La Théorie du complot, un avatar de la pensée raciste.

Publié le par Socialisme libertaire

Article du 1er juillet 2012 des Camarades de la CGA :

"Dès le début des révoltes populaires, la thématique du complot a été brandie par toutes les forces contre-révolutionnaires.

Pour les uns, les mouvements de révoltes ne pouvaient être que l’œuvre d’une « manipulation impérialiste », un « complot sioniste » ; pour les autres un « complot islamiste ». En Syrie, le régime, relayé en France par ses partisan-e-s, allant des « marxistes décomposés » aux nationalistes révolutionnaires proches du GUD et d’Alain Soral regroupé autour du site « infosyrie », a accusé les insurgé-e-s d’être des « bandes armées salafistes » soutenues par l’Arabie Saoudite, le Qatar ou Israël. En Iran, le régime, confrontée aux luttes populaires, a développé le même type de discours.

En Arabie Saoudite, au Bahreïn , au contraire, c’est l’Iran qui est accusé de manipuler en sous main.

En réalité, à chaque période révolutionnaire, ce genre « d’explication » est brandie par des courants politiques élitistes qui méprisent le peuple et l’estiment incapable de se révolter par lui-même. C’est ainsi que les contre-révolutionnaires, puis les fascistes, voyaient derrière la révolution française et la révolution russe la main d’un complot « franc –maçon » ou « juif ».

Cela permet de nier la lutte des classes et la capacité des exploité-e-s à se révolter pour leurs propres intérêts politiques.

Pour ce qui est du mouvement révolutionnaire en Afrique du Nord et au proche et Moyen-Orient, cette théorie ajoute à l’élitisme une dimension raciste, dans la droite ligne du « choc des civilisations » et de l’idéologie néo-coloniale : les « musulman-e-s » et les « arabes », sont essentialisé-e-s (l’existence de minorités nationales et religieuses dans ces régions –amazigh, chrétiens, juifs, druzes, est niée…) et sont considéré-e-s comme incapables de se révolter, d’aspirer à la liberté et à l’égalité sociale.

Loin de l’univers des « manipulations », la réalité est plus simple : la population se révolte parce qu’elle a des revendications sociales et politiques, parce qu’elle étouffe sous la dictature et qu’elle vit de plus en plus difficilement dans un contexte de crise capitaliste.

Une révolte populaire ne fonctionne pas comme une mécanique qu’on pourrait déclencher à l’envi, puisqu’elle implique des personnes qui mettent leur vie en péril pour défendre ce qu’elles estiment être juste.

Alors bien sûr, dans ce contexte, tous les états essaient de préserver et défendre leurs intérêts.

Cela passe par le soutien, jusqu’au dernier moment, d’un régime qu'on continue à traiter en interlocuteur politique et économique, alors qu'on le condamne en apparence pour ses exactions, (par exemple la Syrie, l’Iran, et la Libye Kadhafiste pendant longtemps), ou la rupture brutale avec l’ami d’hier si le pouvoir lui échappe. Un État peut dans le même temps soutenir le régime en place et soutenir des fractions politiques qui s’opposent au régime, afin d’entretenir une « clientèle », au cas où…

L’objectif, c’est de garder la main, quoi qu’il arrive."

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