"Arabes et juifs, éternels ennemis ?"

Publié le par Michel

Salam - Shalom - Paix
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"Le titre de cet article fait allusion au préjugé utilisé pour justifier l’éternel conflit entre israéliens et palestiniens et l’offensive actuelle à Gaza. Mais cette thèse haineuse est tout simplement fausse. Arabes et juifs ont par exemple cohabité pendant des siècles sur le territoire maure d’Al Andalus, dans l’empire espagnol. Après l’Inquisition, les juifs séfarades ont été accueuillis par l’empire ottoman en Egypte, en Afrique du Nord et au Proche-Orient et ont vécu pacifiquement avec arabes, turkmènes et chrétiens. Au début du XXe siècle, en Palestine, les juifs représentaient une petite minorité (5% de la population) intégrée à une société à dominance arabe, et avec une liberté totale de culte. Cette situation a commencé à changer à la suite du déclin de l’empire ottoman, quand les impérialismes français et britannique signèrent l’accord Sykes-Picot, en 1915, se partageant ainsi le Moyen-Orient. En Palestine, les britanniques imposèrent un protectorat basé sur une armée de 500.000 soldats.

Pour maintenir à distance les mouvements nationalistes arabes palestiniens, le gouvernement britannique publia en 1917 la déclaration Balfour, annonçant la formation d’un « foyer national juif » en Palestine, associé aux anglais. Cette déclaration fut rédigée par des dirigeants sionistes, ce qui démontre l’unité de revendications de l’entreprise colonialiste et de la puissance impérialiste. Malgré cela, l’histoire du mouvement ouvrier palestinien d’avant la fondation de l’Etat d’Israël montrent des liens forts entre travailleurs arabes et juifs luttant pour des objectifs communs.

Concentrés dans les ports, la communication, le ferroviaire, la métallurgie, les raffineries pétrolières et les grandes boulangeries, des centaines de milliers de travailleurs arabes et juifs ont lutté ensemble. Cette grande classe ouvrière vivait principalement dans deux grands centres urbains : Jaffa (le quartier fondateur de la future Tel Aviv) et Haifa, le principal port et centre industriel. La solidarité entre arabes et juifs s’exprimait particulièrement dans le syndicat des boulangers, déclaré de « caractère national » et « ouvert à tous les travailleurs ».

Les tendances à l’unité préoccupaient tellement les sionistes qu’elle donna lieu à l’intervention de son plus fin stratège. David Ben Gourion, leader de la Histadrout (syndiact ouvrier sioniste) et futur chef de l’Etat d’Israël, soutenait que les travailleurs juifs devaient s’organiser dans des syndicats « liés » bien que « séparés » des arabes, selon des « sections nationales ». Jaim Arlozoroff développa ensuite cette orientation, tirant expérience de l’Afrique du Sud, où les emplois les plus qualifiés étaient réservés aux blancs, organisés en syndicats séparés des noirs. Ainsi, la Histradout finit par exclure les militants communistes d’origine juive qui se battaient pour des syndicats communs. La centrale ouvrière sioniste mit toutes ses forces à briser les grèves organisées conjointement par arabes et juifs, comme le conflit d’avril-mai 1933 dans la carrière Nesher. Sous la consigne de « kibush haavoda » (conquète du travail), la Histradout signa des accords avec les patrons pour remplacer la force de travail arabe, en échange d’une discipline de travail. C’est en réaction à cette politique raciste et pro-patronale qu’est apparu le PAWS (Palestine Arab Workers Society), premier syndicat de travailleurs palestiniens présent à Haifa, Jaffa et Jérusalem, qui se prononçait pour l’unité, contre le sionisme et pour l’indépendance de la Palestine.

1948, ou l’année qui brisa les derniers liens de solidarité

Autant alarmés les uns que les autres, les sionistes comme les effendis (possesseurs de terres palestiniens) ont alors conçu un plan pour saboter cette unité ouvrière potentielle. En 1929, le mufti de Jérusalem, Aj Amin al Husayni, et l’élite nationaliste palestinienne la plus réactionnaire lancèrent un pogrom pendant quatre jours. Des centaines de travailleurs juifs sans défense sauvèrent leur peau grâce au soutien de leurs camarades arabes, qui risquaient leur propre vie en les cachant chez eux. De même, pendant la grande grève générale de 1936 qui remit en question le régime, les troupes britanniques donnèrent un entrainement militaire aux milices sionistes de la Haganah (« l’autodéfense juive » créée en 1920) pour réprimer les piquets de travailleurs arabes, souvent assistés de leurs collègues juifs. Dans le même temps, les briseurs de grève de la Histradout occupaient les postes de travail avec des travailleurs juifs dans les ports d’Haifa, à la grande carrière de Majdal Yaba, dans les plantations d’agrumes et les raffineries de la multinationale Iral Petroleum, brisant le conflit ouvrier le plus long de l’histoire du Moyen-Orient.

Malgré ce cours divisioniste, en avril 1946 des dizaines de milliers de travailleurs arabes et juifs se sont mis de nouveau en lutte, organisés dans le PAWS et le Syndicat International Ferroviaire, Postal et de Téléphonie, lançant une grève qui paralisa le service public et le fonctionnement des bases militaires britanniques.

Ces liens de solidarité avaient sans aucun doute commencé à se rompre après l’assassinat du dirigeant syndical Sami Taha et la résolution arbitraire de l’ONU en novembre 1947 pour la division de la Palestine en faveur de la minorité juive, contre la volonté unitaire des masses, et qui déclencha de grandes mobilisations populaires. Mais la goutte d’eau fut les attentats terroristes de décembre 1947, où l’Etzel (la fraction la plus à droite de la Haganah) fit exploser une voiture au milieu de centaines de travailleurs arabes d’une raffinerie d’Haifa, pendant que le Palmaj (la brigade d’élite de la gauche sioniste) prit d’assaut la population de Balad al Shayk, assassinant des dizaines de femmes et d’enfants. La création de l’Etat d’Israël en mai 1948 basée sur le nettoyage ethnique d’un million de palestiniens expulsés de leur terre d’origine mit définitivement fin à ce processus, laissant place à un Etat raciste et colonialiste, source de toutes les misères du peuple palestinien jusqu’à nos jours.

Le général Itzjak Rabin avait l’habitude de comparer l’Etat d’Israël avec le Royaume (chrétien) de Jérusalem de l’an 1099, qui était basé sur l’immigration continue de combattants qui massacrèrent juifs et arabes pendant 192 ans. C’est pour cela que les palestiniens se rappellent, eux, de Saladin, le grand general kurde qui battit les croisés et rétablit la paix entre arabes, juifs et chrétiens, une perspective qui ne peut aujourd’hui qu’être prise en charge par les travailleurs et les paysans du Moyent-Orient contre cet Etat ségrégationiste et allié stratégique de l’impérialisme nord-américain."

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