Charlie, t’iras pas au paradis

Publié le par Michel

Charlie, t’iras pas au paradis

« Tu peux serrer une abeille dans ta main jusqu’à ce qu’elle étouffe, elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué, c’est peu de chose, mais, si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
Jean Paulh
an

« J’ai dit à ma femme : tu jetteras les cendres dans les toilettes, comme ça je verrai tes fesses tous les jours. »
Georges Wolinski (28 juin 1934-7 janvier 201
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Ils ont osé. Ces sinistres cons ont osé. J’éprouve toujours un certain plaisir à écrire dans Le Monde libertaire, une manière de jubilation, une façon de faire le vide et de goûter la solitude. Mais aujourd’hui c’est un peu plus compliqué. C’est compliqué et décousu parce que trois ou quatre salopards nous ont tué Cabu qui n’aurait jamais fait de mal à une mouche, nous ont tué Wolinski qui m’agaçait toujours un peu, nous ont tué Charb qui s’appelait Charbonnier comme tout le monde, nous ont tué Oncle Bernard qui était venu à Radio libertaire il y a quelques années déjà, et puis les autres aussi. Qui n’avaient rien demandé à personne.

C’est compliqué parce qu’il ne faut surtout pas sombrer dans l’islamophobie ambiante, parce que les moments de deuil sont plus propices à l’émotion – cette salope de peste émotionnelle – qu’à la raison, c’est compliqué parce qu’au bout du compte les larmes de crocodile de tous ceux et de toutes celles qui auraient bien aimé voir crever Charlie Hebdo n’ont pas fini de couler. Évidemment qu’il y en a qui se seraient réjouis de voir disparaître ce canard, pas comme ça j’imagine, mais ils auraient été bien contents quand même. N’oublions pas que Charlie est né des cendres de Hara-Kiri, lui-même étranglé, après moult tracasseries, par le pouvoir démocratique de l’époque, bien sûr obsédé de la totale liberté d’expression.

Il s’agit encore de défendre la liberté contre l’obscurantisme, il s’agit de rassembler pour hurler notre profond dégoût, notre écœurement, notre malheur de voir ainsi partir les belles forces de l’impertinence, de l’insolence, de la joie de se moquer de la façon la plus féroce et peut-être aussi la plus intelligente. La nécessité de se serrer les coudes est une fois encore flagrante. Il est impérieux de ne pas laisser faire. Mais sur ce coup-là j’enfonce sans doute une porte ouverte.

« Il m’est impossible de mettre une idée devant l’autre depuis que j’ai appris la nouvelle, il y a une heure ou deux. J’ai l’impression d’avoir reçu un immeuble de six étages sur la tronche. À mon âge, j’avais déjà eu l’occasion de perdre quelques bons copains, Chaval, Tetsu, André François, Ronald Searle… et d’autres ! Mais quatre d’un coup, Tignous, Wolinski, Charb, Cabu… assassinés par des fous, des malades. Trop c’est trop, c’est insupportable, c’est abominable… C’est inhumain. Y’a pas de mots pour décrire mon effondrement, ma peine. » (Siné)

Alors c’est vrai, c’est nunuche et c’est comme ça, aujourd’hui ce sont le silence et le recueillement qui s’imposent. Mais du plus profond de ma conscience et jusqu’aux tréfonds de mon âme, sachez, fous furieux, attardés mentaux, que je vous conchie et que je vous méprise de toutes mes forces.

Même pas peur. On ne gomme pas un dessin de combat. Leur génie créatif assassiné c’est notre liberté que vous avez voulu abattre. Nous nous acharnerons à la faire vivre, à faire vivre notre droit au blasphème, notre liberté de conscience que l’on ne négociera jamais, nos principes inviolables de la laïcité. Tout ce qui fait que nous sommes debout contre la barbarie, contre les religions et toutes ces sinistres légions enturbannées, ensoutanées dont on mesure une fois de plus les sinistres conséquences. Allez, vas-y Marine. La ville est ouverte. Mais fais quand même attention à chaque carrefour !

Eh bien oui, ils sont morts au combat, au champ d’honneur, mon pauvre Cabu, oui nous avons froid, oui nous montrerons à nos enfants toutes leurs irrévérences salutaires, tout ce qu’ils ont fait de beau, de bon et de sain. Et nous exprimerons, à tout le moins, notre extrême méfiance face à ces églises qui sonnent le glas (curieux comme toutes les Églises appréciaient secrètement Charlie), face à ce jour de « deuil national » et face à ce « rassemblement républicain » auquel prétend se joindre le FN. Non, Charlie ne sera jamais le « Journal officiel » et nous l’aiderons à vivre, pour notre plus grande santé mentale !

Allez, salut !

Jean-Dominique Gautel

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