★ Luigi Fabbri : communiste anarchiste italien (1877-1935)

Publié le par Socialisme libertaire

Luigi Fabbri

L’œuvre de l’anarchiste italien Luigi Fabbri (1877-1935) est aujourd’hui encore très méconnue des militants anarchistes. Pourtant, ses analyses de l’action syndicale, du rôle de l’organisation anarchiste et du phénomène fasciste dès son début sont d’une pertinence sans équivoque. Ami très proche de Malatesta, il a précisera de nombreuses fois sa pensée et même se démarquera de son camarade lors des débats du mouvement anarchiste concernant l’action syndicale, l’organisation ou les alliances antifascistes. De son propre aveu militant intellectuel privilégiant la propagande écrite plus que l’agitation insurrectionnelle, il ne tombera cependant jamais dans le fatalisme qui a conduit bien des anarchistes à abandonner la lutte contre le fascisme, perchés dans une tour d’ivoire. Si l’œuvre de Luigi Fabbri fait inévitablement partie du passé, sa diffusion active aujourd’hui dans le mouvement anarchiste reste cruciale tant les perspectives qu’il a déduite de ses analyses s’adaptent presque parfaitement aux enjeux de notre époque.

Dans l’ombre de Malatesta

C’est à vingt ans, en 1897 que Fabbri rencontre Malatesta, par hasard, ce qui marque le début d’un parcours commun presque symbiotique. La posture d’intellectuel de Fabbri face à celle de l’internationaliste de tous les combats lui vaudra d’être bien moins écouté et attendu et que son mentor. Plus encore, plusieurs militants anarchistes seront déçus de rencontrer physiquement Fabbri, espérant voir un plus jeune Malatesta. Cela s’explique par ses positions politiques clairement communistes anarchistes et insurrectionnelles, qui ne laissent pas imaginer un caractère timide, consensuel peu adapté aux tribunes des grands orateurs. C’est cependant cette différence fondamentale avec Malatesta, qui l’engagera à préciser une pensée vulgarisée, pour la prolonger et la modifier. En ce sens, sans rejoindre Monatte et les syndicalistes révolutionnaires pour qui le syndicat est une fin en soin, Fabbri analysera comme décisive l’action syndicale. Pour lui, c’est même elle qui doit servir de base pour élaborer les stratégies de l’organisation anarchiste. S’articulant l’une et l’autre comme deux jambes, aucune ne constitue une priorité, et c’est bien la construction d’un programme anarchiste en cohérence avec l’état du mouvement ouvrier qui s’impose. Mais malgré des une implication forte à rechercher des consensus pour l’unité anarchiste, il sera trop souvent vu comme une annexe à la pensée de Malatesta alors qu’il apportait des clés décisives lors de confrontations qui semblaient sans issue.


L’organisation pour l’anarchie, l’anarchie contre le fascisme

Fervent partisan de l’organisation spécifique, Fabbri tentera toute sa vie d’obtenir l’unité anarchiste. C’est dans ce sens qu’il participera à la fondation de l’UAI (Union anarchiste italienne) en 1919 ainsi qu’à l’élaboration de son programme. Il voit dans l’organisation la construction des moyens pour arriver à la fin et se montre très virulent à l’égard des individualistes anti-organisationnels qui voient dans l’UAI un organe autoritaire incapable de mener à l’anarchie. C’est cette attitude qui conduira une partie d’entre eux à minimiser, après encore le marche sur Rome, le problème fasciste voire à refuser de lutter contre les fascistes qui ne seraient pas pires que les socialistes autoritaires ou réformistes. Fabbri se gardera de s’engager sur cette voie, et placera même l’organisation anarchiste en première ligne pour organiser la solidarité face aux violences et à la répression du pouvoir fasciste, et maintenir vivante la lutte révolutionnaire anarchiste qui ne sauraient se subordonner à la lutte antifasciste sans perdre son identité fondamentale. En effet, l’anarchisme entendue comme la lutte contre toutes les oppressions, est par essence l’ennemi éternel du fascisme qui tend à perfectionner encore et toujours la coercition par l’appareil étatique. C’est dans La Contre-Révolution préventive en 1920 que se développera son analyse du fascisme, et c’est très certainement cet ouvrage qui révèle le mieux la formidable perspicacité de Luigi Fabbri.


Paul Groupe Regard Noir de la Fédération anarchiste

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