida, à la chasse, aux usines à veaux ou à poulets, se révèlent pacifiques et victimes.

Alors, pendant que l’on tue, d’autres censurent.

Il y a certes, en France, un parti écologiste, mais, après avoir perdu sa raison d’être, il sombre dans les très petits calculs politiciens et les plans de carrière de tous petits personnages.

Sa débâcle idéologique précéda son déchirement subalterne actuel et un discrédit qui m’afflige. J’ai mal à ma peau d’écologiste.

L’écologie politique Française avait abandonné la cause de la nature, de l’animal, du vivant, du rapport de l’humain aux autres espèces.

Ces thèmes essentiels d’un point de vue éthique, socle philosophique de l’écologie, avaient disparu des discours creux des pâles représentants du mouvement.

L’opinion publique attendait les écologistes sur des sujets laissés en jachère par le reste de la classe politique en voie de déliquescence.

L’altération des convictions annonçait la chute présente.

Comment dès lors s’étonner que certains élus Verts mendient un ministère au bien peu écologiste François HOLLANDE et à l’anti écologiste primaire, Manuel VALLS.

D’autres élus rêvent de se sauver en se mariant avec des partis fossilisés, hermétiques à la préservation de la nature et des animaux.

En restera-t-il quelques-uns pour assumer le grand débat dont l’avenir a un besoin si pressant, pour promouvoir cette société d’empathie et de réconciliation de l’homme avec la biosphère ?

Oui, les récents débats préparatoires à la loi sur la biodiversité, révélèrent que des élus Verts se souvenaient de leur raison d’être.

Ces élus proposèrent l’abolition de la chasse à courre, l’interdiction de la chasse de nuit, des dimanches sans chasse. Bref, ils firent de l’écologie, dans l’acception que donne à ce mot le citoyen.

Que certains sénateurs et députés Verts, en mal de ministères, embarquent à bord du TITANIC.

Nous ne les regretterons pas.

L’heure de vérité est proche pour l’écologie politique.

Elle assumera le combat pour le vivant ou ne sera pas.

Bien sûr, nous aimons la diversité, le pluralisme, la confrontation des opinions qui s’enrichissent du dialogue et qui s’appauvrissent dans le monolithisme.

Dès lors, il est souhaitable que l’écologie politique noue des alliances avec d’autres forces idéologiques compatibles.

Mais cela implique une prise en compte loyale, honnête, assumée des aspirations des uns et des autres.

Ainsi, pour entrer dans une majorité de gouvernement, nous devons exiger l’abolition de la corrida, de la chasse à courre, l’abandon des grands projets nocifs comme NOTRE-DAME DES LANDES et SIVENS qui doit devenir une réserve naturelle intégrale en mémoire à Rémi FRAISSE.

Pour obtenir ces avancées, un rapport de forces doit être favorable aux écologistes.

Aussi longtemps qu’ils présenteront des candidats recueillant 2% des suffrages, ils ne seront pas entendus.

Avec 2% des voix, ils ne servent que de vernis vert, dans un gouvernement où ils ne peuvent recevoir que le déshonneur d’être ministre et de ne rien faire de cette fonction.

Ne confondons pas ceux qui servent une cause et ceux qui se servent d’une cause pour exister.

La nature qui se meurt, l’animal que l’on torture, l’homme qu’exploite le libéralisme économique ont besoin de défenseurs plus pugnaces, plus clairs et fermes dans leurs engagements.

Ils méritent davantage que 2% des suffrages !

Car la démocratie demeure un rapport de forces.

Gérard CHAROLLOIS

L’écologie naufragée

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